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Serena Williams (à gauche) et Mirjana Lucic-Baroni (à droite).
© TRACEY NEARMY

Open d’Australie

A Melbourne, des balles neuves pour de vieilles connaissances

Les soeurs Williams et Roger Federer en finale, en attendant Rafael Nadal. Moyenne d’âge: 34 ans. Plus qu’un épiphénomène, une tendance profonde aux multiples causes, parfois inattendues

C’est une façon de faire du neuf… Samedi à Melbourne, Venus et Serena Williams rejoueront «Sisters Act» pour la neuvième fois en finale d’un tournoi du Grand Chelem. Dimanche, si Rafael Nadal rejoint Roger Federer, ce sera également la neuvième affiche de ce grand classique. Même Sylvester Stallone n’a pas osé faire autant de «Rocky».

Lire aussi:  La belle histoire de Federer se prolonge, celle de Wawrinka s’arrête

Malgré les éliminations parfois précoces dans les deux tableaux des principales têtes de série (Kerber et Halep côté filles, Murray et Djokovic côté garçons), le début de saison ne brille pas par une originalité folle. Six des huit demi-finalistes des tableaux masculin et féminin ont dépassé la trentaine: Rafael Nadal (31 ans en juin), Stan Wawrinka (32 le 28 mars), Mirjana Lucic-Baroni (34), Serena Williams et Roger Federer (35), Venus Williams (36). Quand on pense que Björn Borg a pris sa retraite à 26 ans…

Cet étonnant constat est la partie la plus visible d’un phénomène profond: le vieillissement du tennis mondial. Une étude statistique de la Fédération internationale de tennis (ITF) publiée en décembre 2014 a montré que le top 100 avait en moyenne 28 ans et 4 mois (30% de trentenaires). On y accède désormais à 21 ans et 7 mois (7 mois plus tard qu’il y a 15 ans), après 4 ans et 8 mois d’effort (contre 3 ans et 7 mois en 2000).

46 joueurs de plus de 30 ans

Un autre document publié en début de tournoi par le quotidien australien The Age montrait que le tableau masculin (128 inscrits) recensait 46 joueurs de plus de 30 ans et 10 de plus de 35 ans, alors que sur les trente dernières années, il y en a très peu pour la première catégorie (entre 5 et 15) et quasiment pas pour la seconde (7 seulement en tout entre 1988 et 2013). Dans un mouvement inverse, le nombre de jeunes joueurs n’a cessé de décroître: 7 joueurs de moins de 18 ans et 20 de moins de 20 ans en 1989, 1 et 9 cette année.

Comment l’expliquer? «Cela arrive comme ça cette fois, banalise Rafael Nadal. Il a pu y avoir un creux ces dernières années mais la nouvelle génération est très forte. Se maintenir est plus dur qu’avant.» A vrai dire, la question n’intéresse pas vraiment les principaux concernés. Ils n’ont pas d’avis ou se limitent à des considérations d’ordre général.

S’il n’est pas facile pour eux de donner une explication, c’est parce que ces talents hors norme ne luttent pas avec leurs contemporains. Serena Williams, Roger Federer, Rafael Nadal, sont des phénomènes qui ont déjà leur place dans l’histoire du tennis.

Maintien d’une position dominante

Ils ignorent, ou répugnent à admettre, qu’ils ont bénéficié depuis dix ans d’un contexte propice à l’établissement d’une petite oligarchie. Sur les quatre tournois du Grand Chelem, les surfaces de trois (Open d’Australie, Wimbledon, US Open) ont été ralenties à partir de 2005. Objectif: uniformiser les courts afin de maximiser les chances de voir les meilleurs joueurs s’imposer partout. Cette mesure, conjointe à la protection de 32 têtes de série et non plus 16, a eu pour effet pervers de créer une sélection selon deux critères: le physique et l’argent.

Le jeu devenant plus lent, la condition physique a pris une importance prépondérante. Or, se bâtir un corps à la fois résistant et explosif nécessite des années. Des années sans grands résultats, donc sans beaucoup d’argent, quand les meilleurs raflent la mise (le Top 10 accapare 50% de l’argent distribué aux 100 meilleurs mondiaux, le Top 3 25%) et peuvent investir dans le maintien de leur position dominante (entraîneur, coach, masseur, codeur, sparing-partner, vols en business class, etc).

Jeunes dans la tête

Mais tout n’est pas qu’une question d’argent. A voir ces trentenaires évoluer sur les courts australiens, un détail frappe. Leur sourire. Ils aiment ce qu’ils font, à 34 ou 35 ans encore plus qu’à 20 ans. «Avant, lorsque je gagnais, j’étais contente mais c’était normal, j’avais toujours gagné depuis toute petite», se souvient Mirjana Lucic-Baroni, en pleurs après chacune de ses victoires. «J’ai encore beaucoup à donner, encore beaucoup de tennis en moi», assure Venus Williams quand on la questionne sur son retour en grâce.

Dans sa finale perdue contre Roger Federer, Stan Wawrinka a puisé de la force dans les clameurs du public qui encourageait son adversaire. «C’était beau d’être là, j’ai apprécié l’ambiance.» Son vainqueur, lui, est transfiguré. Federer le dit: il a cru ne plus pouvoir rejouer. Alors il profite de chaque match comme d’une chance accordée par la vie. Sa joie lorsqu’il bat Nishikori ou joue du bongo à Perth est celle d’un enfant. Les sans-grades du tennis ont raison de réclamer plus de justice et d’égalité mais ils feraient bien de s’inspirer également du sourire des anciens. Ils sont jeunes dans leur tête et dans leur coeur.

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