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Il faisait 39° sur le court lorsque Gaël Monfils a affronté Novak Djokovic. Le Français a failli faire un malaise.
© SAEED KHAN/AFP PHOTO

Tennis

Melbourne, sous le soleil exactement

Il fait souvent chaud à l’Open d’Australie, qui capitalise même sur ces conditions de jeu parfois extrêmes. Mais jeudi, c’était vraiment limite. Federer et Djokovic continuent, Wawrinka s’arrête

C’est monté progressivement: 18 dimanche, 20 lundi, 23 mardi. Mercredi était encore agréable: 28°. Et puis jeudi, l’Open d’Australie est entré dans une autre dimension, comme si, à «Day Four», on avait ouvert le four: 37°, et même 39° au plus fort de l’après-midi. L’air, souvent frais ici même quand le soleil est chaud, est devenu brûlant. Impossible de marcher sans être saisi – au sens cuisinier du terme – par cette chaleur très sèche qui mord la nuque, rôtit les mollets, frise les poils de nez. Respirer est un effort. Alors, jouer au tennis…

Grandes et rapides variations climatiques

La météo contribue grandement à l’esprit très particulier qui règne sur Melbourne et sur son tournoi. Dans la ville, on se plaît à raconter aux visiteurs qu’ici, on peut vivre «quatre saisons en une journée». C’est un peu exagéré mais sa topographie plate et sa situation géographique, entre la baie de Port Philip et la chaîne Dandenong, l’exposent à de grandes et rapides variations climatiques. Alors, les gens du coin prennent ce qui vient sans trop se poser de questions, la canicule comme le reste.

Les fortes chaleurs ne sont pas rares durant le tournoi. En 2014, il a fait plus de 41° durant quatre jours de suite, ce qui provoqua neuf abandons. En 2015, une spectatrice victime d’un malaise intenta un procès aux organisateurs pour n’avoir pas fermé le toit de la Hisense Arena. Depuis 1998, les organisateurs tiennent à jour une «Australian Open extreme heat policy» qui possède sa propre page Wikipédia. On y découvre que les conditions (climatiques) d’une suspension des matches sont actuellement fixées à 40° de température et 32,5 d’indice WGBT (un indice qui prend en compte le vent et le rayonnement solaire).

A 39 degrés, on joue

Alors, à 39 degrés, on joue. Tous les matches prévus jeudi se sont déroulés. Tous les joueurs ne les ont pas vécus de la même manière, et le résultat a peu à voir avec leurs sentiments. «C’était dur, trop mauvais pour la santé», a regretté l’Argentin Juan Martin Del Potro, vainqueur exténué du jeune Russe Karen Kachanov. «J’habite en Floride et c’est souvent comme ça. En tennis, cela arrive fréquemment», a répondu la Croate Mirjana Lucic-Baroni, fraîche comme une rose mais battue par la Biélorusse Aliaksandra Sasnovich. La Française Caroline Garcia s’attendait «à pire». Elle en est sortie indemne («J’avais juste un peu les pieds qui brûlaient en fin de match») et qualifiée.

Ce que personne n’a dit, c’est combien ces conditions extrêmes ont contribué à renforcer l’image de l’Open d’Australie, seul tournoi du Grand Chelem à se disputer en plein été. La forte chaleur de Melbourne, comme la pluie à Wimbledon, font partie du mythe. Les organisateurs ont même capitalisé sur ce côté «no limit». Avant d’opter pour un logo stylisé couleur bleu lagon, l’identité visuelle du tournoi a longtemps représenté l’ombre d’un joueur sur fond de soleil rougeoyant.

Mais ici, contrairement à Wimbledon ou Roland-Garros, on vend des billets pour le jour même et ceux qui hésitaient se sont abstenus, préférant les plages de St-Kilda à la touffeur de Flinders Park. Les organisateurs ne comptabiliseront en fin de journée que 38 072 entrées diurnes, contre une moyenne quotidienne de 51 500 sur les trois premiers jours.

A la recherche de l’ombre

Ceux qui sont là cherchent un coin d’ombre. Le site en compte beaucoup. Sur Garden Square, un espace de repos au pied des deux principaux courts, les chaises longues sont délaissées au profit d’un muret moins confortable mais ombragé. Les parents tartinent les enfants de crème solaire, puis les laissent jouer avec la petite fontaine ou avec les gros ventilateurs qui diffusent de l’eau vaporisée. On fait davantage la queue devant les points d’eau qu’aux grilles d’accès des courts. «Si vous ne craignez pas le soleil, par ici», indique un placeur. Sa proposition reçoit peu d’échos, les places non abritées sont désertées. Seuls les Japonais s’y aventurent lorsque l’un des leurs joue. Ils sont couverts de la tête aux pieds, avec manches longues, chapeau à large rebord, foulard sur le visage et même des mitaines.

Les joueurs n’ont pas de tenue particulière. Sous la Rod Laver Arena, les silhouettes fluo (la tendance de l’année) s’échauffent en trottinant dans la tiédeur des sous-sols, un moindre mal. Ceux qui doivent jouer sur les courts excentrés s’y font conduire dans une petite voiture de golf. Lorsqu’il faut vraiment y aller, ils se mettent à l’ombre aussi souvent que possible, cherchent des prétextes pour grappiller quelques secondes supplémentaires (parler à l’arbitre, se plaindre d’une mouette, refaire son lacet). Aux changements de côtés, ils s’hydratent et se passent un boudin de linge glacé autour du cou. Un truc de boxeurs. C’est qu’il ne faut pas finir K.-O.

Monfils et Djokovic à bout de souffle

C’est ce qui semble près d’arriver à Novak Djokovic et Gaël Monfils sur la Rod Laver Arena, aux environs de 16h. Après 1h15 de jeu seulement (6-4 2-3 pour Monfils), le Français n’en peut déjà plus. Il interrompt son geste plusieurs fois au service, tente de reprendre son souffle, s’appuie sur sa raquette, se réfugie en fond de court, où l’ombre de la tribune grignote gentiment du terrain. En ne jouant qu’un point sur deux, il parvient à gagner son service. Il n’essaie même pas de disputer le jeu suivant à Djokovic, qui pourtant ne va pas fort lui non plus.

A 40-0 Djokovic, une scène surréaliste se produit: le Serbe sert ce que lui et Monfils prennent pour un ace. Ils marchent déjà vers leur chaise alors que le juge de ligne crie «Out!». Qu’importe, les deux continuent et vont s’asseoir. Il faut une remontrance de l’arbitre (dans le genre: «Un peu de sérieux, messieurs») pour qu’ils retournent jouer la deuxième balle, que le Français regarde passer.

Je comprends qu’il y a des impératifs et que nous faisons partie d’un business, mais à un moment donné, la santé des joueurs doit primer

Novak Djokovic

La suite est moins drôle. Monfils n’y est plus. Il fait appeler le médecin, qui lui conseille de bien boire de l’eau. Sa réponse («Hé gros, tu crois que je fais quoi?») a fait rire toute la salle de presse, mais le Parisien n’avait pas envie de plaisanter. «J’avais de la peine à respirer, j’ai failli faire un malaise, mais l’arbitre voulait juste que je respecte la règle des 25 secondes pour servir. Franchement, j’ai joué deux sets et demi pour rien, juste pour faire plaisir à un officiel.» Novak Djokovic expédie les deux derniers sets 6-1 6-3. «C'était brutal, dira le sextuple vainqueur du tournoi. Gaël et moi étions proches de la limite. Je comprends qu’il y a des impératifs et que nous faisons partie d’un business, mais à un moment donné, la santé des joueurs doit primer.»

Celle de Roger Federer semble particulièrement tenir à cœur des organisateurs. Lorsque le Bâlois entre sur le court, il est déjà 21h30 et la température est tombée d’une bonne dizaine de degrés. Comme il l’avait demandé, il joue le soir. Djokovic, qui a démenti avoir demandé à jouer en journée, n’a pas droit à ces égards. Beaucoup ici estiment que Federer jouit d’un traitement de faveur, mais peu s’en plaignent à voix haute. Le marquis des Antipodes sort un match solide face à un adversaire solide, l’Allemand Jan-Lennard Struff (55e mondial). Victoire 6-4 6-4 7-6 dans la tiédeur de la nuit. 

Wawrinka n’a rien pu faire

C’est bien connu, la chaleur s’échappe d’abord par la tête (de série). Difficile de mesurer le rôle joué par la canicule dans le lot, mais Garbiñe Muguruza (tête de série No 3), Johanna Kanta (No 9), David Goffin (No 7) et Sam Querrey (No 13) garderont de cette journée un souvenir cuisant. L’élimination de Stan Wawrinka (No 9), sorti assez sèchement par l’Américain Tennys Sandgren (6-1 6-2 6-4 en 1h28), n’a rien à voir avec la chaleur. En reprise après son opération au genou, le Vaudois n’était pas en mesure de disputer deux matches à la suite.

«J’ai joué plus relâché que mardi mais en faisant tout au ralenti. En fait, mon genou allait mieux qu’il y a deux jours mais le reste du corps, non. Je ne peux pas être heureux de perdre comme ça mais c’est déjà beau d’avoir gagné un match, et même d’avoir pris part au tournoi.» A l’en croire, Stan Wawrinka était même arrivé en Australie sans une partie de son matériel. «Si je prends du recul, ce que j’ai pu faire ces douze derniers jours est très positif.»

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