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Mischa Zverev est monté 118 fois au filet face à Andy Murray.
© Michael Dodge

Tennis

A Melbourne, les têtes tombent. Une révolte ou la révolution?

Après Djokovic, Andy Murray tombe face à l’Allemand Mischa Zverev, 50e mondial. La seconde semaine de l’Open d’Australie débute avec les deux Suisses encore en lice et beaucoup de questions sur l’évolution du jeu

Il est désormais l’usage dans le tennis que le perdant d’un match ramasse prestement ses affaires et quitte le court comme s’il était garé en double file. Cette atteinte à l’esprit du jeu passait assez inaperçue ces dernières années tant que le «Big 4» congédiait ses adversaires comme de vulgaires faire-valoir mais elle fait subitement tâche dans le décor depuis que Novak Djokovic et Andy Murray se sont fait à leur tour virer de la Rod Laver Arena comme des malpropres.

Trois jours après l’élimination du sextuple vainqueur du tournoi par le 117e mondial, la sortie de route du numéro 1 mondial face au matricule 50 à l’ATP pose question. Deux, c’est déjà un début de série. Mais que se passe-t-il donc dans cet Open d’Australie?

«Tu l’as fait à l’ancienne»

Le succès en cinq sets de Denis Istomin pouvait passer pour le jour de chance d’un joueur «en chaleur». Observateur attentif, comme tout le players' lounge, Roger Federer avoua que, jusqu’au bout, il avait cru que Djokovic allait s’en sortir. Rien de tout cela avec la sensation causée dimanche par Mischa Zverev aux dépens d’Andy Murray. D’abord l’Allemand n’a eu besoin que de quatre sets (7-5 5-7 6-2 6-4, en 3h34) pour sortir l’Ecossais. Ensuite, la façon dont il s’y est pris ne doit rien à la chance. Adepte du service-volée, Zverev a constamment agressé Murray sur ses deuxièmes balles, y gagnant même 64% des points disputés. Il monta 118 fois au filet, obligeant Murray à perdre huit jeux de service.

Il est remarquable que Mischa Zverev, 29 ans, un troisième tour à Wimbledon en 2008 en guise de palmarès, ait réussi là où son cadet Alexander, 19 ans, déjà 24e mondial et future star chez Woolite, a échoué samedi en cinq sets contre Rafael Nadal. Alexander a essayé de battre Nadal en jouant un tennis moderne; Mischa a battu Murray en pratiquant un tennis que l’on croyait périmé. «Tu l’as fait à l’ancienne», l’a félicité John McEnroe dans le vestiaire. Non loin, Jim Courier apostrophait Pat Cash. «Reprend ta raquette et ton bandeau, Pat, ils refont service-volée!»

Une surface de jeu plus rapide que par le passé

Oui, il est en train de se passer quelque chose à Melbourne. Pour une raison que les organisateurs refusent d’expliquer, la surface de jeu est plus rapide que par le passé. Ce phénomène est encore accentué par la chaleur (mesurée samedi à 67° au ras du sol par Marc Gisclon, de la RTS). Cela facilite le jeu d’attaque, à rebours de la tendance des dix dernières années au ralentissement général, qui a eu pour effet de permettre au «Big 4» de briller sur toutes les surfaces et de créer une oligarchie tennistique.

La victoire de Zverev pourrait convaincre d’autres joueurs d’oser davantage. Elle pourrait aussi les inciter à imaginer un jeu plus varié et plus offensif. «La surface ici à Melbourne permet à Zverev de jouer de cette façon-là et il l’a parfaitement exploité. C’était vraiment très impressionnant», souligne Roger Federer, qui retrouvera l’Allemand mardi en quart de finale. «Beaucoup de joueurs pensent maintenant qu’ils ont leur chance, surtout quand le court est rapide. C’est bon pour le tennis.»

Les conditions sont rapides, c’est vrai, mais je ne suis pas convaincu que faire service-volée soit la solution.

Stan Wawrinka, vainqueur d’un huitième de finale plus «classique» contre l’Italien Andreas Seppi (7-6 7-6 7-6), n'est pas persuadé d’assister à un changement d’époque. «Les conditions sont rapides, c’est vrai, mais je ne suis pas convaincu que faire service-volée soit la solution. Rafa [Nadal] ne fait pas service-volée, Gaël [Monfils] ne fait pas service-volée, [Dominic] Thiem non plus, et ils sont toujours là.» «Honnêtement, je n’avais pas de plan B, reconnaît Mischa Zverev. Si j’étais resté en fond de court, je n’aurais eu aucune chance contre Murray.»

Mischa Zverev a raison, Stan Wawrinka aussi. C’est au filet qu’Alexander Zverev, trop maladroit, a perdu face à Nadal. «Il faut du temps de développer service-volée, plaide son frère. Quand vous êtes jeune, vous vous faites passer souvent. Il faut savoir insister.»

Pour lui, cela paye alors qu’il va sur ses 30 ans. Denis Istomin les a fêtés l’an dernier. Ils portent sans doute le vent de révolte davantage que la révolution.


«Il fallait récompenser le jeu d’attaque»

Le jeu de service-volée de Mischa Zverev réjouit l’ancien joueur australien Pat Cash, vainqueur de Wimbledon en 1987.

Le Temps: Il faut remonter à Roland-Garros 2004 pour retrouver pareil cas de figure: l’élimination des numéros 1 et 2 mondiaux avant les quarts de finale. Comment l’expliquez-vous?

Pat Cash: Tout d’abord, Novak Djokovic et Andy Murray n’étaient pas au meilleur de leur forme. Ils n’ont pas joué au maximum de leurs capacités et ont été battus par deux joueurs qui eux ont vraiment très bien joué. Je n’avais pas vu beaucoup de matchs de Mischa Zverev et Denis Istomin avant mais ils sont très bons. Le top 100 est plein de très bons joueurs, vous savez.

– Zverev a joué service-volée, un style que l’on croyait disparu avec votre époque…

– C’était très agréable à regarder, et surtout c’est très efficace. Si vous êtes capables d’attaquer les deuxièmes services, vous mettez la pression sur le serveur. Derrière, si vous êtes bon au filet, vous avez l’avantage. Ici, les conditions de jeu sont rapides, peut-être pas autant qu’à l’US Open mais cela favorise le style d’un Zverev.

– Toute la question est de savoir si l’accélération de la surface de jeu est une décision volontaire des organisateurs ou un événement fortuit. Qu’en pensez-vous?

– Je crois que ç’a été délibéré. Il fallait accélérer le jeu, c’était trop lent ces dernières années. Jouer par 36° degrés avec ces balles qui n’avancent pas, c’était du meurtre! Vous pouviez jouer des heures sans que rien ne se passe parce que ce qui autrefois était un coup gagnant ne l’était plus. Ça n’en finissait plus! Il faut qu’un beau passing ou qu’une belle volée soient récompensés, c’est beaucoup plus juste.

– Cela peut-il mettre un terme au concept un peu artificiel de «Big 4»?

– C’était super de voir ces quatre super-athlètes dominer comme ils l’ont fait ces dernières années. Mais voir de la nouveauté, d’autres styles de jeu, c’est encore mieux. Il y a beaucoup de bons joueurs dans le tennis. Avec ces conditions, Roger Federer sera très proche de remporter le tournoi, selon moi. Et Rafael Nadal est toujours très dur à battre. Donc sur les quatre, on risque bien d’en retrouver deux en finale.

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