Les spectateurs du court central des Internationaux d'Australie n'ont pas regretté leur soirée, lundi à Melbourne Park. Pour le prix d'un seul billet, ils ont eu droit à deux versions différentes, presque contraires, de Martina Hingis. Au premier set, la tenante du titre a montré un visage et une allure habituels, presque communs. Peu de fautes, une parfaite longueur de balle et une concentration sans faille. Son adversaire du jour, la Française Sandrine Testud, en est restée sans voix. En 21 minutes, la Suissesse avait en poche le gain de la première manche, remportée 6-1. Eloquent.

Une autre Hingis

Trop beau? Peut-être. Au deuxième set, la partie a soudainement basculé. Martina Hingis a posé un genou à terre, Sandrine Testud en a profité pour l'assommer de longs coups droits et de revers, distribués depuis la ligne de fond de court. La Suissesse n'a pas semblé apprécier. Surprise, elle a même laissé échapper un peu de son légendaire sang-froid, allant jusqu'à discuter un ou deux points litigieux. Une autre Martina Hingis, inédite en ces lieux où personne n'a jamais pu l'apercevoir encaisser une défaite, en quatre participations.

L'obstacle Arantxa Sanchez

Poussée jusqu'au tie-break, la Suissesse a retrouvé comme par miracle les ficelles de son jeu. Elle a terminé la partie en trombe (7-3 au tie-break), offert au public un long sourire d'excuse et pris seulement le temps d'une courte réflexion pour expliquer le surprenant scénario de cette soirée australienne. «J'ai été surprise de la qualité de mon tennis en début de partie. J'étais concentrée et agressive. Plus tôt dans la journée, j'avais vu Serena Williams se faire éliminer en deux sets. Je ne voulais pas connaître le même sort, alors j'ai attaqué la rencontre à fond. Dans le second set, j'ai sans doute un peu trop relâché mon étreinte. Et elle en a profité.»

Un incident sans gravité. Un simple rappel à l'ordre. Martina Hingis le sait par expérience: «Dans un tournoi de cette importance, il faut être prêt chaque fois qu'on pénètre sur le court. Tout peut arriver.» Seule certitude, le nom de sa prochaine adversaire. La Suissesse doit maintenant croiser la route de l'Espagnole Arantxa Sanchez, mercredi, en quart de finale. Un obstacle de taille, jamais facile, toujours imprévisible. «Elle va courir sur tous les points, comme à son habitude, promet Martina Hingis. Mais je suis prête physiquement. Pour moi, le tournoi ne fait que commencer.»

En quittant le court central de Melbourne Park, lundi en fin de soirée, Martina Hingis a osé un regard vers le tableau final de cet Australian Open 2000. Et constaté avec une franche satisfaction que, le nom de l'Américaine Serena Williams rayé d'un trait de crayon, sa route vers la finale semble désormais plutôt dégagée.