Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

Tennis

A Melbourne, les vieilles gloires au service des nouvelles stars

Becker, Edberg, Navratilova, Chang, Ivanisevic, Mauresmo sont en lice à l’Open d’Australie en tant qu’entraîneurs des meilleurs joueurs mondiaux. Une tendance lourde

Vieilles gloires au service de nouvelles stars

Tennis Becker, Edberg, Navratilova, Chang, Ivanisevic, Mauresmo sont en lice à l’Open d’Australie en tant qu’entraîneurs des meilleurs joueurs mondiaux. Une tendance lourde

L’info a fait trois lignes dans la colonne des brèves: Roger Federer a reconduit Stefan Edberg comme coach pour la saison 2015. Il y a quelques semaines, c’est Novak Djokovic qui renouvelait le contrat de Boris Becker. En décembre, la Polonaise Agnieszka Radwanska a annoncé s’être attachée les services de Martina Navratilova. En novembre, Andy Murray a prolongé son expérience avec Amélie Mauresmo. Edberg, Becker, Navratilova, Mauresmo. Quatre anciens numéros un mondiaux présents en tant qu’entraîneurs à l’Open d’Australie qui débute ce matin. Avant, leur place était en tribune d’honneur (Rod Laver), dans la cabine de commentateur (John McEnroe, Mats Wilander), voire sur le court pour les interviews (Jim Courier).

Dans un sport où le coach a longtemps été considéré comme un porteur de sac, un tel revirement a de quoi surprendre. La tendance n’est certes pas nouvelle. Jimmy Connors a entraîné Andy Roddick entre 2006 et 2008 et s’est même penché brièvement en 2013 sur le cas Sharapova. Ivan Lendl s’est occupé de Murray jusqu’en juin 2014. Mais le phénomène ne cesse de s’accentuer. A l’exception de Rafael Nadal, coaché par son oncle Toni, et de Tomas Berdych, fidèle à Tomas Krupa, la mode touche tout le top 10. Si l’on s’intéresse aux anciens numéros 2 mondiaux, l’Espagnol Sergi Bruguera est à Melbourne avec le Français Richard Gasquet, l’Américain Michael Chang avec le Japonais Kei Nishikori et bien sûr le Suédois Magnus Norman avec Stan Wawrinka. Au rayon des ex-numéros 3, voici Ivan Ljubicic (Croatie) derrière Milos Raonic (Canada) et Goran Ivanisevic aux côtés de Marin Cilic, Croate comme lui.

A la fin du siècle passé, l’Australien Tony Roche (un titre à Roland-Garros comme joueur) était une exception dans la loge de Patrick Rafter. La doxa dominante voulait que les meilleurs coaches aient été d’abord de piètres joueurs, des besogneux supposés avoir été contraints de réfléchir davantage et devenus des revanchards en quête de gloire par procuration. Brad Gilbert (l’ineffable auteur de Winning Ugly), Paul Annacone, ancien 12e mondial, Larry Stefanki (88 victoires pour 105 défaites) ou Peter Lundgren (25e mondial en 1985) étaient ainsi passés de l’ombre à la lumière. A l’exception de Roger Rasheed (actuel coach de Grigor Dimitrov), ils sont aujourd’hui démodés. Lors des derniers Masters, en novembre 2014, sept des huit joueurs qualifiés étaient entraînés par un ancien grand joueur. Pourquoi?

La réponse simple est: parce qu’ils peuvent payer et parce que c’est efficace. Andy Murray a cessé d’être un loser grâce aux conseils d’Ivan Lendl. Stan Wawrinka et Marin Cilic ont gagné leur premier titre en grand chelem sous le regard de Magnus Norman et Goran Ivanisevic. Kei Nishikori s’est invité en finale de l’US Open avec l’aide de Michael Chang.

La réponse détaillée est: parce que ces anciens champions sont crédibles, indépendants, pertinents et inspirants. Beaucoup d’observateurs estimaient que Roger Federer devait davantage monter au filet. Le Bâlois le fait depuis qu’Edberg lui a soufflé à l’oreille qu’il devait «rester maître du jeu». Peut-être parce qu’il avait son poster dans sa chambre… Novak Djokovic aussi écoute Boris Becker avec un peu plus d’attention que les autres. «Il croit en mon jeu, il sait ce que c’est d’être à ce niveau et sous pression constante.» Entre champions, on se comprend. Mieux, on se reconnaît. Miles Maclagan, ancien entraîneur d’Andy Murray, résumait ainsi l’apport d’Ivan Lendl. «Ivan dit peut-être la même chose que moi, mais cela a un autre poids parce qu’il a 8 titres du Grand Chelem sur sa cheminée.» Sur la BBC, l’ancien numéro 1 mondial Mats Wilander soulignait «l’importance d’avoir dans son box quelqu’un que vous voulez impressionner».

Mais eux, ces anciens champions, pourquoi acceptent-ils de replonger dans le monde pas toujours folichon du tennis? Michael Chang veut faire quelque chose pour l’Asie, Goran Ivanisevic soutient un compatriote. Mais les autres? «C’est la première génération de coaches qui n’a pas besoin d’argent», évacue d’emblée Jim Courier dans le New York Times. «Ils sont plus consultants sur les grands événements que coaches au jour le jour. L’entraîneur attitré est toujours là», souligne Jakob Hlasek. Donc pas pour l’argent et pas à plein temps. Mais pour quoi alors? «Pour le challenge, estime Jakob Hlasek. Les anciens champions sont très admiratifs de la génération actuelle. Pouvoir apporter quelque chose à un Federer ou à un Djokovic est un challenge très motivant.»

L’ancien capitaine de coupe Davis, numéro 7 mondial en 1989, a connu l’époque où les joueurs étaient tout seuls. «En fait, non, nous étions ensemble. On voyageait à plusieurs, on partageait les taxis et les chambres d’hôtel. Et on allait voir les matches des copains. Moi, j’ai coaché Guy Forget, j’ai coaché Yannick Noah et eux me coachaient aussi. Aujourd’hui, c’est un rapport contractuel mondialisé parce que les joueurs ne vivent plus ensemble. Chacun est dans son coin et recrée sa petite cellule: d’abord la copine, puis la famille, le coach, le physio et maintenant le deuxième coach.» La tendance devrait durer plus longtemps que la mode sans gluten.

«Pouvoir apporter quelque chose à un Federer ou à un Djokovic est un challengetrès motivant»

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sport

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Les athlètes suisses reviennent des European Championships de Glasgow/Berlin, qui réunissaient les épreuves de sept fédérations, avec dix-neuf médailles. Retour en images sur les cinq performances les plus marquantes

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Switzerland's Lea Sprunger reacts after winning the women's 400m Hurdles final race during the European Athletics Championships at the Olympic stadium in Berlin on August 10, 2018. / AFP PHOTO / John MACDOUGALL
© JOHN MACDOUGALL