Chaque mardi de l’été, notre chroniqueur court, saute, nage et pédale. Il partage l’exercice musculaire dans «Le Temps».

Episodes précédents:

Si vous partagez une passion sportive avec un proche, vous avez de la chance. Courir, rouler, nager, échanger des balles avec ou contre ceux qu’on aime, il n’y a rien de mieux.

Mais une amitié ou une idylle scellée par l’effort ne signifie pas que les forces sont égales. Souvent, l’un est meilleur que l’autre. Il va plus vite au début, au milieu ou à la fin. Ou tout le temps. Elle frappe plus fort, plus slicé, elle vise mieux, il saute plus haut, plus loin…

Mais peu importent les différences de niveau ou de forme physique. On s’arrange. On se connaît bien, à force. On a fixé des règles implicites, on a ses habitudes. Et après s’être énervé quelques fois au début, on prend un plaisir fou.

La situation se complique, lorsqu’il s’agit d’un moment sportif avec quelqu’un que vous connaissez moins que votre moitié ou votre pote de toujours. C’est un intérêt commun, donc forcément vous en avez parlé, vous avez comparé, vous en avez débattu, même.

Rendez-vous à l’arrivée

Ceci reste théorique jusqu’au jour où cette personne vous propose d’aller se dépenser ensemble. Son initiative est sympathique, donc la réponse est oui, évidemment. Le jour J approche et un tracas s’installe: «Il est sûrement meilleur que moi. Je ne serai pas à la hauteur, comment vais-je faire pour l’être? Je ne veux pas le décevoir, l’embarrasser, le ralentir, gâcher son plaisir. Il faut que je m’entraîne…»

C’est ce qui m’est arrivé la semaine dernière. A son invitation, j’ai couru avec quelqu’un que je connais un peu. Le départ a été donné et, dès les premiers mètres de montée, dans les Alpes fribourgeoises, je me suis rendu à l’évidence. Poing dans la poche, fierté rangée. Cette partenaire d’une course, je ne la reverrais qu’après la ligne d’arrivée.

Cette histoire n’a pas de morale. En revanche, elle a une fin. Après cette longue journée en montagne, on s’est offert une pizza. Il n’y avait plus de pression. Plus de différence, ni de comparatif absurde qui n’aurait jamais dû exister. Juste un repas équitable. Quoique. J’ai mangé ma pizza nettement plus vite qu’elle.