Rarement un Tour de France aura été aussi ouvert. En l'absence de Marco Pantani et de Jan Ullrich, les deux premiers de l'édition 1998 de la Grande Boucle, une dizaine de coureurs peuvent prétendre à la gloire sur les Champs-Elysées à Paris, le dimanche 25 juillet. Une incertitude qui réjouit bon nombre d'observateurs. Ceux-ci estiment que si les affaires ne viennent pas pourrir le climat dans les premiers jours, la course deviendra tellement passionnante qu'elle prendra le dessus sur toute autre considération.

Deux Suisses font partie des candidats à la victoire: Alex Zülle et Laurent Dufaux. Deux anciens coureurs de l'équipe Festina exclue du Tour de France 1998 qui, après été suspendus durant sept mois en raison de la prise de produits prohibés, retrouvent depuis le Tour de Romandie au début de mai une forme qui leur permet d'être à nouveau considérés avec respect. Dans le cœur des pronostiqueurs, le Vaudois bénéficie de sa récente performance au Tour de Suisse. En terminant quatrième à seulement six secondes du podium, Laurent Dufaux a prouvé qu'il pouvait être présent sur la longueur. A tel point que le coureur de 30 ans est devenu le favori de ses collègues italiens. Une pression supplémentaire? «Je reste prudent. J'ai une carte à jouer, mais je suis loin d'être le seul», répond-il. Une concurrence qui apparaît au sein même de son équipe puisque outre Mario Cipollini, qui se battra pour les victoires au sprint, l'équipe Saeco possède en Paolo Salvoldelli, second du dernier Giro, un autre atout pour le classement général.

L'autre Helvète qui retient l'attention, Alex Zülle, se refait une santé en Espagne chez Banesto. Le Saint-Gallois, devenu très discret après les problèmes de l'année dernière, n'est pas très pressé d'assumer son rôle de prétendant. «Ma préparation a été perturbée. J'ai eu de la peine à m'alimenter. Cependant, je ne panique pas: le moral est bon et surtout je peux compter sur une équipe très compétitive.» Avant d'expliquer en enfourchant son vélo pour aller reconnaître le prologue de 6,8 kilomètres: «Les premières étapes sont longues et j'aurai de la peine à récupérer. Mais si elles se passent bien, alors j'aurai ma chance.»

Si deux Suisses sont favoris, ils ne représentent qu'une petite proportion des coureurs à qui la Grande Boucle pourrait sourire. Parmi les autres: Ivan Gotti. Le récent vainqueur surprise du Tour d'Italie est avant tout censé défendre les intérêts de son coéquipier de chez Polti, Richard Virenque. Mais le Français repêché en dernière minute n'a peut-être pas eu la quiétude nécessaire à une performance de haut niveau sur le Tour.

En Espagne, Abraham Olano (Once) doit se dire que son heure est arrivée. Très fort dans les contre-la-montre, il pourrait tirer profit d'un parcours que certains jugent assez peu montagneux. Seulement, le champion du monde de 1995 n'a encore jamais réussi à tenir la distance dans un grand tour. Vainqueur du Giro 96, Pavel Tonkov rêve aussi de jaune. S'il vient au Tour de France cette année, c'est pour gagner, malgré une douleur à un genou qui l'a handicapé lors du dernier Tour de Suisse (10e). Le fait d'avoir été un des derniers à résister à Marco Pantani en montagne donne du poids à ce pronostic.

Deux Américains espèrent aussi jouer les trouble-fête. Troisième l'an dernier, Bobby Julich entend profiter de l'absence des stars. Mais ses qualités de rouleur risquent de ne pas suffire pour contrebalancer le doute qui a pu s'installer dans son esprit après un début de saison très moyen. En revanche, son compatriote Lance Armstrong n'a rien à perdre. Le champion du monde de 1993 est un miraculé, sauvé du cancer qui le rongeait en 1997. S'il confirme sa progression dans la haute montagne, il a de fortes chances de gravir au moins une des marches du podium.

Mais la surprise pourrait bien venir de l'Est. Du Kazakhstan, plus particulièrement. Car Alexandre Vinokourov (Casino), même s'il n'en est qu'à sa première participation, a déjà prouvé sa polyvalence en remportant à la mi-juin le Dauphiné Libéré. L'avenir lui semble promis. Et comme le Tour de France 1999 doit être celui du renouveau, le jeune homme de 25 ans pourrait bien profiter d'un coup de pouce du destin.