Sport-études

Le mental du sportif, chantier en cours

Les recherches en psychologie du sport ont permis de réelles avancées dans la connaissance de la performance, qui sont autant d’outils à disposition du sportif, souligne Denis Hauw, professeur de psychologie du sport à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (ISSUL)

Tous les entraîneurs de haut niveau ont au moins une fois dans leur carrière mentionné le mental des sportifs pour expliquer un résultat exceptionnel ou justifier une contre-performance. Ce «mental» a une consonance magique: sa nécessité est invoquée, sans que l’on soit réellement sûr de bien le caractériser. Il reste encore trop souvent un ressort de la performance mobilisé avec l’appui de savoirs profanes.

Le sport d’élite est un milieu clos, plutôt conservateur, entretenant des relations complexes avec le domaine scientifique en général. Si l’importance du mental est bien perçue, elle reste encore délicate à manipuler… La place des psychologues du sport reste trop discrète dans les clubs, les centres de formation ou encore dans les équipes professionnelles.

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La recherche scientifique a pourtant produit de nombreuses connaissances utiles pour les athlètes de haut niveau. Elles permettent aujourd’hui de pouvoir engager une prise en compte du mental des sportifs de façon construite, étayée par un niveau de preuves satisfaisant, tout en conservant une certaine valeur pragmatique. Ceci est possible grâce à l’existence de réseaux internationaux de chercheurs qui, tout en ayant une connaissance approfondie du domaine pratique, font progresser et partagent les savoirs associant les exigences de la rigueur scientifique à la pertinence de la pratique.

Mental en construction

L’un des apports majeurs des recherches en psychologie du sport est d’avoir identifié les caractéristiques mentales du sportif de haut niveau. Entre motivation, capacités à faire face aux situations difficiles, stratégies cognitives ou émotionnelles de régulation de la pression, planification et représentations des situations, il existe un nombre important d’habiletés mentales qui lui sont propres. On sait donc définir précisément les dimensions du mental et on connaît aussi les effets sur la performance d’un entraînement spécifiquement ciblé sur ce mental, tout comme on peut, à l’inverse, diagnostiquer ce qui conduit à la réussite ou à l’échec.

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Un autre résultat majeur s’exprime par la formule suivante: on ne naît pas avec un mental de sportif de haut niveau, on le construit. On parle ici de développement des caractéristiques psychologiques de l’excellence sportive ou encore de dimensions psychologiques du développement des talents. Ces connaissances portent sur les effets de la pratique sur la construction d’un mental de gagnant ou à l’inverse sur l’envie d’abandonner ou la démotivation. Elles identifient aussi la nécessité et la manière de construire progressivement les habiletés mentales au cours des années de formation des sportifs. Elles caractérisent aussi les méthodes de prévention des dérives auxquelles sont exposés les sportifs au cours de leur carrière, telles que la consommation de substances, le dopage, l’addiction à l’exercice ou le surentraînement.

Ce qui ne tue pas…

Inévitablement, les sportifs d’élite vont rencontrer dans leur carrière des difficultés de différents ordres: blessures, non-sélection, résultats décevants, mésentente avec les coachs… La vie du sportif d’élite est loin d’être un long fleuve tranquille. De prime abord, il paraît évident de ne pas souhaiter ces fortes perturbations dans un parcours de vie sportif. Les recherches ont au contraire souligné l’intérêt que pouvaient avoir ces écueils dans la route vers l’excellence sportive. Plus précisément, ce sont moins les perturbations qui sont importantes que les mécanismes utilisés pour les gérer. Ceci renvoie aux habiletés mentales pour faire face aux situations mais aussi aux formes d’engagement dans les pratiques quotidiennes.

On le voit bien, cette gestion de la difficulté implique des techniques et méthodes qui ne résident pas dans un simple soutien affectif volontaire d’un proche, au risque justement de plonger les sportifs au plus profond du désarroi. Au contraire, la psychologie du sport propose de soumettre de façon contrôlée les sportifs à des situations perturbantes pour générer cette résilience, favoriser le développement des talents et permettre finalement que l’expérience de la perturbation reste dans des seuils de tolérance acceptables, favorisant ainsi le bien-être du sportif.

Un chemin, un but

Au final, le mental du sportif est tout autant un objectif à atteindre qu’un processus à accompagner. On ne peut alors qu’en revendiquer une plus large prise en compte à toutes les étapes de la vie du sportif de haut niveau. Cela passe aussi par de meilleures interactions entre l’université, les associations professionnelles de psychologie et le monde de la pratique sportive protégeant tous les sportifs des dérives de charlatans. Des actions de formation en direction de l’encadrement sont essentielles.

On peut également encourager les sportifs à ne pas attendre d’être en difficulté pour s’intéresser à cette dimension dans leur construction ou dans la recherche de performances. Des psychologues du sport qualifiés peuvent accompagner le développement des carrières sportives. Ils rendent profitables les expériences vécues et aident les sportifs à obtenir toutes les cartes du jeu pour l’atteinte du plus haut niveau de performance et la préservation d’un développement individuel équilibré.

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