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Le regard noir de Lionel Messi, deux fois battu par le Real Madrid en Supercoupe d’Espagne. Le FC Barcelone se cherche en ce début de saison.

Football

Messi, pourquoi lui ne partira pas

Choqué par le départ de Neymar, le FC Barcelone part ce week-end à l’assaut de la Liga, toujours emmené par Lionel Messi. L’Argentin a trouvé en Catalogne une considération qu’on lui marchande toujours dans son pays natal

«Ne t’en fais pas, un jour tu seras plus grand que Maradona.» La promesse de Diego Schwarzstein résonne comme une prophétie. A la fin des années 1990, c’est ainsi que cet endocrinologue de Rosario rassure un jeune garçon en déficit d’hormones de croissance. «La Pulga» (la Puce) ne porte pas encore l’espoir de tout un pays mais son nom à l’accent divin, Messi, invite déjà à croire aux miracles.

Messi-Maradona. En Argentine, ce match se rejoue sans cesse. Que l’un empile les titres sous la tunique blaugrana tandis que l’autre ajoute de nouveaux scandales à une collection déjà bien fournie n’y change rien, les partisans des deux génies argentins du ballon ne cessent de disserter de leur place respective au panthéon du football mondial.

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Les deux camps ne s’accordent que sur un point: le numéro dix du Barça n’a pas et n’aura jamais la même aura que son illustre aîné. Timide, discret, humble… «Messi, c’est l’anti-Maradona», clament en chœur les Argentins. Sa voix fluette, son regard fuyant, ses mimiques d’adolescent: même s’il s’est affirmé ces dernières années, l’attitude de Messi est à mille lieues de celle de fanfaron exhibée par le «Pibe de oro». «Messi est un Argentin étrange: il n’est ni arrogant, ni arriviste, parle peu et agit beaucoup…», relevait ainsi Carlos Roberts dans les colonnes de La Nacion en 2010.

Un Argentin différent

«Quand il est arrivé, c’était un gamin parmi d’autres, qui ne parlait avec personne», se remémore Diong Mendy, un ancien partenaire de La Masia, le centre de formation du Barça. «Il avait l’air apeuré, il était très réservé, reprend Albert Benaiges, l’un de ses premiers formateurs, à l’autre bout du fil depuis la République dominicaine. Les trois leaders du vestiaire étaient Victor Vazquez, Gerard Piqué et Cesc Fabregas. Leo s’entendait bien avec tout le monde, il riait à leurs blagues, mais se tenait toujours un peu à l’écart.»

Rien d’étonnant pour Agustin Ruani, ami d’enfance et membre de la redoutable «Maquina» de la génération 1987 de Newell’s Old Boys. «Quand Leo ne connaît pas, il reste en retrait. Mais avec nous je peux vous assurer qu’il n’était pas le dernier à se faire remarquer», raconte le jeune homme depuis Rosario, où il a assisté fin juin au mariage de Messi avec Antonella Rocuzzo.

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«Leo est différent des autres Argentins que j’ai connus dans ma carrière, assure Diong Mendy. Il est plus tranquille, plus timide et pas aussi sociable que la plupart d’entre eux, mais le fait d’être tous les deux étrangers nous a rapprochés. C’est quelqu’un de très fidèle en amitié. Je l’ai revu en début d’année à Barcelone, il m’a signé un maillot et on a discuté. Il n’a pas changé. C’est agréable qu’un joueur de son talent se souvienne de vous et vous traite normalement.»

Un départ perçu comme une fugue

Ses compatriotes, qui lui reprochent de n’avoir jamais rien gagné avec l’Albiceleste, aiment à décrire Lionel Messi comme un «pecho frío» (l’insulte suprême pour un sportif en Argentine, que l’on pourrait traduire par «poule mouillée»), incapable de prendre en main le destin de l’équipe nationale. A l’inverse d’un Carlos Tevez, idole de Boca Juniors, baptisé par Maradona «le joueur du peuple», Lionel Messi n’a jamais porté le maillot d’un club argentin en professionnel. Ce vide dans son CV est sa croix.

Si Lionel Messi a toujours démontré son attachement à sa ville natale de Rosario, sa relation avec l’Argentine est jalonnée de malentendus

Son exil en Catalogne à l’âge de 13 ans, alors que son club formateur de Newell’s Old Boys ne pouvait payer son traitement, reste dix-sept ans après toujours interprété comme une fugue. En Argentine on envie secrètement ceux qui traversent l’océan Atlantique pour rallier la terre de leurs ancêtres européens et s’offrir une vie meilleure. Mais dans ce pays régulièrement frappé par de graves crises économiques, on rejette publiquement ces mêmes «traîtres» qui quittent le navire sans se retourner.

Maté et «asado»

«On ne sait pas valoriser les bonnes choses qui viennent de chez nous, regrette vigoureusement son camarade de sélection Oscar Ustari. On ne peut pourtant pas vraiment critiquer Leo. Il est toujours prêt à faire de grands voyages avec la sélection et disposé à jouer pour son pays. Il faut arrêter avec ces bêtises et le traiter de la meilleure manière possible.»

Si Lionel Messi a toujours démontré son attachement à sa ville natale de Rosario, où il se rend dès qu’il en a l’occasion pour retrouver ses proches et participer à diverses initiatives sociales via sa fondation, sa relation avec l’Argentine est jalonnée de malentendus. La sélection a atteint en grande partie grâce à lui la finale du Mondial 2014 et celles des deux dernières Copas Americas? Certes, mais l’astre barcelonais s’est éteint lors des trois échéances décisives, finissant par jeter l’éponge à l’issue de son ultime échec aux Etats-Unis l’été dernier, avant de se raviser.

«Le Barça m’a tout donné»

Au-delà de cette «malédiction», c’est encore et toujours son attitude qui lui vaut les attaques incessantes de ses compatriotes. S’il a fini par renoncer aux escalopes milanaises (son plat préféré) pour adopter un régime alimentaire plus conforme à sa condition de footballeur professionnel, il ne s’est pourtant jamais départi de son accent et de ses coutumes rioplatenses. «Dans sa façon de parler, Leo n’a rien d’espagnol ou de catalan, assure son ami Oscar Ustari. En bon Argentin, il adore prendre le maté [une infusion typiquement sud-américaine] et manger un bon asado [sorte de grand barbecue].»

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A 30 ans (depuis le 24 juin), Lionel Messi a désormais vécu plus longtemps en Espagne que dans son pays natal, 17 ans contre 13. «Le Barça m’a tout donné, reconnaissait-il sans détour en 2014. Je me suis formé avec les valeurs de La Masia. Je suis ce que je suis grâce aux valeurs de la cantera [l’école de football blaugrana].»

Cet attachement pour le club qui l’a accueilli à l’automne 2000 ne s’est jamais démenti. Lionel Messi a ainsi récemment rempilé avec le Barça jusqu’en 2021. «C’est quelqu’un qui n’aime pas les changements, estime Albert Benaiges. La preuve, il n’a jamais changé de maison depuis qu’il a quitté l’appartement qu’il partageait avec son père. Leo ne partira jamais en Chine. Il se sent bien à Barcelone, dans le club où il a grandi. Il aime sa vie ici, pas loin de la plage, tout comme sa femme et ses enfants.»

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