Heureusement peut-être pour lui, Younes El Aynaoui n'a pas été invité par Sa Majesté Hassan II vendredi soir à l'occasion de l'anniversaire du souverain. Hicham Arazi, le joueur marocain qui a provoqué un engouement extraordinaire pour le tennis dans son pays en atteignant à deux reprises les quarts de finale à Roland-Garros, était convié à la fête, lui. Or jeudi, il n'a fait que de la figuration face à Felix Mantilla, ayant sûrement davantage en tête son horaire d'avion que la perspective d'un bon parcours à Gstaad. On peut le comprendre comme on peut également regretter que les spectateurs soient les victimes de ce manque de motivation.

Avec comme seul objectif après ses nombreux ennuis physiques l'envie de bien jouer tout en évitant les blessures, Younes El Aynaoui a fait oublier au public de l'Oberland bernois la parodie de rencontre offerte par son compatriote. Alors que, comme c'est la coutume dans le tournoi, les Espagnols se présentent en force lors de la phase finale de l'épreuve, il est parvenu à battre en brèche la domination ibérique en éliminant Francisco Clavet, l'une des trois têtes de série espagnoles en lice au stade des quarts de finale. Son mérite est d'autant plus grand qu'il a, selon ses propres dires, toujours éprouvé dans le passé énormément de difficultés à confirmer une belle performance et qu'il considérait Clavet un peu comme sa bête noire. Celui-ci menait en effet 7-2 dans les confrontations directes et avait même remporté les sept dernières!

Incontestablement, quelque chose a changé chez le Marocain, qui a déclaré disputer ici la meilleure semaine d'une carrière entamée il y a neuf ans déjà. El Aynaoui est parfaitement conscient de l'origine de cette évolution. «Je suis devenu père de famille, je me suis installé en Europe et je voyage le plus souvent possible en compagnie des miens. Cela me donne un plus grand équilibre car cela m'empêche de penser uniquement au tennis. Surtout après une défaite.» Cet ultime mot, le vainqueur de Clavet est en train d'en oublier la signification. Avant de venir à Gstaad, il a remporté un challenger en Allemagne et en est ainsi à huit rencontres remportées consécutivement. On aurait tendance à affirmer que c'est le minimum de confiance qu'il faudra au Marocain pour affronter ce samedi Albert Costa, tant l'Espagnol s'est montré impressionnant contre Vince Spadea, le bourreau de Gustavo Kuerten.

Autre ancien vainqueur du tournoi, Felix Mantilla a eu plus de peine à obtenir sa place dans le dernier carré et n'a dû sa qualification qu'au manque d'expérience d'Arnaud Di Pasquale. Le jeune Français a mené une manche à zéro avec break dans la seconde et il a subi une perte de service décisive dans le dernier set après avoir eu pas moins de quatre balles de jeu. La nouvelle génération sera toutefois présente grâce à Nicolas Lapentti, vainqueur du revenant italien Andrea Gaudenzi, issu des qualifications. Après une brillante carrière chez les juniors, l'Equatorien, déjà demi-finaliste en début d'année à l'Open d'Australie, est enfin en passe de confirmer son talent au plus haut niveau à sa cinquième saison sur le circuit.

Deux jours entiers de compétition figurent encore au programme du tournoi et on se doit hélas déjà de dresser un bilan des performances helvétiques. Derniers Suisses en lice, Roger Federer et Marc Rosset ont subi une élimination peu glorieuse face à la paire Johnson/Suk en quart de finale du double, au terme d'une partie qui avait été interrompue la veille à un set partout entre les deux équipes. Alors que de très nombreuses personnes s'étaient déplacées sur le court numéro un pour assister à la fin de la rencontre, Federer et Rosset n'ont pas été capables d'inscrire le moindre jeu dans l'ultime manche. Les deux Suisses ont certes une échéance importante en vue la semaine prochaine avec le quart de finale face à la Belgique, mais il faut bien peu d'amour-propre pour offrir une aussi piètre exhibition. Il ne reste qu'à espérer que les protégés de Claudio Mezzadri évolueront à un meilleur niveau dans huit jours à Bruxelles.