«Après 21 ans de formidable expansion, le moment est venu de passer d'une croissance continue à une ère de consolidation où nous devons nous concentrer sur notre pôle d'intérêt principal, à savoir les Jeux olympiques, apothéose des manifestations sportives.» Président du CIO (Comité international olympique) depuis juillet 2001, le chirurgien belge Jacques Rogge manie déjà le bistouri pour couper dans la politique de fuite en avant pratiquée par son prédécesseur espagnol, Juan Antonio Samaranch. Raout universel, les Jeux, dit-il, coûtent trop cher, sont trop lourds à organiser et à gérer – donc concrètement réservés à des pays nantis –, et infestés d'innombrables accrédités «parasitaires».

Les faits lui donnent raison. Deux milliards de dollars pour Sydney 2000 (été), 1,5 milliard pour Salt Lake City 2002 (hiver), les dépenses d'investissements deviennent pharaoniques. Reste à savoir si les 126 membres du cénacle olympien, convoqués cette semaine à Mexico lors de la 114e session du CIO, suivront leur chef sans broncher dans sa volonté d'opérer des coupes drastiques. En tout cas, la ville considérée comme la plus grande mégapole du monde – plus de 20 millions d'âmes, en comptant le bidonville géant de Nezahualcoyotl – devrait être le théâtre de discussions et de décisions importantes quant à l'avenir du mouvement sportif. L'aura du roi aztèque Cuhautémoc, dont la statue trône au croisement des transversales Insurgentes et Reforma, insufflera-t-elle l'esprit de sagesse aux caciques de l'Olympe?

Pour l'occasion, la commission ad hoc dirigée par le sémillant Canadien Dick Pound, accessoirement président de l'Agence mondiale antidopage à Montréal, a concocté un rapport exhaustif, tenu secret jusqu'à sa publication ces prochains jours. Mais une chose paraît acquise: ce document-ci n'ira pas dans le sens de celui présenté voilà dix ans par le Russe Vitaly Smirnov. Lequel, mandaté par Samaranch en vue d'étudier une réduction du programme des Jeux, avait conclu qu'il fallait y ajouter des sports!

«Réduire les coûts et la complexité des JO constitue sans aucun doute le challenge de la prochaine décennie. Nous devons nous y attaquer maintenant», a déclaré Pound, histoire de mettre la pression. Pour ce faire, il n'y a pas trente-six manières: concentrer les infrastructures nécessaires – problème en vue, l'opposition écologiste –, baisser les exigences qualitatives liées à ces installations, tailler à la hache la facture somptuaire de la technologie ultramoderne, plafonner le nombre d'accompagnants (à l'heure actuelle, six pour un athlète!), ainsi que celui des participants eux-mêmes (10 500 en été, 2500 en hiver). But avoué de l'opération: rendre les Jeux accessibles à des continents qui n'ont jamais eu les moyens de se les offrir, comme l'Amérique du Sud et l'Afrique.

Corollaire délicat, puisqu'il bouscule des intérêts particuliers, les sports inscrits au programme ne doivent plus augmenter, mais au contraire diminuer. C'est ainsi qu'un second groupe de travail, placé sous la houlette de l'Italien Franco Carraro, soumettra au plénum la proposition d'éjecter le base-ball, le softball et le pentathlon moderne dès l'édition 2008 à Pékin. Dès 2008? Voir… Des petits malins juristes ont, en effet, déniché un article de la Charte olympique interdisant tout changement du programme des Jeux moins de sept ans à l'avance. Il faudrait donc procéder à une modification «constitutionnelle» – majorité des deux tiers requise – avant de décider quoi que ce soit. Plus prosaïquement, on s'attend à ce que ce paquet soit renvoyé à la 115e session de Prague 2003, laquelle se prononcerait alors en vue des JO de 2012, non encore attribués.

Côté anecdote, on notera que, en cas de suppression des trois sports mentionnés, plusieurs membres du CIO aimeraient faire entrer le golf, télégénique à souhait et en plein boom, dans le giron olympique. Tel est aussi le vœu de 60% des joueurs professionnels, selon un sondage de la revue SportBusiness. Léger bémol, des superstars nommées Tiger Woods, Darren Clarke ou Colin Montgomerie opposent leur veto, arguant que «nous voyageons assez comme ça et les Jeux sont la dernière chose dont nous avons besoin». Voilà qui a le mérite de la clarté.

Enfin, cette 114e session remettra à plat les 50 réformes structurelles votées en décembre 1999 à Lausanne, dans le dessein de mettre un terme aux scandales de corruption interne et autres trafics d'influences avec les villes candidates. La mesure la plus emblématique concerne l'interdiction des visites des membres du CIO aux cités prétendantes à l'organisation des JO. Jacques Rogge milite en faveur du statu quo, mais, ainsi qu'il le concède lui-même, le plénum décidera ce que bon lui semble. Or, de nombreux olympiens entendent réintroduire ces visites. Si tel devait être le cas, elles seraient à l'avenir entièrement financées par la caisse du CIO, et placées sous l'étroite surveillance des «incorruptibles» de la commission exécutive.