Privés de compétition pendant des mois pour les raisons que l’on sait, les athlètes ont des fourmis dans les jambes. C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme qu’ils accueillent les petits meetings organisés pour pallier le report ou l’annulation des grands événements. Ce lundi à l’AP Ranch de Fort Worth, au Texas, il n’y avait rien du faste des Jeux olympiques qui auraient dû commencer ce vendredi à Tokyo. Mais les athlètes de premier plan étaient néanmoins nombreux à avoir accepté l’invitation, bien décidés à en profiter au maximum: la Jamaïcaine Briana Williams ou l’Américain Justin Gatlin se sont par exemple alignés sur 60 m, 100 m, 150 m, 250 m et 300 m… soit cinq épreuves différentes!

Lire aussi: Ajla Del Ponte, des sprints et des lettres

L’envie de se mesurer les uns aux autres n’explique pas tout. Plusieurs médias spécialisés croient savoir que les athlètes sponsorisés par Nike, ce qui était le cas de la plupart des participants à Fort Worth, doivent participer à un minimum de dix épreuves pendant la saison sous peine de sanctions financières… Par les temps qui courent, autant assurer le coup lorsque c’est possible. Cette drôle de configuration a conduit certains athlètes à aborder l’une ou l’autre course en dilettante. Mais elle n’a pas empêché la réalisation de quelques exploits.

Parmi les meilleurs

C’est ainsi que l’Américain Michael Norman a établi, sur 100 m, la meilleure performance mondiale de l’année en 9”86. Elle traduit d’abord la progression fantastique de l’athlète de 22 ans, dont le meilleur temps n’était avant cela que de 10”27. Elle l’introduit ensuite parmi les meilleurs sprinteurs de son époque: seul le champion du monde Christian Coleman a couru plus vite depuis 2017 et la retraite d’Usain Bolt. Elle le propulse, enfin, dans le cercle très fermé des coureurs qui vont très vite sur trois distances différentes.

Car Michael Norman est loin d’être un spécialiste du 100 m. Il ne s’était d’ailleurs plus aligné sur la ligne droite depuis 2016. Son truc, c’est le 400 m, une épreuve qu’il aurait abordée en favori lors des derniers Mondiaux sans des douleurs récurrentes à une jambe qui ont perturbé sa fin de saison 2019 et dont il est le quatrième performeur de tous les temps (43”45). A côté de ça, il agrémente son programme de 200 m, surtout à des fins de développement. Mais sa meilleure performance personnelle (19”70) le place aussi parmi les prétendants aux premiers rangs dans n’importe quelle compétition.

Objectif Tokyo

Lundi, il est devenu le deuxième athlète après le Sud-Africain Wayde van Niekerk à descendre sous les 10 secondes sur 100 m, sous les 20 secondes sur 200 m et sous les 44 secondes sur 400 m. En passant ses performances à la moulinette de la «table hongroise», un mécanisme permettant de comparer les résultats de différentes spécialités en athlétisme, il est le troisième coureur le plus performant au cumul des trois distances, juste derrière Usain Bolt et Michael Johnson. Autrement dit, son pedigree lui permet de revendiquer une place à la table des plus grands. Et pourtant, son palmarès au plus haut niveau demeure désespérément vierge.

Il devrait avoir l’occasion de le garnir l’été prochain à Tokyo. Reste à savoir sur quelle(s) distance(s). Le 400 m, sa spécialité, semble incontournable. Mais alors, le 200 m l’obligerait à courir cinq jours de suite, tandis que le 100 m impliquerait une journée infernale avec une série en 400 m le matin et les demi-finales plus la finale sur 100 m le soir… Mais après tout, ce lundi à Fort Worth, il s’est aligné sur quatre épreuves différentes au cours du même meeting.