A 32 ans, Michael Schumacher pourrait dès ce dimanche à l'occasion du Grand Prix de Hongrie remporter la 51e victoire de sa carrière et du même coup s'offrir un quatrième titre de champion du monde de Formule 1.

Bien sûr, un tel scénario tuerait le suspense des quatre dernières courses, mais les «producteurs» de la F1 ne sont pas inquiets d'une telle issue. Bernie Ecclestone, à la tête de la Formula One Association (FOA), et à ce titre directement concerné par les droits commerciaux, et son ami Max Mosley, à la tête de la Fédération internationale de l'automobile (FIA), affirment que seul le sport décidera et qu'il n'est pas en leur pouvoir d'inverser le cours des choses. Sauf coup de théâtre, comme parfois le sport en réserve, il y a peu de chances que le titre se décide cette année dans les deux dernières courses de la saison comme ce fut souvent le cas ces dernières années.

L'idéal aurait évidemment été que le suspense prenne fin à l'occasion du Grand Prix des Etats-Unis (30 septembre) devant 220 000 spectateurs regroupés dans les tribunes d'Indianapolis, et à une heure idéale pour les télévisions européennes, ce fameux access prime time (19 h). Mais cette fois, le sport semble vouloir en décider autrement.

Si Ferrari, grâce au talent de Michael Schumacher, est en mesure de remporter le titre mondial dès dimanche, c'est tout simplement que l'écurie italienne était, cette année, la plus forte et qu'elle a profité dans le même temps d'une sérieuse baisse de régime de sa principale rivale, l'équipe McLaren-Mercedes. Dans ces conditions, et malgré la montée en puissance des Williams-BMW, Ferrari devrait être en mesure de conserver ses titres mondiaux acquis en 2000. Lesquels arrivaient après plus de vingt ans d'insuccès et d'attente. Comme les règlements techniques n'ont pas été bouleversés cette année, les ingénieurs de la Scuderia ont pu optimiser les points forts de leur machine. Comme le soulignait Michael Schumacher il y a quelques mois, la F1 est sans doute entrée dans une nouvelle ère Ferrari, comme elle a connu une ère Williams-Renault ou une ère McLaren-Honda dans un passé récent.

Pour contrer sa rivale, McLaren a pris un petit risque technique, notamment au niveau de sa motorisation et de ses assistances électroniques. Celui-ci n'a pas été payant puisque Mika Hakkinen et David Coulthard ont souvent renoncé sur panne mécanique. La fiabilité ajoutée à la compétitivité de la Ferrari ont fait le reste. Sans réelle opposition et avec un peu de réussite, Michael Schumacher n'a pas eu à forcer son talent pour creuser l'écart au championnat.

Ce n'est pas la première fois que le titre de champion du monde peut être attribué aussi tôt dans la saison. En 1992 déjà, Nigel Mansell, au volant d'une Williams-Renault irrésistible, avait été sacré champion du monde à l'occasion de ce même Grand Prix de Hongrie. Neuf ans plus tard, Schumacher se retrouve dans une situation identique. Les mauvais esprits qui sont persuadés que ceux qui contrôlent la F1 (la FIA et la FOA) sont capables d'avoir une influence sur le déroulement du championnat en sont pour leurs frais. L'année dernière, il avait fallu un incroyable concours de circonstances et une succession d'ennuis et d'accidents pour que Schumacher se retrouve à défendre sa première place au classement jusqu'à l'avant-dernière course. Et le retour en force de McLaren avait contraint les pilotes Ferrari à batailler jusqu'à l'ultime Grand Prix, au Japon, pour ajouter au palmarès de Ferrari le titre des constructeurs.

Il faut toutefois reconnaître que Ferrari a bénéficié d'un régime de faveur, il y a deux ans, qui a permis d'entretenir un faux suspense jusqu'au dernier rendez-vous de la saison. En 1999, Michael Schumacher n'était plus dans la course au titre à la suite de son accident au Grand Prix de Grande-Bretagne, au mois de juillet. Son équipier du moment, Eddie Irvine, avait repris le flambeau et failli créer la surprise, profitant lui, d'une mauvaise passe de Mika Hakkinen, en se mettant en position de remporter le titre.

C'est au Grand Prix de Malaisie, l'avant-dernier rendez-vous de la saison, que le championnat avait tourné à la farce. Schumacher, qui signait là son retour, et Irvine avaient dominé la course et signé un doublé qui permettait à Ferrari d'entretenir l'espoir de remporter un des deux titres mondiaux. Las, les deux Ferrari avaient été déclassées quelques heures après la course pour non-conformité technique. Une décision violemment critiquée par Bernie Ecclestone qui voyait l'intérêt de son dernier Grand Prix au Japon s'écrouler. S'était ensuivie une intense bataille juridico-sportive entre Ferrari et la FIA qui s'était conclue sur le reclassement de l'écurie Italienne. Ron Dennis avait fort justement crié au scandale. Le manager anglais a toujours été le plus virulent pour dénoncer une possible collusion entre la mythique Scuderia, qui symbolise la course automobile, et le pouvoir sportif. Par chance pour la morale sportive, Mika Hakkinen avait remporté le titre mondial, son écurie devant tout de même s'incliner dans la course au titre des constructeurs.

Gage d'indépendance, la FIA avait alors rappelé que l'année précédente, en 1997, Michael Schumacher, encore une fois en course pour le titre mondial dans l'ultime course, avait été déclassé de la totalité du championnat après avoir bousculé Jacques Villeneuve à quelques tours de l'arrivée. Ce geste antisportif avait fait perdre tous ses points au pilote allemand, mais pas le gain de ses victoires! Un jugement pour le moins aberrant.

Objectivement, le pouvoir sportif n'a aucune influence sur le déroulement du championnat, sauf à user abusivement ou interpréter l'application de ses propres règlements. Reste qu'une écurie Ferrari en forme, qui compte des tifosi dans le monde entier, est un gage de succès et d'intérêt pour le championnat du monde de Formule 1. Toutefois, Ferrari n'a pas gagné de titre pendant plus de vingt, ce qui n'a pas empêché la F1 de prospérer jusqu'à devenir dès le début des années nonante un incroyable succès commercial. Et un spectacle parfaitement rodé.