David Coulthard et Eddie Irvine sont de bons lieutenants. Le deuxième pilote de chez McLaren-Mercedes et son homologue de chez Ferrari ont parfaitement supplé l'absence de leur chef de file à l'arrivée du Grand Prix de Grande-Bretagne. Si Mika Hakkinen, le champion du monde en titre a dû renoncer sur un banal ennui mécanique alors qu'il dominait cette huitième manche de la saison, son principal adversaire, l'Allemand Michael Schumacher, a été éliminé sur un terrible accident. Après une sortie de piste à plus de 200 km/h., quelques virages après le premier départ, la Ferrari s'est encastrée, de face, dans une triple protection de pneumatiques. Lors du choc, Schumacher s'est fracturé le tibia et le péroné de la jambe droite. Il a été opéré à l'hôpital de Northampton et sera absent des circuits pendant un mois et demi, ce qui signifie qu'il ne participera pas aux quatre prochaines épreuves.

Dysfonctionnement des freins

C'est en voulant reprendre l'avantage sur la Ferrari de son coéquipier Eddie Irvine que Michael Schumacher a été victime de son plus sérieux accident depuis qu'il a débuté en Formule 1 en 1991. Retour sur image: le départ du Grand Prix de Grande-Bretagne vient d'être donné lorsque Michael Schumacher approche la courbe de Stowe à plus de 300 km/h en quatrième position, alors qu'il s'est élancé de la première ligne. Mika Hakkinen est déjà loin. Il précède son équipier David Coulthard et les deux Ferrari de Irvine et Schumacher. L'Allemand est agacé par ce départ loupé qui l'oblige à chasser les McLaren. Il sait que Irvine ne sera pas un obstacle. Par contrat, l'Irlandais doit respecter à la lettre son rôle de deuxième pilote.

Mais, au freinage de Stowe qu'il aborde hors trajectoire, sur une partie poussiéreuse de la piste, Michael Schumacher sent sa monoplace lui échapper. De plus de 300 km/h, la Ferrari doit ralentir à environ 180 km/h pour franchir le virage à droite qui se présente. Au lieu de s'inscrire à la corde de cette difficulté, la Ferrari de Schumacher recoupe à pleine vitesse la trajectoire d'Irvine, au point de frôler l'autre Ferrari, les roues avant bloquées – donc sans pouvoir directionnel –, puis survole le bac à gravier, sans doute à cause d'un dysfonctionnement des freins arrière selon les techniciens de Ferrari. Le pilote allemand n'est plus maître de son destin. A peine ralentie, la monoplace folle termine son embardée dans les protections de pneus. De son cockpit, Irvine a vu fugitivement un bolide rouge lui passer sous le nez.

Le plus incroyable, à cet instant, est que la course est arrêtée depuis quelques secondes, les voitures de Villeneuve et de Zanardi ayant calé sur la grille. Le premier départ est annulé. Schumacher a été victime d'un accident dans une course qui n'en n'était plus une, avec des conséquences sur sa santé et, évidemment, sur le championnat du monde. Car, même si Hakkinen n'a pas marqué le moindre point hier à Silverstone, les chances de l'Allemand de lui disputer le titre mondial sont désormais bien faibles. Dans le meilleur des cas, le pilote vedette de la Scuderia pourrait être rétabli au mois de septembre pour s'aligner au départ du Grand Prix d'Italie à Monza, le 12 septembre.

De la chance

dans son malheur

Mais Michael Schumacher a eu de la chance dans son malheur. Une fois encore, les efforts pour améliorer la sécurité active des monoplaces lui ont permis de s'en sortir à moindre mal, compte tenu de la violence de l'impact. Sa robuste constitution lui a évité de graves lésions internes, comme en aurait subi le commun des mortels après une telle décélération. Reste l'efficacité des zones de dégagement. Sur cette question, Irvine a donné son avis: «Michael est sorti à un endroit où le bac à sable est plat, comme partout sur le circuit. C'est un problème quand on arrive tout droit, car avec les fonds plats (n.d.l.r.: le dessous des monoplaces est lisse pour éviter de créer un effet de sol supplémentaire), on glisse sur le sable. Et on n'est pas du tout ralenti.»