Double champion du monde 1994-1995 de for-mule 1 Michael Schumacher, 30 ans, pourrait retrouver le volant de sa monoplace samedi, sur le circuit italien de Fiorano, le fief de Ferrari (lire Le Temps du 4.8.1999). Il y effectuerait une première séance d'essais moins d'un mois après son accident – au cours duquel il a été victime d'une double fracture de la jambe droite – survenu le 11 juillet dernier lors du GP de Grande-Bretagne, à Silverstone. Auparavant le pilote allemand doit rencontrer ce vendredi son médecin, qui lui dira si la chose lui semble possible ou non.

La volonté de Schumacher de repiloter le plus rapidement possible s'explique par deux raisons essentielles. D'abord, quand on pratique le sport automobile et qu'on est victime d'un tel accident, le mieux est de s'installer à nouveau rapidement derrière le volant pour ne pas laisser la peur s'installer. Ensuite, on imagine mal le citoyen de Vufflens-le-Château accepter de gaieté de cœur de voir son coéquipier irlandais Eddie Irvine partir à la conquête du titre mondial alors que c'est lui, «Schumi», qui a le plus contribué à amener techniquement la Ferrari F399 au niveau où elle se trouve aujourd'hui.

Reste donc la question essentielle: Michael Schumacher peut-il piloter dès à présent? «Physiquement, la chose n'est pas impossible, considère le Dr Gérald Gremion, spécialiste lausannois de la médecine sportive. Une fracture de la jambe n'est pas grave en soi. Toutefois, pour une consolidation totale des os, il faut compter trois mois (n.d.l.r.: chez un adulte, trois semaines après une fracture, le cal commence seulement à se former). Maintenant, il faudrait savoir comment les os fracturés ont été fixés. Et de quel type de fracture il s'agit.»

L'entourage de Schumacher et le pilote lui-même demeurant discrets, Gérald Gremion esquisse deux scénarios: «Si les chirurgiens ont utilisé un clou centromédullaire (posé dans le cas de fractures transverses de la jambe) pour relier le haut et le bas du tibia – et on peut admettre que ce soit le cas pour Schumacher – l'Allemand peut piloter très rapidement. Mais si c'est une plaque (ou une broche) et des vis qui ont été posées, le risque que cela casse en cas de gros efforts ou en raison des vibrations qu'impose une voiture de F1 est très important. Il faut voir également si la jambe peut être immobilisée entre le genou et la cheville pour éviter qu'elle ne subisse de trop gros mouvements.»

Le praticien ajoute: «Pour ce qui est de la musculature, un athlète de haut niveau est généralement si affûté (n.d.l.r.: indépendamment d'un suivi par électrostimulation) que je ne pense pas que Michael Schumacher connaîtra de problèmes sur ce plan-là.» Quand on lui demande enfin si un retour aussi rapide apparaîtrait bien raisonnable, le Dr Gremion est très clair: «Pour moi, et depuis longtemps, raison et sport d'élite sont des notions incompatibles.»

Michael Schumacher effectuera donc peut-être des essais samedi à Fiorano. Dans le paddock de la F1, certains évoquent un retour en compétition de l'Allemand le… 29 août, lors du GP de Belgique. Mais, avant cela, le pilote Ferrari devra d'abord passer chez le médecin de la Fédération internationale de l'automobile, qu'on sait plutôt sévère. Et prouver qu'il est en mesure de s'extraire de sa monoplace en moins de cinq secondes en cas d'accident, sans aide extérieure.