Michel Bonnefous est à la tête d'America's Cup Management (ACM), la société en charge de l'organisation de la Coupe de l'America 2007 à Valence. A la veille du coup d'envoi du Louis Vuitton acte II et des premières régates dans les eaux espagnoles, le Genevois a évoqué les enjeux de la préparation d'un tel événement, les relations avec les autorités locales et les tensions politiques liées au changement de gouvernement étatique.

Le Temps: Comment sont planifiés les travaux jusqu'en 2007?

Michel Bonnefous: Contractuellement, nous avons un calendrier précis des engagements qui doivent être pris et des choses qui doivent être livrées. Par exemple, les offres publiques ont été envoyées pour la construction des bases des équipes et du port. Tout est déjà en place afin que, dès que les actes II et III seront terminés, l'on puisse commencer les travaux. Lorsqu'on a demandé aux Défis, à Auckland en 2003, à partir de quand ils envisageaient de venir s'installer sur le lieu de la prochaine Coupe, ils nous ont répondu qu'ils viendraient en 2005. Or cinq d'entre eux sont déjà là. Alors on essaie de les aider, de leur trouver des espaces. Il va falloir jongler, mais cela fonctionne plutôt bien. Le Yacht Club de Valence s'est montré très ouvert et a trouvé des solutions provisoires pour aider les équipes.

– Quelles incidences a pour vous le changement de gouvernement espagnol et les tensions politiques que cela engendre?

– Notre interlocuteur, le consortium Valencia 2007, a quelques réajustements à faire étant donné que les trois entités qu'il représente (Etat, région, ville) ne sont plus de la même couleur. Mais, comme je l'ai dit, il y a un calendrier contractuel à respecter et, jusqu'à maintenant, nous avons été relativement épargnés par ces réajustements. Il s'agit de problèmes politiques dans lesquels on n'intervient pas.

– L'actuel président de Valencia 2007, José Salinas, va être remplacé.

– Oui, c'est justement l'un des enjeux actuels. Qui va prendre la tête du consortium à sa place? Cela donne lieu à certaines frictions. Mais lorsqu'on défend un événement de cette importance, il est normal qu'il y ait des tensions. Mais je tiens à préciser qu'il s'agit d'un enjeu politique et non d'un problème entre ACM et Valencia 2007.

– Est-ce qu'il y a des choses qui s'avèrent plus compliquées que prévu?

– Même s'il est vrai que les gens doivent se faire une culture de la Coupe de l'America, ils essaient de nous aider et nous sommes très bien accueillis. De ce point de vue-là, nous sommes contents. En revanche, peut-être en raison des frictions politiques ou du caractère de certaines personnalités, on n'a pas réussi pour l'instant à faire en sorte que les forces institutionnelles et celles d'ACM tirent à la même corde sur ce projet commun. Un réajustement est nécessaire pour être plus efficace.

– Qu'en est-il de la réputation espagnole de tout reporter au lendemain?

– Pour moi le mythe du «mañana» n'existe pas. Il n'y a qu'à voir ce qui se fait à Valence avec l'Opéra ou le Centre océanographique. Cela fait trente ans qu'on parle à Genève de construire un pont sur la rade. Ici, ils ont transformé la ville en quinze ans. A part ça, il est évident que pour les équipes, et notamment les Anglo-Saxons, venir en Espagne constituent un saut culturel. Certains s'y adaptent mieux que d'autres. Mais l'Europe a gagné la Coupe de l'America et l'Europe est composée de pays latins.

– ACM a décidé de favoriser l'installation des équipes à Valence et leur participation aux pré-régates. Comment?

– ACM les aide à trois niveaux. On prend en charge le transport des bateaux et de certains membres des équipes pour les déplacements vers les lieux des différentes épreuves. Nous avons également obtenu du consortium un soutien pour la construction des bases. Une aide est offerte aux Défis sur le plan administratif. Ils bénéficient d'allégements fiscaux et d'avantages pour les questions d'assurances.

– Combien êtes-vous désormais chez ACM?

– Quatre-vingts personnes. Il y a des gens très talentueux qui nous ont rejoints. On retrouve la patte «alinghienne». Nous sommes allés chercher des personnes d'expérience qui proviennent tous de grands événements comme la Coupe du monde de foot, les Jeux olympiques ou les Grands Prix de Formule 1.

– N'existe-t-il pas un décalage entre vos ambitions et le fait que la voile ne sera jamais aussi populaire que le football ou les Jeux?

– On ne cherche pas à faire du football ou de la Formule 1. De grands professionnels sont capables de comprendre les différences entre les événements, leur nature, leur essence. On a fait un très gros travail de positionnement en réalisant des études pointues, en interrogeant plus de 10 000 personnes dans dix pays. Nous nous sommes rendu compte qu'au-delà des inconditionnels, il y a un grand nombre de fans potentiels auxquels on doit s'adresser. On ne veut pas devenir grand public dans le sens où l'est le football, mais cet événement, et on l'a récemment vu à Marseille, peut attirer du monde. L'important étant de préparer les choses de façon à ce que les gens aient envie de venir, se sentent accueillis et aient du plaisir.

– Certaines personnes ne comprennent pas l'intérêt d'organiser des pré-régates.

– Même si ce n'est pas encore la Coupe de l'America, ce sont des compétitions et les équipes se prennent au jeu pour prendre un ascendant psychologique sur leur adversaire. De plus, ce sont des régates qui comptent au regard du Protocole. Il y a encore une clarification qui doit se faire sur la manière dont cela va compter, mais ces actes ont un enjeu sportif.

– N'est-ce pas une contradictoire d'organiser des épreuves qui comptent alors que la période des inscriptions n'est pas terminée?

– Les avis divergent et tous les arguments sont sur la table. Ce sera à la commission des Challengers de se mettre d'accord et de nous faire une proposition. Mais quelle que soit la décision prise, il est évident que la compétition a déjà commencé. Le match de mardi entre BMW Oracle et Luna Rossa était très important psychologiquement pour les deux équipes. J'ai été directeur d'Alinghi pendant trois ans et je n'ai jamais vu une seule régate qui n'ait pas d'enjeu pour l'équipage.

– Vous parlez d'Alinghi. On a beaucoup entendu parler de tensions entre eux et vous…

– La relation s'est améliorée. Mais plus qu'un véritable problème relationnel, ce qui a pu être pris pour des tensions était dû à un réajustement nécessaire chez Alinghi après la séparation en deux entités. Chacun a fait son travail de son côté et nous entrons à nouveau en interactivité maintenant. Certaines personnes ont laissé entendre que ce qui s'est passé chez eux (ndlr: le licenciement de Russell Coutts) avait quelque chose à voir avec nous. Ce n'est pas vrai.