Pour l'un et l'autre, ce fut orchestré comme un spectacle son et lumière avec ballet d'hélicoptères, jeux de projecteurs et mêmes feux d'artifice pour le premier. Samedi soir, le voilier de Michel Desjoyeaux, qui avait sorti sa plus belle robe, était éclairé comme en plein jour au milieu d'un tourbillon d'embarcations. Et même si les moyens de communication permettent de nos jours de suivre heure pas heure la progression des marins autour du monde, il restera toujours une part de magie à voir le navigateur surgir, après 93 jours de mer, là même d'où il s'était élancé, comme pour nous rappeler que la terre est ronde.

«Le plus beau jour de ma vie»

De l'avis de tous et surtout de ceux qui en ont vu un certain nombre, l'arrivée du vainqueur de la quatrième édition du Vendée Globe, ce week-end aux Sables-d'Olonne, fut la plus belle des arrivées de course au large, avec celle de sa dauphine Ellen McArthur dimanche soir, moins de 24 heures plus tard. «Magnifique», «magique», sont les mots qui résonnaient dans toutes les bouches. Même Desjoyeaux n'en revenait pas. Et pourtant, son équipe l'y avait préparé. «C'est géant. C'est le plus beau jour de ma vie», a-t-il lancé à peine la ligne franchie en agitant une fusée de détresse en guise de salutations aux siens. Puis, ce fut la remontée du chenal bordé de 200 000 personnes venues acclamer ce «sacré matelot» comme chantaient les employés de la société vendéenne PRB, son sponsor. Depuis la dernière édition, qui exista davantage par ses drames que par son niveau sportif, les bateaux ont évolué, permettant une régate disputée jusqu'au dernier mille. Les marins aussi ont changé. Le professeur Desjoyeaux est arrivé frais comme un gardon, posé et lucide comme s'il était parti l'avant-veille. «Je n'ai fait que mon boulot. Une grande partie de ma victoire est due à ma préparation», a insisté le grand vainqueur du jour.

Remontée du chenal

On se souvient de Christophe Auguin, il y a quatre ans, qui, une barbe de 105 jours au menton, planait complètement, le regard hagard. Mais malgré son prompt retour sur terre, Desjoyeaux, Breton pas toujours très expansif, n'a pu cacher son émotion. Il s'est pris la tête dans les mains, les yeux remplis de larmes lorsqu'un parterre de journalistes s'est mis à l'applaudir tant et plus à l'issue de la conférence de presse. «Il me faut d'abord profiter de l'instant, comprendre ce qui m'arrive. Savourer cette soirée, cette remontée du chenal, qui a le même poids que les 93 jours de mer. Ensuite, il me faudra prendre du recul pour réaliser ce que j'ai appris sur moi-même.»

Il venait à peine, au petit matin, de quitter la fête endiablée organisée en son honneur qu'un hélicoptère de la Royal Navy décollait des Sables-d'Olonne pour voler à la rencontre du voilier d'Ellen McArhtur, alors encore à plus de 100 milles de la ligne d'arrivée. L'hélicoptère, gracieusement mis à la disposition de l'équipe de la jeune Anglaise par l'ambassadeur britannique à Paris, emmenait notamment Ken et Avril McArthur, les parents de la navigatrice, ainsi que son frère Fergus. La nouvelle star de la voile a été accueillie dans la même fièvre son et lumière que son prédécesseur. Pour elle, toutes les chaînes de télévision britanniques et les quotidiens nationaux s'étaient déplacés dans la petite ville vendéenne pour immortaliser la performance historique de la première femme à boucler un tour du monde en solitaire en moins de 100 jours, du plus jeune skipper à faire un podium dans le Vendée Globe (lire en page 2).

«Il y a même des chaînes de télévision américaines qui sont là essentiellement pour Ellen», souligne Philippe Jeantot, l'organisateur, qui n'en revient pas de l'ampleur qu'a pris sa course. Ellen appréhendait ce débordement d'attention à son égard. «Je ne sais pas comment je vais réagir. J'imagine que ce sera des larmes.» Et ce fut des larmes.