Il est un peu plus de 14 heures lorsque le spi blanc et la coque rouge du voilier de Michel Desjoyeaux apparaissent à l'horizon. Photographes et cameramans, soulagés d'avoir enfin une arrivée de jour, sautent dans des vedettes pour partir à sa rencontre. Le soleil brille et une houle régulière rythme les apparitions du bateau. A bord, le Breton, la tête protégée sous un bob en tricot, reste concentré à la manœuvre. Ne jamais crier victoire tant que ligne d'arrivée n'est pas franchie. Il se retourne régulièrement pour voir où en est Jean Le Cam, qui n'est qu'à un mille derrière, et toutes les autres voiles qui s'approchent. Dans une course où le classement est au temps chaque minute est précieuse.

Il est finalement 14 h 58 lorsque Michel Desjoyeaux peut laisser éclater sa joie. Il vient de remporter la troisième étape de cette Solitaire du Figaro entre l'île de Groix et Gijon (Espagne). Un doublé – puisqu'il avait déjà remporté la première étape entre Cherbourg et Howth (Irlande) – et un pas de plus vers la victoire finale. «TBS a gagné deux batailles mais n'a pas gagné la guerre, précise-t-il. Mon beau-frère a rêvé que je faisais le grand chelem. J'ai déjà fait une entorse à cette prémonition en terminant second de la deuxième étape. On verra ce je fais dans la dernière».

Le professeur intouchable

Reste que celui qu'on surnomme le professeur effectue une course exemplaire. «Il y a des années sans, et des années avec. C'est vrai que jusque-là je n'ai pas grand-chose à me reprocher», avoue-t-il. Même ses collègues le reconnaissent: «Je crois qu'on ne mérite pas vraiment la première place. Michel est intouchable et je ne lui souhaite pas de coup de mistoufle. Il fera un beau vainqueur», remarque le Breton Eric Drouglazet, qui s'accroche à la deuxième place du général convoitée par Jean Le Cam, un autre Breton.

Ce dernier est arrivé en seconde position, 6 minutes et 50 secondes derrière Desjoyeaux. D'ailleurs toutes les arrivées se sont succédé à un rythme soutenu. A l'image de ce qu'a été cette troisième étape de 342 milles. «Une course poursuite», lâche Gilles Chiorri.

«C'est ma première vraie étape au contact des autres bateaux. C'est beaucoup plus motivant. Tu modifies les réglages en permanence pour gagner un 10e de nœud alors que tout seul tu n'as aucun repère», raconte Michèle Paret, skipper du bateau genevois Carrefour Prévention qui a fait une très belle course longtemps dans le peloton de tête. «J'ai perdu bêtement des places pendant la dernière heure, poursuit-elle. Mais je suis contente car le bateau va beaucoup mieux en cap et en vitesse – j'ai modifié la longueur du pataras (n.d.l.r.: câble à l'arrière du mât) à Groix – et j'ai pu être dans le coup.»

Le grand perdant de cette étape est l'Irlandais Damian Foxall. Tombé à l'eau en essayant de dégager un casier de pêcheur pris dans sa quille, il a été immédiatement repêché par un autre concurrent et a pu remonter sur son bateau. Mais le règlement prohibant toute aide extérieure, il a été contraint de poursuivre hors course. La rage lui a donné des ailes et il a franchi la ligne en troisième position. Pour du beurre. Il se rattrapera lors de la dernière étape entre Gijon et Concarneau dont le départ sera donné lundi.