Avant une échéance, les sportifs se contentent généralement d'asséner des formules toutes faites. Certains sont même devenu des champions en la matière. Ainsi, Todd Martin, évoquant la rencontre de Coupe Davis face à la Suisse qui débute aujourd'hui, n'a pas pu s'empêcher d'honorer la tradition: «Nous sommes confiants. Il y a cinq parties à disputer. Il faudra en gagner trois pour se qualifier…» Puis, visiblement pressé de rejoindre ses camarades d'équipe, il s'est éclipsé.

Contrairement au routinier Américain, Michel Kratochvil (94e au classement mondial) s'est prêté au jeu des questions-réponses avec la fougue de ses 21 ans. Préféré à George Bastl par Jakob Hlasek pour son jeu plus apte à poser des problèmes à Jan Michael Gambill, le Bernois veut saisir sa chance. «Je suis fier et excité à l'idée de jouer ce match pour mon pays, dit-il. Je sais que le public attend beaucoup de moi, mais moi aussi, j'attends beaucoup de cette rencontre.» Comment appréhende-t-il la pression populaire, lui qui n'a que rarement joué dans des stades pleins? «Bien sûr, je suis inexpérimenté. Mais j'ai affronté Patrick Rafter à Melbourne, lors des derniers Internationaux d'Australie. Il y avait de l'ambiance, le public australien l'a soutenu toute la partie… Ici à Bâle, l'appui du public ne peut qu'améliorer mon niveau. Je serai peut-être un peu nerveux pendant les premiers jeux, mais ça ne durera pas.»

Pour son second match de Coupe Davis, le premier avec un véritable enjeu (ndlr: il a battu l'an passé Alexander Shvets 6-0, 6-0 lors de la victoire 5-0 face à la Biélorussie), Michel Kratochvil jouera le second simple ce vendredi face à Gambill. Un tirage au sort qui ne le dérange pas particulièrement. «C'est plus facile de se préparer quand on sait exactement à quelle heure on va jouer. Mais ça ne m'inquiète pas. Je resterai à l'hôtel et je regarderai le début du match de Roger (ndlr: Federer) à la télé. Si je me rends à la halle St-Jacques avec le reste de l'équipe, je risque de perdre une bonne partie de ma concentration et de mon influx.»

C'est donc à Roger Federer (matricule 22 à l'ATP) que reviendra l'honneur d'ouvrir les feux à 14 h face à Todd Martin, le no 2 américain. Récent vainqueur du tournoi de Milan – son premier succès sur l'ATP Tour – le Bâlois sera l'incontestable leader de l'équipe de Jakob Hlasek. «Même si les Américains partent favoris, je pense que nous avons une chance réelle de nous qualifier», confie le no 1 suisse, visiblement ravi de retrouver ses camarades de la Coupe Davis. «Dimanche passé, à mon retour de Milan, ils étaient tous là pour m'accueillir à ma descente d'avion à l'aéroport de Bâle-Muhlouse. Ils ont même chanté une petite chanson pour me féliciter. Je n'ai pas compris grand-chose, mais j'ai apprécié cette surprise à sa juste valeur.»

L'excellente ambiance qui règne au sein de l'équipe de Suisse représente un atout non négligeable. Ainsi, George Bastl, bien que déçu de ne pas avoir été retenu, insistait sur l'importance de l'esprit d'équipe. «Jakob Hlasek m'a expliqué mardi soir les raison qui l'ont poussé à ne pas me titulariser. C'est dur, mais c'est comme ça. En outre, il faut reconnaître que Micha (ndlr: Kratochvil) a fait un sacré bond en avant ces derniers mois.» Pour garder son remplaçant sous pression, Hlasek rappelait toutefois qu'il avait titularisé les joueurs pour la journée de vendredi seulement, et que les choses étaient susceptibles d'évoluer dimanche lors des derniers simples, étant entendu que Lorenzo Manta et Roger Federer disputeraient le double.

Pourtant, l'union sacrée ne suffira pas. Afin de franchir l'obstacle américain, Roger Federer devra remporter les trois matches auxquels il participera. Une responsabilité énorme pour un joueur de 19 ans, mais qu'il assume depuis le retrait du «grand frère» Marc Rosset, fin 1999. Condamné à jouer à son meilleur niveau, le Bâlois devra de plus gérer un contexte particulier. A la halle St-Jacques, il jouera non seulement pour son pays, mais aussi devant un public qui se déplacera pour le voir lui, l'enfant de la région.