Tout ce que Genève compte de célébrités veut prendre rendez-vous avec lui. Une heure à ses côtés, à l’écouter, répondre à ses questions, puis aller suer sur un tapis de course ou sur un crosstrainer, est l’assurance que l’effort ne sera pas vain: le corps peu à peu se sent mieux, l’esprit aussi.

Ce matin-là, salle Keep Up Crossfit aux Acacias, c’est un célèbre auteur qui s’époumone, ahane et ruisselle. Le temps d’une pause, il nous dit que Michel est le meilleur. L’épouse de l’écrivain, solidaire au point de soulever elle aussi des poids de 20 kilos, renchérit: «Je suis Canadienne, dans mon pays, je n’ai pas trouvé mieux que lui.» Michel Molly est coach sportif. Il préfère le mot préparateur. Il entretient le physique tout en prenant soin du mental.

«Quand il est à Genève, il vient trois fois par semaine ici. Pour se sentir bien dans son corps mais aussi décompresser, se relâcher, déstresser. Nous avons une belle relation, il me parle de lui. Je suis son confident, pas un proche, je suis un entre-deux.»

Ce jour-là, l’auteur file à Paris. Une dizaine d’interviews l’attendent. A distance, Michel veille sur son «poulain». Il lui a calé une heure de gym dans une salle de fitness non loin de son hôtel parisien, va l’appeler régulièrement pour lui dire de boire de l’eau, s’enquérir de son humeur. Un peu à l’image d’un agent de star, ce que Michel Molly n’est surtout pas.

Médaillé en 2003

Il a acquis une renommée au Genève-Servette Hockey Club (GSHC), en qualité de préparateur physique. Huit années depuis la catégorie minimes en passant par celle des juniors élite jusqu’à la National League. Plus que la puissance, Michel travaille la souplesse, le gainage et ce qu’il nomme le ressenti. Autrement dit la tête et les jambes. Impossible de les dissocier. Et c’est bien grâce à cette combinaison qu’il doit une carrière de gymnaste de haut niveau plutôt réussie. Il fut, entre autres, vice-champion d’Europe avec l’équipe de France en 2003. L’homme sait que sans la force mentale, il n’aurait jamais décroché cette médaille d’argent.

Il est tombé dans la gym dès l’âge de 6 ans, sur son île de La Réunion, dans l’océan Indien. Papa est champion de judo, maman championne de course à pied. Michel choisit la gymnastique parce qu’il adore le saut à cheval, une des six disciplines olympiques de l’hippisme. Il se souvient: «Un jour, une étoile a brillé soudainement au-dessus de moi, j’avais 9 ans. Lors d’une compétition à Saint-Denis de La Réunion, l’entraîneur de l’équipe de France de gymnastique, qui était en vacances, est passé par hasard.» Il voit ce gamin virevoltant. De la graine de champion, se dit-il.

Il demande à rencontrer les parents «du petit Chinois». «Je ne sais toujours pas pourquoi il m’a appelé comme ça. Peut-être parce que j’étais plutôt chétif et que mes yeux sont un peu bridés.» A 10 ans, Michel quitte seul son village de Saint-André. Un avion le pose à Avignon. La fédération française y dispose d’un centre de formation. Michel entre en sport-études. Il parle de choc, de dépaysement, même si la préfecture du Vaucluse est souvent baignée de soleil.

Il raconte: «A l’époque, en 1997, il n’y avait pas encore de natel ou de Skype. Tous les gosses, moi le premier, faisaient la queue le soir devant la cabine téléphonique pour appeler la famille. Je me souviens d’une date particulière où l’éloignement pesait: le 20 décembre, date de la commémoration de l’abolition de l’esclavagisme à La Réunion, une grosse fête chez nous.»

Après Avignon, Antibes, au centre d’entraînement de l’équipe de France. De trente à quarante heures par semaine sur le tapis et aux agrès. A la clé, ce podium européen. Mais à 18 ans, les épaules sont douloureuses. Il est opéré, met prématurément un terme à sa carrière. Un regret: ne pas avoir disputé de Jeux olympiques. Un autre: le manque de suivi des anciens athlètes. «On m’a lâché dans la nature. J’avais autour de moi un staff complet et puis je me suis retrouvé seul.»

«Bouger, marcher ou courir»

Heureusement, Rodolphe Boucher, le préparateur physique de l’équipe de France, l’oriente vers le coaching. Michel passe le bac, apprend l’anatomie, la physiologie, dévore des bouquins sur les performances du corps humain. En 2009, il intègre la Haute Ecole fédérale de sport de Macolin. «Il y avait de solides Bernois qui se demandaient ce que faisait là un petit gars des îles qui n’avait sans doute jamais vu une patinoire.» Le nom de Michel Molly a commencé à circuler là-bas. Au point que le GSHC est allé le chercher. «Je dois beaucoup à Patrick Emond, le coach de l’équipe de LNA. J’ai quitté ce club par lassitude, 200 matchs par an pendant cinq ans, c’est beaucoup. Et puis je ne suivais plus la philosophie du club», justifie-t-il.

Il a désormais une clientèle privée. Ses conseils basiques pour le plus grand nombre: «Bouger, marcher ou courir en ville comme en campagne. Pas besoin d’accessoires. Le confinement nous a démontré qu’on pouvait se maintenir en forme dans 3 mètres carrés, sans tapis, sans haltères, mais avec un peu d’imagination.»


Profil

1986 Naissance à La Réunion.

1997 Arrive en métropole.

2009 S’installe en Suisse.

2012 Préparateur physique du Genève-Servette Hockey Club.


Retrouvez tous les portraits du «Temps».

Cet article a été édité le 22 juin pour supprimer l’identification de clients.