Que pensez-vous du tollé politique qui a suivi les sifflets de La Marseillaise, mardi au Stade de France?

Michel Platini: Il y a trente ans, quand je jouais avec l'équipe de France, La Marseillaise était sifflée sur tous les terrains. Mais, à l'époque, les politiques ne s'intéressaient pas au football et ça ne choquait personne. Aujourd'hui, c'est devenu une obligation pour un homme politique, en fonction de son étiquette, de se positionner. Une fois encore, le football est pris en otage par le monde politique car cette histoire de sifflets est devenue une affaire d'Etat. Je ne vois pas dans les sifflets qu'on a entendus au Stade de France un manque de respect ou une insulte à la France, mais simplement des manifestations contre un adversaire d'un soir.

- Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a annoncé que les matches seraient arrêtés en cas de sifflets pendant les hymnes nationaux. Cette initiative vous semble-t-elle judicieuse?

- La France perdra 3-0 sur tapis vert! Cela veut dire que si l'équipe de France joue en Azerbaïdjan et que La Marseillaise est sifflée, le président fait arrêter le match? Lors du Mondial 1982 en Espagne, le Cheikh Fahd [président de la Fédération du Koweït] était rentré sur le terrain pour faire annuler un but: l'arbitre qui avait accédé à sa demande a été suspendu à vie. Il y a des règles qui régissent le football, elles sont édictées par la FIFA et l'UEFA. Le règlement prévoit qu'un match peut être arrêté. J'y suis favorable, en cas d'acte de racisme par exemple. Mais ce n'est pas à une autorité politique de décider: la responsabilité incombe à l'arbitre et au délégué du match.

- Ce n'est pas ce que semble entendre le gouvernement français...

- Si on commence à arrêter un match parce qu'il y a des sifflets, dans ce cas-là on arrête aussi dès qu'un joueur se fait siffler ou quand le gardien se fait conspuer après un dégagement. C'est absurde. Il faudrait plutôt éduquer les supporters. Dans certains pays, les hymnes ne sont jamais sifflés. A l'Euro, on avait fait de la pédagogie avant les matches et les hymnes n'ont pas été sifflés.

- Ne pensez-vous pas qu'il serait plus simple de ne plus jouer les hymnes nationaux avant les matches pour éviter ce genre de débordement?

- Je ne crois pas. Si on suit ce raisonnement, il faudrait aussi jouer sans arbitres pour éviter qu'ils ne se fassent siffler. L'hymne national, c'est l'histoire d'un pays. Lorsqu'on joue en sélection, on joue pour son pays. Moi, quand l'hymne était sifflé, cela me donnait plus de caractère, plus d'orgueil vis-à-vis de mon pays. Ça n'a jamais vexé ni fait peur aux joueurs d'entendre leur hymne sifflé. Au contraire, ça nous galvanisait, c'était une motivation supplémentaire.

- Mais quand vous jouiez, il y a 30 ans, l'hymne n'était pas sifflé par des spectateurs français?

- Il y a 10 ans, quand la France a gagné la Coupe du monde et que tout le monde chantait La Marseillaise et brandissait le drapeau bleu-blanc-rouge dans les rues, on célébrait la France «Black-Blanc-Beur». Aujourd'hui, on explique le contraire. A mon époque, déjà, il y avait des immigrés italiens et polonais. La différence, c'est que, maintenant, il y a une récupération politique.

La Fédération française de football a décidé d'apprendre aux joueurs les paroles de La Marseillaise, depuis qu'une enquête d'opinion a mis en avant que les supporters de l'équipe de France reprochaient aux Bleus de ne pas chanter leur hymne national.