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Michel Platini arrive pour le tirage au sort de la ronde des 16 de l' UEFA Europa League 2014/15 au siège de l’UEFA, à Nyon le vendredi 27 février 2015.
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT

FIFA 

Michel Platini, plus dure sera la chute

Une légère remise de peine, bien loin de la réhabilitation dont il rêvait. Le Tribunal arbitral du sport a définitivement mis un terme à la carrière de dirigeant du président de l'UEFA

Il n’y avait finalement que trois télés, dont une en retard, et deux quotidiens lundi devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), sur les hauts de Lausanne, pour entendre le secrétaire général Matthieu Reeb prononcer le verdict final sur le cas Michel Platini. Comme si la cause du président de l’Union européenne de football (UEFA) était entendue depuis longtemps. Comme si tout le monde était déjà passé à autre chose.

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Peu avant 11h, moins pour devancer la pluie qui menaçait que pour rattraper l’averse de messages électroniques qui tombaient déjà sur les réseaux sociaux, la voix du TAS confirma le pressentiment général. «Dans la procédure d’arbitrage entre Michel Platini et la Fédération internationale de football (FIFA), la formation du TAS a décidé de réduire la suspension de M. Platini de six ans à quatre ans et l’amende de 80 000 francs à 60 000 francs.»

Pour celui qui n’a jamais cessé de clamer son innocence et qui se réjouissait d’être enfin jugé par une instance «indépendante» (par opposition à la commission d’éthique de la FIFA), le coup est rude. Il est même fatal, et la succession de recours et d’appels lancés depuis des mois n’aura finalement servi qu’à effilocher le scandale. Pour amortie qu’elle soit, la chute de l’homme le plus influent du football européen de ces dix dernières années n’en est pas moins brutale.

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Il y a moins d’un an, Michel Platini était encore un intouchable. En mars 2015, il était réélu sans opposition pour un troisième mandat à la tête de l’UEFA. Il y régnait en numéro 10, inspirateur brillant, génial soliste. A Nyon, il était à la fois respecté pour ses fulgurances et craint pour ses piques cinglantes. Il avait fait passer ses réformes, le fair-play financier, l’ouverture de la Ligue des Champions aux petits pays, la réforme du Championnat d’Europe des nations, et s’opposait fermement à l’introduction de la vidéo dans l’arbitrage.

Platini était alors un dirigeant montré en exemple. Toute sa carrière n’avait été qu’une suite de succès. Une première Coupe de France avec l’AS Nancy-Lorraine, le dernier titre des Verts de Saint-Etienne (terni par l’affaire de la «caisse noire»), le sacre de la France à l’Euro 1984, trois Ballons d’or sous le maillot de la Juventus. Proches des politiques, couvés par les grands capitaines d’industrie (Jean-Luc Lagardère et Gianni Agnelli), il s’était reconverti sans mal, organisant la Coupe du monde de football 1998 en France avant de devenir le consultant de Sepp Blatter à la FIFA, puis le président de l’UEFA en 2007.

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Quitter Nyon pour Zurich, l’UEFA pour la FIFA, la petite boîte à sa main pour le panier de crabes intercontinental, l’idée ne l’enchante guère au printemps 2015. Après avoir tâté le terrain en 1998, après s’être désisté en 2011, Platini attend le bon moment. «Il sent que c’est son destin mais il n’en a pas envie», résumaient ses proches. Le destin, c’est la succession de Sepp Blatter, en poste depuis dix-sept ans. La FIFA a besoin d’un homme neuf. Ce ne peut-être que lui. Le football aux footballeurs, le slogan a de l’allure. Il sait qu’il est «le seul à pouvoir battre Sepp» mais aussi que le terrain est miné.

Prudent, il envoie le Prince Ali de Jordanie faire un baroud d’honneur à sa place en mai. Lorsque la police descend à l’hôtel Baur au Lac deux jours avant l’élection et que Sepp Blatter démissionne cinq jours après sa réélection, il se dévoile: «Enough is enough». Il sait pourtant depuis bien longtemps ce qui se passe à la FIFA. Comment pourrait-il l’ignorer? Il est depuis son élection à l’UEFA l’un des six vice-présidents de la FIFA.

Le 29 juillet, il se lance et annonce sa candidature pour l’élection à la présidence, fixée au 26 février 2016. Dans l’esprit de tous, il a déjà gagné. Sepp Blatter a l’art de trouver des casseroles à ses adversaires mais Michel Platini est serein. N’a-t-il rien à craindre de l’enquête en cours sur les conditions de l’attribution en 2010 de la Coupe du monde 2022 au Qatar? Il est avéré qu’il a déjeuné avec Nicolas Sarkozy et l’émir du Qatar avant le vote, qu’il a donné sa voix à la candidature du petit émirat (Blatter poussait les Etats-Unis) et incité d’autres pays européens à en faire de même. «Il n’y a rien», assure-t-il à ses conseillers. «Il est incorruptible», répète partout Jacques Vendroux, le chef des sports de Radio-France, l’un de ses plus fervents soutiens.

Le 25 septembre, le procureur de la Confédération Michael Lauber ouvre une procédure pénale pour «gestion déloyale» et «abus de confiance» contre Sepp Blatter. Michel Platini est entendu comme «personne appelée à donner des informations». On découvre que le Français a perçu en 2011 la somme de deux millions de francs de la FIFA pour solder une créance vieille de neuf ans basée sur un contrat oral entre Blatter et Platini.

Cela commence à sentir le roussi… Le 8 octobre, Blatter, mais aussi Platini, sont suspendus provisoirement 90 jours par le comité d’éthique de la FIFA. La commission d’enquête recommande le 24 novembre la radiation à vie. Les soutiens de Michel Platini évoquent une conspiration. Le Français s’estime «déjà jugé, déjà condamné» et refuse de venir plaider sa cause le 18 décembre devant la justice interne de la FIFA. La sanction tombe peu avant les Fêtes: huit ans de suspension. Elle sera réduite à six ans le 24 février par la Commission de recours de la FIFA, puis à quatre ans le 9 mai par le TAS. C’est encore quatre de trop pour espérer se relever.

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