A bientôt 33 ans, Mika Salo fait plus jeune que son âge, mais c'est peut-être parce qu'il est heureux comme un gamin. Marié depuis une semaine à Noriko, une jeune japonaise qu'il avait rencontrée en 1991 alors qu'il courait au Japon, le pilote finlandais vient de recevoir un inestimable cadeau. Choisi par Jean Todt, le directeur sportif de la Scuderia Ferrari, pour remplacer Michael Schumacher le temps de la convalescence du champion allemand, voilà Salo revêtu d'un habit de lumière rouge. Un tel événement vaut bien de remettre à plus tard un voyage de noce. Pour Salo, c'est un peu une nouvelle carrière qui commence. Avec la Ferrari frappée du No 3, il sait posséder une arme à double tranchant. Il se montre à la hauteur de sa tâche et le voilà mis sur orbite. Il gâche cette formidable opportunité et il peut s'inscrire au prochain championnat finlandais de scooter des neiges.

Intérim chez l'écurie BAR

Mais décidément, Mika Salo aura vécu une étrange année 1999. Une saison qu'il aurait dû effectuer sous les couleurs de l'écurie Arrows, pour laquelle il pilotait déjà l'année dernière. Mais à quelques heures d'embarquer pour l'Australie pour y disputer le premier Grand Prix du championnat, il était informé qu'on lui préférait le Japonais Tora Takagi, doté lui d'un solide budget. Dépité, Salo décidait alors de s'offrir des vacances en prenant toutefois la précaution de donner son numéro de téléphone mobile à tous les directeurs d'écurie.

A peine un mois plus tard, Craig Pollock, le patron de l'écurie BAR était le premier à composer le numéro du Finlandais. Riccardo Zonta, l'un de ses pilotes, venait de se blesser aux essais du Grand Prix du Brésil et Pollock proposait à Salo d'assurer l'intérim. A l'idée de côtoyer son pote Jacques Villeneuve pendant quelques courses, le petit blond acceptait de bon cœur. Villeneuve et Salo se sont rencontrés et appréciés lorsque tous deux étaient engagés dans le championnat japonais de F3000. Ils partagent la même passion pour la musique, les jeux vidéo et les paris les plus idiots. Salo a donc disputé trois courses au volant de la BAR-Supertec, mais sans pouvoir se mettre en évidence. Puis il a rendu les «clefs de contact» à Zonta et s'est remis en attente d'une nouvelle opportunité. Il ne l'espérait sûrement pas aussi énorme. «Le dimanche de Silverstone, j'étais à l'aéroport de Londres en partance pour Helsinki lorsque j'ai assisté au départ du Grand Prix de Grande-Bretagne. J'ai vu l'accident de Schumacher, puis j'ai pris l'avion. Je ne savais pas qu'il était blessé. J'imaginais encore moins être concerné par cet accident.»

Le lundi matin, Mike Greasley, le manager de Mika Salo téléphone à son protégé et lui demande de faire son sac de voyage, direction Bologne, en lui annonçant qu'il a rendez-vous à Maranello. «Je croyais vraiment à une plaisanterie, mais il y avait quelqu'un de Ferrari qui m'attendait à l'aéroport.» La suite est un formidable tourbillon qui n'a pourtant pas étourdi le pilote finlandais. «Je connaissais Maranello pour y avoir pris livraison de ma Ferrari 355. Là, j'ai été présenté à tout le monde. Puis on m'a confectionné une combinaison en urgence, j'ai moulé mon siège baquet et j'ai procédé à mes premiers essais à Fiorano. Je dois reconnaître que j'étais hilare sous mon casque lorsque j'ai démarré la Ferrari de F1 pour la première fois. Regarder l'emblème au cheval cabré au milieu du volant, c'est vraiment quelque chose de spécial.» Emotion d'un autre genre, après un passage éclair à Monza, Salo a consacré quelques heures à son mariage avant de retrouver la «famille» Ferrari. Puis, il a pris la direction de l'Autriche pour y disputer son premier Grand Prix sous les couleurs Ferrari.

Mais maintenant le rêve fait place à la réalité. Mika Salo sait que les tifosi attendent beaucoup de lui. Un pilote Ferrari, même intérimaire, doit être digne de cet honneur. Il doit aussi profiter de cette occasion pour régler ses comptes avec son ennemi intime Mika Hakkinen. Salo se souvient qu'il a souvent barré la route de la victoire à son compatriote lorsque les deux hommes disputaient le championnat britannique de F3. S'il renouvelle cet exploit en F1, alors le jeune marié pourra hurler sur tous les toits: «Le bon Mika, c'est moi!» comme il aime à l'affirmer en privé.