A l'heure où le mot de passe de tous les milieux sportifs est «Sydney», l'obtention du ticket pour l'Australie n'aura pas été acquise d'avance pour autant. En effet, les athlètes qui se pressent au portillon ont démontré, d'après un classement par temps, par points ou par place, avoir les papiers en ordre. Si, si, le parcours vers la réalisation du rêve olympique est bel et bien parsemé d'épines et fait office de rite d'initiation aux performances exigées aux Jeux. Ainsi, dans cette lutte contre le temps – délai de qualification –, contre la montre et la place, l'athlète se mue en guerrier, car un concurrent peut à tout moment devenir un adversaire indésirable, voire celui qui est capable de briser ses propres chances olympiques.

L'épreuve sportive – passage obligé pour toute sélection au Jeux – met à rude épreuve le physique et surtout les nerfs des sportifs. Avec une grande envie de prendre part à cette kermesse quadriennale, certains athlètes plus que d'autres sont à même de puiser les énergies psychologiques dans le stress qui les entoure et, malgré le poids de la pression, réussissent à décrocher les soupirés minima qualificatifs. «Ouf!» ont dû se dire Anita Weyermann, Marcel Schelbert et Raphaël Monachon – qui, lui, devait confirmer son chrono deux fois – en apprenant le temps de leur course. Chapeau pour ces athlètes qui, à deux jours de l'échéance, ont su tirer profit de l'atmosphère électrique du Weltklasse tout en sauvegardant la lucidité et la détermination qui aujourd'hui leur vaut Sydney.

Mais, la course vers l'Olympe australien n'écrit pas que des histoires en happy end! Pour certains, Sydney n'aura simplement pas été le bon password. Ainsi, faute de ne pas vouloir ou de ne pas pouvoir attendre quatre ans de plus, ils mettront une fin à leur carrière, l'espoir brisé, la confiance parfois trahie. En cyclisme, Pascal Richard est l'une des illustres «victimes» helvètes. Il y a de cela quatre ans, il nous revenait tout juste d'Atlanta après s'être emparé de l'or olympique. Aujourd'hui, il sait avec tristesse qu'il ne sera même pas au départ pour défendre son maillot. Corinne Simasotchi,

sélectionnée pour les Jeux en 1996, restera aussi dans ses starting-blocks. En effet, des tendinites fastidieuses l'ont contrainte à jeter l'éponge alors qu'elle était à moins de deux doigts de son objectif saisonnier.

Ces minima auront-ils su séparer les bonnes herbes des mauvaises? En tout cas, je ne le pense pas. Bien sûr, ils auront été l'épouvantail, l'écueil insurmontable ou le col infranchissable d'aucuns, mais, ce qui devrait prévaloir chez tous les déçus, c'est le fait d'avoir pu caresser un tel rêve, la tête haute.

* Mattia Piffaretti, psychologue du sport.