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Mohamed Ali en Irlande en 1972.
© Getty Images

carnet noir

Mohamed Ali, «le plus grand» est mort

Le boxeur légendaire, poids lourd aérien, est décédé vendredi. Il était atteint de la maladie de Parkinson depuis une trentaine d'années. Parcours et évocation d'un mythique combat à Kinshasa en 1974

«I am the greatest»: l'emphase de cette tirade maintes fois lancée par Mohamed Ali ne suffit pas à mesurer la légende du boxeur le plus célèbre de l'histoire, qu'il a écrite un demi-siècle durant avec ses poings, un verbe acéré et un charisme fou.

Le boxeur américain, né Cassius Marcellus Clay Jr, est décédé vendredi à Phoenix à l'âge de 74 ans après un long combat avec la maladie de Parkinson.

L'une de ses dernières apparitions publiques, en juillet 2012 lors de la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques de Londres, avait montré au monde que l'ancien triple champion des poids lourds, rongé par la maladie, était entré dans le dernier round de son ultime combat. Une alerte l'avait déjà conduit à l'hôpital en janvier 2015 pour soigner une sévère infection urinaire.

Qualifié de «sportif du siècle»

Mais cette image de vieillard presque paralysé n'effacera jamais la personnalité hors norme du boxeur couronné «Sportif du siècle» par Sports Illustrated et la BBC en 1999, un homme aux multiples vies, marié à quatre reprises et père de sept enfants, dont une fille, Laila, qui suivra ses pas dans la boxe.

Autant que le boxeur doté de dons uniques, d'une technique très pure, d'une étonnante mobilité et d'un punch au-dessus de la moyenne, l'histoire retiendra l'homme qui a bouleversé les conventions sur et en dehors du ring, avec son rare sens de la formule, son instinct de grand communicateur, son goût pour la provocation et son combat permanent contre l'ordre établi.

C'est pour se venger d'un gamin qui lui a volé son vélo que ce petit-fils d'esclave, né le 17 janvier 1942 à Louisville dans le Kentucky, apprend la boxe. Très vite, c'est la gloire. A 18 ans, il est champion olympique à Rome.

«Je vole comme un papillon, je pique comme une abeille...»

Sitôt professionnel, Cassius Clay entame son auto-promotion à coup de formules dont la plus fameuse: «Je vole comme un papillon, je pique comme une abeille, je suis le plus grand». Une providence pour les médias.

A 22 ans, il est champion du monde aux dépens du redoutable Sonny Liston. Le lendemain, il décide de changer de nom et se fait appeler Cassius X en l'honneur du leader des «Black Muslims», Malcolm X. Un mois plus tard, il se convertit à l'Islam et prend le nom de Mohamed Ali.

Son refus du Vietnam

Grâce à son style unique, les bras souvent ballants le long du corps, il conservera son titre mondial jusqu'en 1967, date à laquelle il refuse d'aller faire la guerre au Vietnam. Il échappe à la prison mais est interdit de ring, vilipendé par une majorité de l'opinion publique américaine mais tenu par d'autres comme un pilier de la contre-culture et un champion de la cause des noirs qui se battent alors pour l'égalité des droits.

Le «combat du siècle»

Ali est gracié en 1971 mais sa suspension lui a volé trois belles années de carrière dans la pleine force de l'âge. Il remet très vite les gants et, dans ce que beaucoup avec lui qualifient de «combat du siècle», il s'incline aux points face au battant qu'est Joe Frazier, le 8 mars 1971 au Madison Square Garden de New York. Pour la première fois de sa carrière, Ali va au tapis.

Quarante plus tard, quand Frazier sera mis en terre après une bataille contre le cancer, Ali sera là, malgré la maladie.

... et la revanche

Ali prend sa revanche sur Frazier début 1974 et, le 30 octobre 1974, dans la mémorable «bataille dans la jungle» («rumble in the jungle») à Kinshasa, au Zaïre, il mystifie devant près de 100 000 spectateurs le surpuissant George Foreman (KO, 8e) pour reconquérir le titre de champion des lourds.

Vainqueur notamment d'une belle inoubliable (KO, 13e) face à Frazier en 1975 à Manille, il conservera sa couronne jusqu'en 1978, où il est battu par Leon Spinks. Fait unique, Ali récupère le titre mondial pour la troisième fois face à ce même Spinks, sept mois plus tard, aux points.

Retraité en 1979, il est contraint de remettre les gants deux ans plus tard, à 39 ans, faute d'avoir su gérer sa fortune.

Gazette de Lausanne, octobre 1976.

En 1981, un abandon

C'est le combat de trop. En octobre 1981, il est tristement humilié par son compatriote Larry Holmes, trop fort pour lui (abandon 11e reprise). Ali n'est plus le plus grand mais il s'entête. En décembre de la même année, une défaite face à Trevor Berbick sera toutefois son dernier combat.

Après 56 victoires en 61 combats, dont 22 en championnats du monde et 37 avant la limite, Ali raccroche les gants. Il a poussé trop loin sa carrière: très vite, les premiers effets de la maladie de Parkinson se manifestent.

En 1996 aux jeux Olympiques du centenaire, à Atlanta, c'est un homme tremblotant mais irradiant que le monde regarde avec émotion allumer la vasque olympique. Dans cette grande ville du sud des Etats-Unis où trente ans plus tôt la ségrégation persistait, il reçoit une deuxième médaille d'or. Jeune homme, il avait jeté dans la rivière Ohio celle remportée à Rome en 1960, après avoir été refusé dans un restaurant «réservé aux blancs».


Le combat de Kinshasa: récit du 30 octobre 1974

«Rumble in the jungle», bagarre dans la jungle, ou «le combat du siècle». Le KO infligé par Mohamed Ali à George Foreman en 1974 à Kinshasa a forgé le mythe du plus célèbre boxeur de l'histoire.

Kinshasa, Zaïre (aujourd'hui République démocratique du Congo), 30 octobre 1974, 4 heures du matin (locales) passées afin que la télévision américaine puisse diffuser en direct le combat: après 2 min 58 dans le 8e round, Mohamed Ali met au tapis son compatriote George Foreman.

«The greatest» récupère le titre de champion du monde des lourds dont il a été déchu en 1967 pour avoir refusé d'aller faire la guerre au Vietnam. Il signe, surtout, la victoire la plus emblématique de sa riche carrière, et pas seulement en termes de boxe pure.

Ali surprend

Depuis le début du combat, Ali surprend. Contrairement à sa réputation de poids lourd ultra-mobile et à ce qu'il montré tout l'été à l'entraînement, lors de longs footings le long du fleuve Congo, il encaisse les coups, replié dans les cordes pour ne pas tomber, et laisse son adversaire s'épuiser. C'est que Foreman est plus jeune – 25 ans contre 32 pour Ali –, plus costaud et encore invaincu en 40 combats, dont 37 remportés par KO.

«Ali, boma ye!» («Ali, tue-le», en langue lingala) scandent les 100 000 spectateurs tout acquis à la cause de celui qui s'est montré bien plus à l'aise au coeur de l'Afrique pendant la préparation estivale. Ali plie mais ne rompt pas, il en viendrait même à narguer son vis-à-vis. Puis, au 8e round, un éclair du droit fait connaître à Foreman le premier KO de sa carrière. «Mohamed m'a étonné, je dois l'admettre, confiera le vaincu. Il a été plus intelligent, il a mieux combattu. Ce soir-là, il était juste le meilleur sur le ring.»

De ce combat, resteront la stratégie d'Ali, devenue légendaire sous le nom de "rope-a-dope" (la clé c'est les cordes), et certaines des répliques qui ont fait sa légende.

Les fameuses phrases

Les «Je vole comme le papillon, je pique comme l'abeille... Ses mains ne peuvent frapper ce que ses yeux ne peuvent pas voir» et autres «Je suis si rapide que la nuit dernière, quand j'ai éteint la lumière dans ma chambre d'hôtel, j'étais déjà au lit avant qu'il fasse noir dans la pièce», clamés lors de sa préparation.

Ce combat a aussi été raconté par l'écrivain-journaliste américain Norman Mailer («Le combat du siècle», 1975) et dans un documentaire oscarisé («When we were kings», 1996).

Le ring qui a accueilli l'un des plus grands combats de l'histoire de la boxe a, en revanche, disparu: «volé il y a des années», expliquait à l'AFP en 2014 le responsable du stade Tata Raphaël (anciennement stade du 20-mai) où Ali et Foreman se sont affrontés il y a plus de 40 ans.

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