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Yves Raibaud: «Ce qui est intéressant, c’est que le public du football féminin est essentiellement masculin».
© SALVATORE DI NOLFI

Eclairage

«Le monde du sport a fait son autocritique»

Le géographe français Yves Raibaud a étudié durant plus d’un an la pratique sportive des femmes à Genève

Le Temps: Selon votre étude, une femme sur quatre (26%) a été victime de gestes ou de propos sexistes dans le cadre de sa pratique sportive. C’est plutôt moins que dans d’autres milieux…

Yves Raibaud: Je pense que cette première enquête mériterait d’être approfondie. Si l’on reposait la question aujourd’hui, avec la levée du tabou sur le harcèlement sexuel, on trouverait des résultats plus importants. Beaucoup de femmes ont occulté ces questions-là. Notons que les étudiantes disent être 52% à avoir été harcelées dans le sport. Elles sont peut-être plus jeunes et plus exposées; moi, je pense plutôt qu’elles sont plus conscientes. Cela dit, il faut reconnaître au monde du sport le mérite d’avoir fait son autocritique. Dans les milieux culturels, par exemple, on reste persuadé qu’il n’y a aucune discrimination ni aucun sexisme.

La jeune génération n’est-elle pas mieux sensibilisée à ces questions de genre?

Les jeunes garçons restent très friands des activités d’entre-soi masculins. Et comme on prévient très tôt les petites filles que l’espace public est dangereux pour elles, alors qu’il est présenté comme légitime pour les garçons, ceux-ci se l’approprient très vite et il devient dès lors difficile de leur faire céder la place.

C’est pour cela que dire «cet équipement sportif est ouvert à tous» ne suffit pas?

Bien entendu. Un city stade ou un skate park n’est au départ pas spécifiquement destiné à un genre; dans la pratique, il est approprié par les garçons. Un grand stade de football de 40 000 places est occupé à 90% par des hommes. On peut dire que les femmes n’ont qu’à y aller mais dans les faits, rien ne les encourage à le faire.

Que vous inspire le développement très rapide du football féminin, un sport historiquement très masculin, voire machiste?

Ce qui est intéressant, c’est que le public du football féminin est essentiellement masculin. Cette discipline a profité de la demande toujours croissante de spectacles sportifs, à laquelle les nouvelles chaînes de télévision ont répondu. Mais dans les villes, ce développement s’est fait de façon inégale. En France, Lyon, par exemple, a depuis longtemps une politique de promotion du football féminin alors que d’autres clubs, comme Bordeaux, ne s’en sont pas emparés parce qu’ils craignent que le football féminin ne capte une partie des ressources financières et matérielles potentiellement destinées à l’équipe masculine.

Sport très pratiqué par les femmes, la course à pied est de plus en plus perçu comme une activité à risque.

Beaucoup de femmes craignent de courir seules ou évitent certains endroits isolés ou mal éclairés. Plusieurs villes ont lancé ces dernières années des actions collectives dans des parcs publics ou sur des quais qui n’étaient fréquentés que par des hommes. Cela a permis aux femmes de courir dans des zones qu’elles s’interdisaient auparavant. On voit donc qu’avec une volonté politique forte, on peut assez rapidement corriger des tendances qui paraissent lourdes.

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© JOHN MACDOUGALL