Quand les types de 130 millions de dollars de gains disent certaines choses, ceux de 6 millions de dollars les écoutent. Ces derniers jours, Rafael Nadal, Roger Federer et Novak Djokovic se sont pas mal exprimés, alors le monde du tennis a écouté. Surtout Federer qui, mercredi sur les réseaux sociaux, a réfléchi à voix haute: «Suis-je le seul à penser que c’est le moment pour les tennis masculin et féminin de s’unir et de ne faire qu’un?»

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La séquence a rapidement fait le tour du web. Parce que le Bâlois, d’ordinaire prudent dans ses déclarations, n’a pas lâché cette petite bombe – «imaginer une fusion entre l’ATP et la WTA» – par hasard. On croit souvent qu’il rechigne à s’engager, c’est juste qu’il veut d’abord être sûr que c’est la bonne chose à faire et le bon moment. «Cela aurait sans doute dû se produire il y a longtemps, précisera encore Federer. C’est une période difficile pour tous les sports. On peut en ressortir avec deux structures affaiblies ou une plus forte.»

L’assentiment de la «reine mère»

Sa proposition a immédiatement été saluée par les joueuses, comme la Roumaine Simona Halep, l’Espagnole Garbiñe Muguruza, la Française Kiki Mladenovic, la Tchèque Petra Kvitova ou la Saint-Galloise Belinda Bencic. Surtout, Roger Federer a eu l’assentiment de la «reine mère», Billy Jean King, figure historique du tennis féminin et de ses luttes, et fondatrice de la WTA. «Je suis d’accord depuis le début des années 1970. Une voix, femmes et hommes réunis, c’est ma vision du tennis depuis longtemps déjà», a écrit «BJK» sur Twitter.

Dans le vestiaire d’à côté, Rafael Nadal se dit «totalement d’accord». Nick Kyrgios, lui, doute que «quelqu’un ait demandé à la majorité des joueurs ATP ce qu’ils en pensaient» et «à quel point cette fusion serait bonne pour [le tennis masculin]». L’Australien est un peu seul sur ce coup-là, car Andrea Gaudenzi, le nouveau président de l’ATP, a publié un communiqué où il dit sa «conviction qu’un sport unifié est le plus sûr pour maximiser notre potentiel». Son homologue de la WTA, Steve Simon, a rappelé l’existence de réflexions communes antérieures et encouragé à les intensifier.

Le monde du tennis se caractérise par un très grand nombre de parties prenantes ayant des intérêts divergents, entre ATP, WTA, organisateurs de tournois, épreuves du Grand Chelem et fédération internationale. Sans compter les initiatives personnelles d’acteurs extérieurs comme Gerard Piqué ou des grands joueurs tels Federer et Djokovic.

Un monde, deux économies

L’ATP a été créée en septembre 1972, pour s’affranchir de la tutelle des organisateurs de tournois. La WTA est née en juin 1973 pour obtenir la reconnaissance sportive et financière du tennis féminin, dans un contexte de «Bataille des sexes» illustré par le match-exhibition entre Billie Jean King, alors numéro un mondiale, et l’ancien joueur Bobby Riggs. «La WTA seule n’a toujours été que le plan B», a rappelé cette semaine Billie Jean King.

Actuellement, joueuses et joueurs disputent en même temps les quatre tournois du Grand Chelem (où ils reçoivent désormais partout le même prize-money), cinq Masters 1000 et Premier Events (Indian Wells, Miami, Madrid, Rome, Cincinnati) et quelques autres tournois mineurs (Brisbane, Sydney, Acapulco, Eastbourne, Washington, Pékin). Ils et elles se suivent à Dubaï et alternent à Montréal et Toronto. Mais la seule épreuve mixte, la Hopman Cup, a été supprimée cette année et celles nouvellement créées (ATP Cup, Coupe Davis réformée, Laver Cup) n’intègrent pas les femmes. Récemment questionné sur le cas de la Laver Cup, Roger Federer a promis d’y penser.