Une année, Roberto Carlos a pleuré en apprenant qu'il n'était pas choisi. Une autre fois, c'est Thierry Henry, lassé d'échouer sur le fil, que l'organisateur a tenté de raisonner pendant plus d'une heure. L'obsession poursuit aussi les mieux lotis, tel Ronaldo, récompensé par deux fois (en 1997 et 2002), et qui a néanmoins fait fabriquer trois répliques du trophée pour les offrir à ses proches.

L'objet: un ballon en or, reproduction grandeur nature posée sur un socle de pyrite. Une pièce de 12 kilos symbolisant l'excellence, façonnée par l'un des plus vieux joailliers parisiens, la maison Melleriau. En cinquante et un ans d'existence, la récompense s'est solidement installée comme la référence absolue, soit la plus prestigieuse distinction individuelle de la planète foot, aux yeux des joueurs comme à ceux du public.

Et pour cette édition 2007, le Ballon d'or est entré dans une ère nouvelle. Pour la première fois, le trophée était ouvert à tous les joueurs de la planète, quel que soit le championnat dans lequel ils évoluent. Le jury a été adapté en conséquence, puisque sa composition est passée de 53 à 96 journalistes, représentatifs de tous les continents. Un pas de plus vers la mondialisation, après la mini-révolution de 1995, quand la récompense, réservée à l'origine aux joueurs européens, s'était étendue au «meilleur joueur évoluant dans un championnat européen sans distinction de nationalité».

«La nouvelle formule est l'aboutissement d'un processus entamé il y a douze ans», explique ainsi Gérard Ernault, directeur de la rédaction de France Football, le bihebdomadaire français instigateur et organisateur du Ballon d'or. La finalité sportive de la démarche, louable, a pour but de n'écarter aucun talent. Car l'ancien règlement avait notamment privé l'Argentin Diego Maradona, la star incontestée des années 80, alors idole du FC Naples, du prestigieux trophée. Sans même parler du roi Pelé, qui a joué toute sa carrière au Brésil.

Mais les desseins de France Football ne se limitent pas à des préoccupations éthiques: «La dimension médiatique joue un rôle aussi important, admet Gérard Ernault. Le fait d'étendre notre récompense au monde entier est une manière de nous protéger de tous nos concurrents.» Premier arrivé, premier servi, en somme, même si la FIFA tente désespérément, depuis une quinzaine d'années, d'occuper le terrain avec une distinction similaire, qui récompense également le joueur de l'année. Peine perdue: «Nous profitons de notre antériorité, souligne le directeur de France Football. Aux yeux des joueurs, le prix de la FIFA n'a pas grande importance.»

Fait notable, le Ballon d'or n'est accompagné d'aucun chèque. «Une affaire d'amour-propre et de notoriété», selon les termes de Gérard Ernault. Le trophée n'aurait même aucun effet direct sur la valeur marchande de son lauréat (souvent déjà unanimement encensé). «Aucune incidence, j'en ai la certitude», assure ainsi Michel Platini au journal Le Monde. Observation confirmée par divers agents de joueurs.

Un prix seulement pour la gloire? A voir. Sponsors et médias ne se font pas prier pour capitaliser sur l'événement. En fin de saison, avant même la désignation officielle du vainqueur, les spéculations sur le nom du prochain Ballon d'or agitent la presse. Des indiscrétions fusent de partout. Cette année, la chaîne cryptée Canal+, ancienne partenaire de l'événement, a lâché le morceau avec une semaine d'avance, court-circuitant sa rivale TF1, nouvelle associée de France Football. «Nous sommes chaque année à la merci de la presse du monde entier. C'est la rançon de la gloire de notre trophée, soupire Gérard Ernault. Il est devenu presque impossible de garder le secret, d'autant qu'une séance photo avec le vainqueur est organisée plusieurs jours avant la remise du prix. L'arrivée des médias en ligne a encore accentué le phénomène. Cela dit, ces indiscrétions sont à double tranchant, précise-t-il. Elles nous servent aussi puisqu'elles font parler du Ballon d'or. Quant à l'attitude particulière de Canal+, je crois qu'elle révèle une forme de dépit.»

A TF1, donc, l'exclusivité de la couverture TV. En dehors de la cérémonie proprement dite, six sujets de huit minutes ont ainsi été aménagés dans le cadre de l'émission Téléfoot. De quoi satisfaire l'appétit des accros à la Ligue des champions, et asseoir toujours plus la légende du Ballon d'or.