«Hasta luego!» A la prochaine! Séville a dit au revoir dimanche soir au grand cirque de l'athlétisme avec un brin de nostalgie, et après une dernière soirée marquée notamment par les victoires de Wilson Kipketer sur 800 m et du 4 x 400 m américain de Michael Johnson. Les prochains championnats du monde auront lieu au Canada, à Edmonton, en 2001. Puis les suivants à Paris en 2003, à Londres en 2005, à Tokyo en 2007 et à Berlin en 2009, ainsi que l'a annoncé dimanche Primo Nebiolo, le président de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF). En attendant même d'y songer, revue des grandes tendances de ces 7es championnats du monde.

Beaucoup de blessures

Marion Jones, Irina Privalova, Frankie Fredericks, Allen Johnson, Bernard Barmasai, et on en oublie beaucoup: ces Mondiaux auront été marqués par un nombre exceptionnel de blessures. Première explication: le caractère spécifique des championnats du monde. «Pendant les grandes compétitions, explique le médecin de l'équipe de France, Didier Polin, les athlètes disputent généralement plusieurs épreuves de qualification en quelques jours – ce qu'ils ne font pas en meeting – et ils sont dans un état de stress important. Par conséquent, ils sont sur la corde raide.» D'autant que la surcharge guette certains, notamment les Américains – représentants d'un pays où l'athlétisme évolue à l'ombre du baseball, du basketball, du hockey sur glace et du football américain – et les Africains – forcés de chasser les primes en raison du faible tissu économique de leur continent. Le jour où elle s'est blessée, mercredi, Marion Jones en était à sa neuvième apparition sur la piste en cinq jours.

Autre facteur d'explication: la chaleur. A Séville, il fait au minimum 30 degrés en soirée pour les compétitions. «Le danger, c'est la déshydratation, qui s'accompagne souvent d'une perte de lucidité et peut amener l'athlète à la faute, note le médecin de l'équipe de France. La perte de rendement et le risque de blessure arrivent vite.»

Beaucoup d'exploits

Dimanche, dans cette ville d'où les marins partaient à la conquête du Nouveau Monde, Michael Johnson a gagné son pari: devenir l'homme le plus titré de l'histoire des championnats du monde (9 victoires), en remportant le relais 4 x 400 m avec l'équipe des Etats-Unis. Le Texan, premier athlète à battre le record du monde du 400 m vieux de onze ans, aura été le grand homme de cette semaine andalouse. Maurice Greene et Haile Gebreselassie n'ont pas grand-chose à lui envier. A 25 ans, le premier s'est imposé dimanche avec le relais 4 x 100 m américain et a réussi ce qu'aucun autre athlète n'avait réalisé avant lui: remporter le 100 m et le 200 m des Mondiaux, en frôlant d'un centième son propre record du monde dans la première discipline. Le deuxième a facilement obtenu son quatrième titre mondial sur 10 000 m.

D'une manière générale, ces Mondiaux auront confirmé la domination des leaders et des tenants du titre dans les épreuves principales. Mais que croire? Que dire de toutes ces performances? Après la multiplication de cas de dopage et de révélations ces dernières semaines, chaque exploit charrie une cohorte de soupçons, d'accusations ou d'interrogations. Il en sera ainsi tant que les contrôles auront une guerre de retard, et que les mœurs n'auront pas évolué. Autant dire très longtemps.

Beaucoup d'hypocrisie

Hypocrisie de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), d'abord, qui a effectué près de 300 contrôles antidopage durant ces Mondiaux – dont deux contrôles positifs, ceux du Nigérian Davidson Ezinwa et du Somalien Mohamed Ibrahim Aden – mais qui ne se donne pas tous les moyens pour lutter: contrôles sanguins, suivi longitudinal à la française, éventuelle remise à jour des records (lire LT du 26 août). Hypocrisie des fédérations nationales, ensuite, censées sanctionner elles-mêmes leurs athlètes: les Cubains ont ainsi annoncé ce week-end à Séville qu'ils ne suspendront pas Javier Sotomayor, contrôlé positif à la cocaïne. Selon L'Equipe, il resterait également neuf cas de dopage dans les dossiers de l'IAAF, qui attendraient pour certains des sanctions depuis plus de deux ans, en raison de l'évidente mauvaise foi de quelques fédérations. Quatre pays seraient concernés par ces cas. Parmi eux, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, connus pour leur refus culturel de réglementer.

Hypocrisie des athlètes, enfin, qui n'aiment pas évoquer le sujet; du public et des médias, qui veulent du spectacle à tout prix. Samedi, quand l'Espagnol Abel Anton a remporté le marathon, le stade plein l'a accueilli comme un héros. Or, le matin même, L'Equipe avait publié les confessions d'un ancien marathonien espagnol, qui expliquait le recours systématique de ses coéquipiers à l'érythropoïétine. Et que penser de la médaille de bronze remportée le même jour sur 100 m haies par la néo-Suédoise Ludmila Engquist, quelques mois après un cancer du sein? Comme pour le vainqueur du Tour de France, Lance Armstrong, on aimerait se convaincre de la beauté de cette histoire. On a de la peine à s'en réjouir.

Beaucoup d'ambiance

Les prix des billets (de 10 à 85 francs suisses) ont sans doute contribué à attirer des spectateurs. Depuis samedi passé, ils ont été en moyenne 40 000 à 45 000 (pour une capacité de 58 000) dans les tribunes du stade olympique, avec des pics mardi (pour les trois Espagnols en finale du 1500 m) et ce samedi (pour le marathon et le sauteur en longueur Yago Lamela). Un public avant tout local, typiquement méditerranéen, capable de créer une ambiance de folie pour ses athlètes, puis de se calmer brusquement.

Séville, très concernée par ces Mondiaux, a réussi un joli coup de pub dans la course à l'organisation des Jeux olympiques. 2008 sera sans doute trop tôt, quatre ans seulement après Athènes et douze ans après Barcelone. Mais 2012 et 2016 ne sont pas si loin.