Ski

Les Mondiaux en version courte

A l’exception du super-G masculin, toutes les épreuves de vitesse d’Are ont été rabotées pour des raisons météorologiques. C’était encore le cas du combiné alpin remporté par Alexis Pinturault lundi après-midi

Les Championnats du monde de ski alpin sont entrés dans leur deuxième semaine à Are, en Suède, avec la victoire en combiné alpin du Français Alexis Pinturault, devant le Slovène Stefan Hadalin et l’Autrichien Marco Schwarz. Soit trois techniciens en tête de la discipline qui fait le grand écart avec les épreuves de vitesse, et ce n’est pas un hasard.

Pour prendre leurs distances en descente avant de résister lors de la manche de slalom (également raccourcie), les spécialistes auraient eu besoin de dévaler le tracé entier, mais il a été amputé de plus d’un tiers à cause du vent qui soufflait sur les hauteurs de l’Areskutan, qui culmine à 1420 mètres d’altitude.

Dans ces conditions, impossible pour Dominik Paris et ses homologues de jouer la gagne. L’Italien a signé le meilleur temps de la descente du jour en 1'07''27 mais il n’a pu faire mieux qu’une 9e place au final, après avoir perdu plus de trois secondes sur le vainqueur entre les piquets serrés.

Des profils différents

Les spécialistes de vitesse auront eu l’impression de disputer des Championnats du monde en version courte. A l’exception du super-G masculin, mardi dernier, toutes les courses se sont disputées depuis un départ abaissé à cause du vent, de la neige ou des conditions de visibilité.

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Chez les femmes, l’Autrichienne Tamara Tippler a dominé le premier entraînement de la descente féminine en 1'29''95, mais il n’a fallu que 1'01''74 à la Slovène Ilka Stuhec pour décrocher la médaille d’or de la discipline sur un parcours drastiquement réduit. Cela ne va pas sans modifier le profil nécessaire pour performer, en demandant moins de résistance que d’expérience dans la gestion de l’effort. En délicatesse avec un genou, l’Américaine Lindsey Vonn a reconnu que le tracé raccourci l’avait avantagée pour aller chercher sa médaille de bronze.

Chez les hommes, il n’a fallu que 1’19’98 à Kjetil Jansrud pour remporter la course la plus prestigieuse de l’année. C’est moins que n’importe laquelle des descentes disputées cet hiver en Coupe du monde à l’exception de celle de Beaver Creek (Etats-Unis)… dont le départ avait lui aussi été abaissé. A l’instar de Beat Feuz, plusieurs skieurs ont regretté qu’une épreuve aussi importante en soit réduite à se dérouler dans de telles conditions quand il faut près de 2 minutes pour gagner d’habitude.

Mais il est en réalité assez fréquent que les courses de ski alpin doivent être adaptées d’une manière ou d’une autre aux éléments. Lors des Mondiaux de Saint-Moritz, en 2017, la descente masculine a dû être repoussée d’une journée, mais cela n’avait même pas empêché les organisateurs de devoir la raboter pour des raisons de sécurité le lendemain. Aux Jeux olympiques de Pyeongchang, les forts vents avaient contraint les instances à repousser l’épreuve reine de quatre jours. Pas idéal pour des athlètes qui planifient minutieusement leur préparation.

Luca Aerni déchu

Ils demeurent pourtant relativement détachés vis-à-vis de ces aléas, limitant leurs coups de gueule aux courses disputées dans des conditions changeantes et donc peu équitables. Comme quand l’espoir suisse Niels Hintermann s’est imposé lors du combiné alpin de Wengen (janvier 2017) en profitant d’une fenêtre météo favorable qui lui a permis de prendre jusqu’à 5 secondes à certains de ses concurrents sur la manche de descente…

Lundi, lors du combiné d’Are, il est apparu assez rapidement que les purs descendeurs allaient peiner à rivaliser. Piqueté par un entraîneur français qui avait forcément en tête les qualités d’Alexis Pinturault, le parcours était riche en changements de rythme et, après le passage de la moitié des coureurs, la neige a commencé à marquer fortement. Au désavantage naturel des spécialistes de vitesse se sont ainsi ajoutées des conditions de course plus délicates. Aucun d’entre eux n’a pu s’inviter parmi les cinq premiers.

Champion du monde en titre, idéalement placé à la 20e place après une descente bien négociée, le slalomeur Luca Aerni n’a pas su profiter de la situation pour réitérer son exploit de Saint-Moritz il y a deux ans. Il termine au huitième rang, juste derrière son compatriote Mauro Caviezel. Avant les épreuves purement techniques, les hommes de l’équipe de Suisse n’ont pas remporté la moindre médaille. Ça aussi, c’est un peu court.

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