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Le monopole des Blancs sur les quarterbacks, une histoire américaine

Si 70% des joueurs de la NFL sont Noirs, le poste stratégique de quarterback, celui du «cerveau» de l’équipe, demeure à 79% un bastion blanc. Aux Etats-Unis, occuper une position sur le terrain est moins anodin qu’il n’y paraît

Le 21 juillet 1969, Neil Armstrong marchait sur la Lune. Deux mois plus tard, James Harris défrichait un autre territoire inexploré en devenant, le 14 septembre à Buffalo, dans l’Etat de New York, le premier Noir à ouvrir une saison au plus haut niveau professionnel du football américain en tant que quarterback. A la fois architecte du jeu de son équipe et passeur décisif, ce poste est le plus prestigieux du plus populaire des sports américains. «Le quarterback, c’est le stratège mis sur un terrain, capable d’agir vite et d’annoncer la tactique qui va suivre à ses coéquipiers», explique Michael Oriard, joueur NFL dans les années 1970 devenu professeur d’anglais à l’Oregon State University. Un poste particulier qui, depuis la création de la NFL en 1920, est quasi exclusivement dévolu aux joueurs blancs.

Aujourd’hui, si la ligue compte 70% de Noirs, seuls 19 (21%) de ses 90 quarterbacks sont des joueurs de couleur. Signe que la NFL porte encore les stigmates de l’histoire américaine. Après la mort en 1923 de Jack Trice, un étudiant afro-américain de l’Université d’Iowa décédé des suites de blessures survenues lors d’un match, la NFL décide en 1933 d’interdire la ligue aux Noirs pour les «protéger», car ils pourraient devenir des cibles pour leurs adversaires. L’interdiction est levée en 1946 mais les préjugés demeurent. «On était dans une mentalité ségrégationniste, rappelle Michael Oriard. Pour les Blancs, les Noirs n’étaient pas évolués intellectuellement, c’était avant tout du muscle ou de la vitesse. A cette époque il était hors de question de laisser le cerveau de l’équipe à un Afro-Américain.»