Le Temps: Vous vous êtes présenté en bermuda à la course d’école du Conseil fédéral. Faut-il y voir un message?

Guy Parmelin: Comme il faisait beau et que nous avions prévu une balade à vélo, j’ai estimé que je serais plus à l’aise dans cette tenue, comme je le fais parfois en Toscane. Mais n’y voyez aucun message particulier. L’éruption médiatique que cette image a provoquée m’a surpris.

– Quels sports pratiquez-vous ou avez-vous pratiqués?

– J’ai fait du football dans une «autre vie», mais à un niveau très régional, au FC Bursins, d’abord chez les juniors puis en cinquième ligue. J’ai toujours été un supporter du Lausanne-Sport, ce qui a posé quelques petits problèmes familiaux puisque mon frère est, lui, fan de Servette. Quand les deux équipes s’affrontaient, nous voyagions dans des cars séparés et chacun charriait l’autre! Je me suis ensuite tourné vers l’arbitrage. L’Association cantonale vaudoise exigeait un quota d’arbitres de la part des clubs. J’ai décidé de me lancer après un match qui avait à mon sens été très mal sifflé. Je l’ai dit à l’arbitre, qui m’a d’ailleurs averti. J’ai suivi les cours et cela m’a plu.

– Avez-vous regardé l’Euro 2016 avec l’œil de l’arbitre?

– Oui. J’ai trouvé l’arbitrage bon. Mais il y a toujours des erreurs d’appréciation. Lors de la finale, on a reproché à l’arbitre de ne pas avoir sanctionné Payet après sa faute sur Cristiano Ronaldo. D’où j’étais, j’ai pensé que c’était de la simulation. A la télévision, avec le ralenti, la faute est claire. Mais ni l’arbitre ni ses assistants ne l’ont jugée suffisamment grave pour mériter un carton. Cela montre que c’est difficile.

«Je serais très heureux qu’une candidature unique puisse aboutir avec un soutien populaire.»

– La Suisse n’a plus d’arbitre international de haut niveau depuis la Coupe du monde en Afrique du Sud en 2010. Qu’en pensez-vous?

– C’est regrettable et surprenant, car la Suisse a souvent eu de très bons arbitres. Est-ce un problème financier? Est-ce un problème de formation? J’avoue que je n’ai pas étudié la question. Mais il faut s’en préoccuper.

– Quels sports aimez-vous regarder en live ou à la télévision?

– Le tennis, le hockey sur glace, le curling, la gymnastique voire les matches de basket de la NBA. Je manque de temps pour aller voir des rencontres sportives. Mais lorsque j’assiste à un match,
je le vis pleinement et mon épouse doit parfois me retenir. Je ne sais pas si on m’a vu jaillir de
mon siège et hurler «goal» lorsque la Suisse a égalisé contre la Roumanie…

– Qu’avez-vous retenu de l’Euro 2016?

C’était très bien organisé. Mais la médaille a son revers: les stades ressemblent de plus en plus à des camps retranchés. Toujours plus de matches sont jugés «à risques» du fait de groupes de supporters violents. J’ai rencontré des personnes qui étaient arrivées trois heures avant le début de Suisse-Roumanie mais ont manqué les dix premières minutes à cause des contrôles de sécurité. 

«Nous sommes capables d’organiser de tels événements, d’en tenir le budget en fixant des règles claires.»

– Craignez-vous qu’un jour les stades suisses deviennent aussi des camps retranchés?

Malheureusement, après ce qui s’est passé à Paris et à Nice, il faut s’attendre à un renforcement de la sécurité un peu partout. On n’en est pas là en Suisse, mais nous avons quand même un problème de hooliganisme dans les stades. J’ai assisté à la finale de la Coupe Zurich-Lugano, à Zurich. J’ai été choqué par les méthodes utilisées par certains fans.

– Que peut-on faire contre cela?

Je suis favorable à ce qu’on durcisse le ton envers les fauteurs de troubles qui lâchent des fumigènes. Une mesure dissuasive pourrait être la communication de leur nom à leur employeur. Mais tout est question de proportionnalité et d’équilibre entre sécurité collective et sphère privée. Et les cantons ont aussi leur mot à dire.

– Comment évaluez-vous les chances qu’il y ait des JO en Suisse en 2026?

A titre personnel, je serais très heureux qu’une candidature unique puisse aboutir avec un soutien populaire. C’est la condition à remplir. La procédure est pilotée par Swiss Olympic, la Confédération n’a donc pas à s’en mêler pour l’instant. Mais, sur le plan fédéral, une hypothèque a été levée: la population de Suisse orientale a renoncé à organiser une exposition nationale en 2027. Comme les JO en 2026, elle aurait dû être soutenue par la Confédération. Or, investir dans deux événements de cette envergure deux années de suite aurait été compliqué.

– Développement de l’armée (DEVA), achat d’un nouvel avion, suspension du projet de défense sol-air (DSA), recherche d’un nouveau chef de l’armée: avez-vous encore le temps de vous occuper du sport?

– C’est vrai que l’armée occupe 80 à 85% de mon temps. Le référendum contre le DEVA ayant échoué, nous pouvons maintenant mettre cet important projet en œuvre. Il nécessite 70 ordonnances d’application, la transition durera jusqu’à fin 2020. Le nouveau chef de l’armée ne se tournera pas les pouces. J’espère pouvoir le nommer rapidement. Le temps va être serré. Et, à côté de l’armée, mon département couvre aussi la protection de la population et les sports. D’ailleurs, il y a des enjeux sportifs importants: les Jeux olympiques de la jeunesse à Lausanne en 2020, les Universiades, une éventuelle candidature suisse pour les JO d’hiver 2026.

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– Les Jeux de Rio soulèvent de nombreuses questions. Des événements aussi gigantesques sont-ils encore souhaitables?

– Je pense que oui. Nous sommes capables d’organiser de tels événements, d’en tenir le budget en fixant des règles claires. La Suisse est très crédible sur ce plan. Elle réfléchit beaucoup avant de se lancer. L’organisation de l’Euro 2008 avec l’Autriche a été un succès. Et j’ai entendu beaucoup d’éloges lors de l’inauguration du tunnel du Gothard, car le calendrier et le budget ont été tenus. S’il y a un vote populaire sur les JO 2026, les gens se prononceront en toute connaissance de cause.

– Quel est le rôle de la Confédération dans le développement du sport?

– En Suisse, on considère le sport comme une affaire d’abord privée. Le parlement est très attaché à Jeunesse+Sport, qui apprend par exemple aux jeunes à se nourrir sainement. Une telle prévention permet par la suite de diminuer d’autres coûts, comme ceux de la santé. La Confédération a la responsabilité de certaines infrastructures comme Macolin et Tenero. Elle doit veiller à ce qu’elles soient les meilleures possibles pour le sport populaire comme pour le sport d’élite.

– La Suisse héberge de nombreuses fédérations internationales. Mais l’affaire de la FIFA n’a pas fait une très bonne publicité. La Suisse va-t-elle rester la place forte de ces fédérations?

– Les problèmes que vous évoquez sont en passe d’être résolus, du moins pouvons-nous l’espérer. Nous voulons continuer d’offrir de bonnes conditions-cadres, par exemple sur le plan fiscal, qui reste essentiel. Sur le plan légal, la corruption privée est désormais punissable. C’est un pas important. Mais il ne faut pas être naïf. Cela ne sert à pas grand chose de jouer au chevalier blanc tout seul. Les règles que nous appliquons doivent être internationales. Tous les pays doivent les appliquer. Ces fédérations sont très mobiles et peuvent se déplacer facilement ailleurs.

– La Confédération ne devrait-elle pas en faire plus pour le sport de pointe?

– Je n’en suis pas persuadé. J’ai posé la question lors d’une visite à Macolin. Les gymnastes s’entraînaient pour les Championnats d’Europe. Ils m’ont dit que les conditions sur place étaient parfaites. Et ils ont obtenu de très bons résultats. Dario Cologna, Denise Feierabend et Fabian Kauter sont eux aussi enchantés des programmes offerts par la Confédération. Ces sportifs sont d’excellents ambassadeurs pour la Suisse, comme l’est un Roger Federer ou le seront ceux qui brilleront aux Jeux de Rio, qu’ils soient rameurs, jockeys, cyclistes, escrimeurs ou gymnastes.

– Avez-vous déjà eu un contact avec Gianni Infantino?

Oui. J’ai voulu m’informer des nouvelles règles internes que la FIFA s’est fixées. Il m’a laissé
entendre qu’il y aurait encore beaucoup de travail. C’était d’ailleurs avant que de nouvelles turbulences ressortent dans les médias.

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– Avant les Jeux de Rio, la problématique du dopage a surgi de manière très forte, surtout parmi les athlètes russes. La Suisse devrait-elle en faire davantage?

Les contrôles sont très stricts en Suisse. Les règles sont fixées par l’Agence mondiale antidopage, et le CIO est lui aussi très strict. Nous n’avons pas à rougir de ce que nous faisons.