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A picture taken on December 28, 2016 shows the village of Hauteluce with the Mont Blanc in the background. Three weeks after the start of t he ski season, '30 to 40% of the seasonal workers' who should be hired in French ski resorts are still un...

Montagne

Le Mont-Blanc, une fascination romande

Réputée facile et encombrée par les touristes et les ordures, l’ascension du toit de l’Europe reste un mythe vu de Genève ou Lausanne, plus de deux siècles après Horace-Bénédict de Saussure

A Genève, les touristes qui descendent la rue du Mont-Blanc en direction du lac voient – par beau temps – s’élever face à eux le profil immaculé et rond d’une montagne qui surplombe toutes les autres: c’est bien le Mont-Blanc! Plus loin, en direction de Lausanne, sur les collines qui surplombent le Léman, la grande bosse sur laquelle le scientifique genevois Horace-Bénédict de Saussure jeta son dévolu au XVIIIe siècle fait de l’œil aux terriens.

«De Bussigny, où vit ma femme, la vue sur le Mont-Blanc est superbe», reconnaît le guide valaisan Jérôme Terrettaz, qui a gravi ce sommet une quinzaine de fois, avec chaque fois une dose d’émotion et de plaisir intacts, malgré l’énorme fréquentation de cette cime. Culminant à 4808 mètres, elle attire chaque année 20 000 personnes, dont une moitié seulement parvient à l’atteindre.

«C’est comme un résumé du passé»

«Une fois sur ce mirador, tu regardes tout ce que tu as déjà gravi alentour: c’est comme un résumé du passé. Tu fais aussi des projets pour la suite», continue le montagnard de 43 ans, qui a vécu sur ces pentes des aventures inattendues avec ses clients. Dans un cas, un Vaudois très entraîné avait complètement perdu ses moyens à 200 mètres du sommet. Dans l’autre, un client qui ne faisait pas de montagne est arrivé au bout frais comme un gardon. C’était son premier 4000. Le stress y est parfois pour quelque chose, quand ce n’est pas le mal d’altitude, le froid, l’effort.

«Là-haut, le vent, les températures, sont différents de ce qu’on rencontre sur toutes les autres montagnes alentour. C’est comme une autre couche de l’atmosphère», analyse le guide vaudois Yoann Burkhalter. Chaque année, la voie normale, dite du Goûter, emporte entre 2 et 5 personnes par saison, selon l’Ecole nationale de ski et d’alpinisme française. «Des gens, parfois non encordés, dévissent», précise Paul Jacot, expert. Les hélicoptères du Peloton de gendarmerie de haute montagne vont aussi régulièrement rechercher des gens épuisés, malades, en perdition.

Une aura égale à celle du Cervin

Du fait de sa position familière et élevée dans le paysage, le Mont-Blanc exerce sur les habitants de l’Arc lémanique une attraction ou une fascination semblables peut-être à l’aura exercée par le Cervin. «Depuis la Côte, on voit que c’est haut, que cet endroit appartient à un autre monde», commente Yoann Burkhalter. Passe Montagne, le bureau de guides auquel il appartient, ne manque jamais de placer cette ascension dans son programme. «Nous mettons le Mont-Blanc en scène comme on le ferait pour le Cervin, car il représente un jalon dans la carrière d’un alpiniste», dit le jeune guide.

L’ascension est souvent préparée en Suisse. «Un itinéraire classique pour se préparer est de monter au refuge français Albert 1er, puis d’aller dormir côté suisse au refuge du Trient, en faisant une course dans le coin, par exemple l’aiguille du Tour», indique Jérôme Terrettaz.

Certes, les Suisses ne confondent pas le Mont-Blanc avec l’un de leurs 4000 mètres. Ce n’est pas comme les Italiens, qui estiment que la frontière italo-française passe sur le sommet, alors que les Français jugent que celui-ci leur appartient en entier. «Les cartes suisses font de même, alors que les italiennes, non», rappelle Yoann Burkhalter. Carte ou pas, le Mont-Blanc fait partie de l’imaginaire romand.

Une affaire qui marche dans les magasins

Dans les magasins romands spécialisés en articles de montagne, il constitue une partie intégrante des affaires. «En été, des gens passent pour cette ascension environ tous les 2 ou 3 jours», raconte Nicolas Fouchereau, responsable de Passe Montagne, à Genève. Le magasin loue entre 40 et 50 sets d’équipement par année pour le Mont-Blanc (comprenant piolet, casque crampons et chaussures). Certains choisissent de s’équiper de pied en cap et les clients débutants ne sont pas rares.

C’est quand même de fou de penser qu’on fait le Mont-Blanc à la journée grâce aux remontées mécaniques.

C’est tout le paradoxe de cette montagne: accessible facilement grâce au Tramway du Mont-Blanc, et proche de la Suisse: elle attire un flot énorme de personnes, dont une partie ne possèdent pas les clefs d’une ascension jugée techniquement facile, qui en revanche n’est pas forcément facile à réaliser. «Sur tous les échecs, on a un tiers de personnes qui n’arrivera pas en haut pour des raisons physiques, un autre par manque d’entraînement ou d’acclimatation et un dernier tiers en raison de la météo», résume le guide français Daniel Traber, qui a pratiqué le secourisme en montagne vingt ans durant.

«C’est quand même de fou de penser qu’on fait le Mont-Blanc à la journée [en partant de l’aiguille du Midi] grâce aux remontées mécaniques, alors que la seule montée à la cabane de la Dent Blanche (VS) dure six heures», compare Jérôme Terrettaz. Ainsi, quand il rencontre des guides français sur ce sommet suisse, ils lui disent trouver le coin «agréable et tranquille».

Yoann Burkhalter compare le Goûter au «tunnel du Gothard de l’alpinisme», dit-il, sans renier pour autant la beauté et le caractère mythique de cette ascension. Et de rappeler son importance dans l’histoire du sport. «C’est Gaston Rébuffat [célèbre alpiniste français] qui a dit que de Saussure avait inventé l’alpinisme en regardant le Mont-Blanc depuis Genève. Cette montagne a appelé le scientifique. Elle a attisé une curiosité qui a été le moteur de beaucoup d’autres découvertes.»

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