Montagne

Le Mont-Blanc par sa voie négligée

Alors que des milliers de personnes s’amassent sur la voie normale, l’itinéraire historique qui mène au Mont-Blanc est déserté durant la saison estivale. Aux côtés du gardien du refuge des Grands Mulets, quelques guides contribuent à valoriser ce cheminement vers le toit de l’Europe. Le temps s’y arrête et la montagne s’y gravit loin de la foule

L’évidence est topographique. Impossible d’aller plus haut, désormais le paysage s’étend à 360 degrés. Le sommet du Mont-Blanc est une large rampe de neige poinçonnée par des centaines de pointes de crampons. A 4810 mètres, on se serre dans les bras, on s’embrasse et on contemple la terre en contrebas.

Là, le lac Léman est un aplat gris qui s’étend derrière les falaises calcaires de la Haute-Savoie. Les Cornettes de Bise, les Fiz et les Dents-du-Midi ont veillé durant toute la montée sur les grimpeurs. Ah, et plus loin là-bas, à l’est, c’est le Weisshorn. Ce triangle penché vers le sud est trop noir pour porter un nom pareil. Et le Cervin? Il est dissimulé dans les nuages. Mais on voit la Dent-Blanche. Sa face nord forme une tache discrète et obscure dans le paysage. Elles sont toutes présentes, ces montagnes familières. Et plonger son regard dans leur enchevêtrement fait planer les esprits engourdis par l’altitude.