Monte-Carlo guette le retour annoncé du vrai Nadal

Tennis Longtemps blessé, anxieux, l’Espagnol peine à retrouver son niveau

Pour son oncle et coach Toni, c’est une question de confiance et le déclic ne va pas tarder. Il semble même en bonne voie

Chaque année, c’était la même histoire. Ou presque. A l’heure de converger sur le Rocher pour un retour sur terre, s’ouvrait une chasse à l’homme. Sa tête avait beau être mise à prix encore et encore, Rafael Nadal, biceps au vent et lift au tamis, fessait les prétendants les uns après les autres pour se hisser sur le trône. Huit sacres monégasques. Et ça ne s’arrêtait pas là.

D’avril à juin, de Monte-Carlo à Paris, il dévastait tout sur son passage, ne laissant que des miettes de brique à ses pairs déconfits. «Rafa» ne cessait inconsciemment de rappeler que la terre est son royaume et la Coupe des mousquetaires sa couronne. Pourtant, derrière cette apparente invincibilité se sont toujours cachées des failles. Le mythe du colosse aux pieds d’argile. Qui connaît le champion de Manacor sait que sa combativité et son assurance cohabitent avec le doute et la fragilité. Exacerbés quand le corps, régulièrement atteint, au pied, au genou, au dos, au poignet ou à l’appendice, le trahit. Oui, Rafael Nadal est un être humain, avec ses blessures et ses états d’âme. Nadal se voit souvent moins fort que l’image qu’il renvoie.

Cette humilité, – feinte selon ses détracteurs –, est en réalité profondément ancrée chez lui, nourrissant des doutes légitimes et parfois avérés. «Qui ne connaît jamais le doute? Je crois que seuls les fanatiques et les idiots n’ont pas de doutes», lâche son oncle et coach Toni. Et des doutes, cette année, son neveu en trimballe plus que de coutume. Son retour à la compétition après plusieurs problèmes de santé en 2014 est plus laborieux qu’il ne le fut en 2013 où après sept mois d’absence, il s’imposait à Indian Wells avant de décrocher dix titres. En 2015, il n’a disputé qu une seule finale, remportée, à Buenos Aires, et mal joué à Miami où il confia une anxiété nerveuse. Et une partie de la gente médiatique de crier au déclin.

Alors où est en vraiment Rafael Nadal? En réalité pas très loin de ce qu’on a pu connaître. «Physiquement, il va très bien. A l’entraînement, tout se passe bien. C’est juste un problème de confiance», nous confiait Toni Nadal lundi autour d’un café au restaurant des joueurs du Monte-Carlo Country Club. «Je pense vraiment qu’il ne manque pas grand-chose. Il faut qu’il parvienne à faire «clic» (Il fait le geste avec la main.) et à avoir une pensée plus positive en match. Il faut que, quand ça ne se passe pas trop bien, il continue à jouer sans se poser de questions. Normalement, il est capable de gagner en ne jouant pas très bien. Et après, face aux grands joueurs, il monte en puissance. C’est ça qu’il doit absolument récupérer.»

Le tennis est un subtil puzzle fait de mental, de tactique et de physique. Une seule pièce vous manque et le tableau est défraîchi. «Dans le sport, tout change très vite. Cela ne veut pas dire qu’un jour tu es tout en bas et le lendemain dans les étoiles, poursuit le tonton entraîneur. Mais il suffit de peu pour que tout bascule. Quand tu gagnes, tu as la sérénité pour faire tel coup et la balle rentre dans le court. Quand tu perds, tu penses trop à ton mouvement et elle sort.» Un équilibre fragile. «Ces derniers temps, il jouait bien mais était irrégulier. Il doit retrouver de la constance et de la concentration. Et le meilleur moyen pour y arriver, c’est la volonté», ajoute encore Toni Nadal qui ne doute pas un instant de la motivation de son neveu.

Et pour cause, «Rafa» a débarqué sur le Rocher le couteau entre les dents, déterminé à retrouver le chemin de la gagne. Avec un discours corroborant celui de son oncle: «J’ai mal joué à Miami et je n’arrive pas ici au meilleur de ma forme, mais avec l’envie et la motivation de faire mieux, confiait l’octuple vainqueur du tournoi dimanche. Je dois retrouver de la régularité et le bon timing. Je ne peux pas me permettre d’enchaîner les fautes directes comme à Miami. Entre bien jouer et mal jouer, il n’y a pas une grande différence. Ça tient à des détails. Je ne sais si pas le problème, c’est ma tête ou mon tennis. C’est un peu le chat qui se mord la queue. (Rires.) Mais c’est sûrement la tête, car je ne pense pas avoir oublié comment on joue au tennis. Je dois retrouver un peu de sérénité pour jouer mieux techniquement.»

C’est chose faite. Mercredi, c’est le Rafael Nadal prédateur qui a renvoyé le jeune Lucas Pouille au vestiaire en moins de deux (6-2, 6-1). Il a su convertir en match les certitudes glanées à l’entraînement. «Après ce qui s’est passé à Miami, un match est un test. Or le test a été bon, souligne le numéro trois mondial. J’ai joué avec le bon état d’esprit et la bonne concentration. Je n’ai pas fait deux erreurs d’affilée. Alors que ces deux derniers mois, je pouvais jouer un ou deux jeux correctement, et ensuite aligner quatre fautes. Je devais corriger ça, retrouver ma constance habituelle. J’y travaille et aujourd’hui, ça a payé. J’ai été agressif quand je devais, fait quelques bons passings. Je ne sais pas comment je vais jouer demain, mais aujourd’hui, je repars content, car j’ai joué mon meilleur match de l’année.»

Même s’il ne soulève pas le trophée dimanche sur le Rocher, Rafael Nadal partira de toute évidence à la conquête d’un 10e sacre à Roland Garros dans la peau d’un favori. Les statistiques parlent d’elles-mêmes. En 2013, il avait cédé pour la première fois son trône monégasque à Novak Djokovic, mais avait tout raflé derrière. En 2011, il avait laissé le Serbe s’offrir Madrid et Rome pour mieux régner sur Paris où un certain Federer lui avait ouvert la voie en éliminant le Djoker en demi-finales. Enfin, l’an dernier, gêné par une douleur dorsale qu’il traînait depuis Melbourne, rongé par la nervosité, il avait cédé de nouveau dans la Principauté, laissant Stan Wawrinka et Federer s’offrir un duel fraternel au soleil.

Quand Nadal a des coups de moins bien, ses adversaires se frottent les mains et se jettent sur l’ocre comme des affamés. Une brèche était ouverte. Rafa a déjà commencé à la colmater. Et ce sera peut-être encore une fois la même histoire.

«Je pense vraiment qu’il ne manque pas grand-chose. Il faut qu’il parvienne à être plus positif en match»