Tennis de table

A Montreux, le show de la petite balle blanche

La fédération suisse s’est saisie d’une compétition européenne sur le déclin, le Top 16. En lui rendant son glamour, elle en a fait un bel outil de promotion d’un sport encore confidentiel dans le pays. 2000 spectateurs se sont laissés séduire ce week-end

La compétition qui réunissait à Montreux les meilleurs pongistes européens a failli commencer par une colossale surprise. Rachel Moret, numéro 1 suisse et 35e européenne, affrontait au premier tour l’Autrichienne Sofia Polcanova, 1re européenne et 16e mondiale. Et la Morgienne ne s’est inclinée qu’à la septième manche, après avoir mené deux sets à rien. «C’était le meilleur match de sa carrière, s’est réjoui Nicolas Imhof, le président de Swiss Table Tennis. Cela donne l’impression que Rachel n’est vraiment pas loin du plus haut niveau!»

La performance de la championne locale a parfaitement lancé ce Top 16, compétition continentale la plus importante après les championnats d’Europe. «C’est le Masters européen du tennis de table. Les trois premiers et les trois premières sont qualifiés pour la Coupe du Monde», précise Nicolas Imhof. Le Top 16 est doté de 80 000 euros, rien à voir certes avec le tennis, mais la parité est respectée: les 16 hommes et 16 femmes perçoivent les mêmes gains.

Spectacle son et lumière

Méconnus du grand public, ces sportifs sont de véritables stars dans le monde un peu fermé du tennis de table, à l’image de l’Allemand Timo Boll, le numéro 1 européen, plusieurs fois numéro 1 mondial et vainqueur l’an passé de ce même Top 16. Il est surtout l’un des seuls à pouvoir battre les Chinois, qui règnent sur la discipline. «Timo joue pour l’équipe de Düsseldorf et il dit que, chez lui, il peut marcher tranquillement dans la rue, mais qu’à Pékin, il est assailli par les fans si l’envie lui prend de sortir de son hôtel. Il est là-bas le Federer du tennis de table», poursuit Nicolas Imhof.

La Chine et ses 10 millions de licenciés, contre 630 000 en Allemagne, 200 000 en France et… 5500 en Suisse, seulement. C’est pour chercher à augmenter ce contingent que Swiss Table Tennis a tenu à organiser ce Masters deux années consécutives et qu’il y aura une troisième édition en 2020 avec la bénédiction de la Fédération européenne, qui se félicite de ce partenariat. «L’événement promeut le tennis de table en général, et en Suisse en particulier», insiste Nicolas Imhof. Les organisateurs suisses – bien aidés par une banque chinoise comme premier sponsor du tournoi – ont rendu son glamour à une compétition qui, de l’avis général, périclitait. Les 32 joueuses et joueurs sont hébergés dans un palace de la Riviera et jouent dans la magnifique salle omnisports du Pierrier.

Des jeux de lumière à l’entrée des pongistes, le Smoke on the Water de Deep Purple après chaque manche, les 2000 spectateurs qui ont garni samedi et dimanche les tribunes ont eu droit à un show, avec le soutien très sonore d’une colonie d’Allemands coiffés de chapeaux venus encourager Timo Boll et son compatriote Dimitrij Ovtcharov, 3e européen et numéro 1 mondial en 2017. En demi-finale, ce dernier a créé la surprise en supplantant son compatriote quatre manches à trois au terme d’une rencontre serrée.

La dure vie de pongiste

Plateau relevé aussi du côté féminin, avec Sofia Polcanova, la tombeuse de Rachel Moret (qui a bénéficié d’une wild card au titre de joueuse suisse pour pouvoir intégrer la compétition), et la Roumaine Bernadette Szocs, 2e européenne et 19e mondiale. Victorieuse en 2018, la jeune pongiste (23 ans) soigne sa tenue, se maquille, peint ses ongles et reste très démonstrative. L’an passé, elle était montée sur la table après sa balle de match. «En huitième de finale, elle est passée de justesse. Une élimination prématurée aurait été fâcheuse, parce que son look et son attitude apportent beaucoup de fraîcheur et font du bien à notre sport», observe Nicolas Imhof.

Autre athlète remarquable: la Polonaise Natalia Partyka, née sans avant-bras droit, classée 15e européenne dans les épreuves classiques et trois fois médaillée d’or aux Jeux paralympiques. Ces deux dernières athlètes, très amies dans la vie, se sont retrouvées en demi-finale. La jeune Roumaine l’a emporté quatre sets à deux.

Des Français ont fait le déplacement depuis la Haute-Savoie et le Jura pour soutenir Emmanuel Lebesson (champion d’Europe 2016) et Simon Gauzy (24 ans, 8e mondial en 2017). Le premier a été sorti d’entrée, tandis que le second a échoué en quart de finale. «Une hernie discale m’a fait souffrir l’an passé, je reviens bien», confie-t-il. Simon Gauzy joue à Ochsenhausen, en Allemagne, «parce que le championnat européen est le plus relevé». Grand espoir de la discipline, le natif de Toulouse a déjà battu à sept reprises Timo Boll. Il mène une existence de sportif professionnel qui, dit-il, lui permet de gagner beaucoup d’argent.

Ce n’est pas le cas de Rachel Moret. La jeune championne a fait le choix de rejoindre l’équipe féminine de Nîmes, en France, qui évolue en Nationale 1. Elle est professionnelle. Son club lui offre des avantages comme la prise en charge de son loyer, mais ne la salarie qu’au SMIC (environ 1200 euros par mois). Une vie de sacrifices dont la pongiste ne se plaint pas: «C’est ainsi que je vais progresser, en me confrontant chaque week-end à des joueuses souvent mieux classées. En Suisse, le niveau n’est pas assez élevé.» Objectif de la jeune femme, qui a découvert le tennis de table à l’âge de 14 ans à la piscine de Morges: se qualifier pour les Jeux olympiques de Tokyo.

Dimanche après midi, l’Allemande Petrissa Solja a déchu de son titre Bernadette Szocs en la battant quatre sets à trois. Menée trois manches à zéro, la numéro 5 européenne a aligné quatre sets de suite pour l’emporter. Chez les hommes, Dimitrij Ovtcharov a bataillé sept sets pour venir à bout du Biélorusse Vladimir Samsonov (7e européen, médaille en chocolat des derniers JO), âgé de… 43 ans bientôt. «La moyenne d’âge des 16 meilleurs est de 32 ans, Timo Boll a 38 ans, explique Nicolas Imhof. Ce sport est physique et technique, mais le mental prime. A 20 ans, on n’a pas toujours les nerfs assez solides.»

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