Il y a deux mois, nombreux étaient prêts à parier sur l'annulation du Tour de France. Les prédictions annonçaient scandales, descentes de police et enquêtes à la chaîne. L'annonce, le 16 juin, de l'exclusion de Richard Virenque, l'indésirable focalisateur du dopage, par Jean-Marie Leblanc, directeur-général de la Société du Tour, avait calmé la tempête. Une semaine plus tard, sa réintégration imposée par l'Union cycliste internationale (UCI) pour des raisons réglementaires, avait tué dans l'œuf le mince optimisme né de la fermeté des organisateurs. Le Tour allait trépasser. D'autant que les sponsors brandissaient la menace de se retirer.

Mais c'est bien connu: face au danger, les querelles de famille s'estompent. Il a suffit d'un footing dans la campagne vendéenne pour que Jean-Marie Leblanc et Hein Verbruggen, président de l'UCI, se réconcilient et mettent au point la stratégie du sauvetage. Le but: calmer la panique en faisant la promotion du Tour du Renouveau, que ce soit au niveau sportif ou de la lutte contre le dopage.

En l'absence de Marco Pantani et de Jan Ullrich, les deux derniers vainqueurs de la Grande Boucle, la course s'annonçait des plus ouvertes avec une foule de favoris. Mais Lance Armstrong a déjoué tous les pronostics en dominant ses adversaires dans le plus pur style de Miguel Indurain. Comme dans les éditions précédentes, la bataille n'a réellement existé que pour les places d'honneur. Fait également remarquable: ce renouveau qui promettait l'avènement d'une nouvelle génération de champions a surtout permis de consacrer les anciens. Il a même offert à trois ex-membres de l'équipe Festina exclue en 1998 – Zülle (2e), Dufaux (4e) et Virenque (8e) – l'opportunité de prendre leur revanche sur le passé. Quant à la vitesse, elle ne démontre pas vraiment un retour en arrière, puisque Lance Armstrong a gagné le Tour le plus rapide de l'histoire avec une moyenne horaire de plus de 40 km/h.

Ces prolongements d'un passé que beaucoup cherchent à oublier n'autorisent pas à conclure que rien n'a changé dans les mœurs du peloton. Pour de nombreux coureurs, la route vers Paris s'est révélée être un vrai calvaire. Epuisés, ils ne doivent qu'à leur volonté l'honneur d'avoir roulé dimanche à Paris. Deux raisons à cela: une certaine prise de conscience de la gravité du dopage et, surtout, la peur des contrôles. En deux semaines, l'UCI a imposé officiellement deux nouveaux tests permettant de dépister les corticoïdes et le PFC (perfluorocarbure). Certes, aucun coureur n'a été déclaré positif. Mais l'étau se resserre. Et il n'est pas ridicule de penser que le Tour a servi de laboratoire pour la mise au point d'autres protocoles.

La mentalité, par contre, est restée plus ou moins la même. La transparence, notamment au niveau médical, qui permettrait d'entretenir une pression supplémentaire envers ceux qui sont encore tentés par la tricherie, est rejetée. La loi du silence demeure la règle. A témoin, la mise à l'écart par ses pairs de Christophe Bassons.

Côté sponsors, on retiendra que le Tour de France 99 n'a pas été bousculé par les affaires. Mais aussi, qu'il n'a probablement jamais suscité autant d'engouement. A l'heure des comptes, tous les grincements de dents sont oubliés. Champion, la chaîne de supermarché qui parraine le maillot à pois du meilleur grimpeur, a retrouvé son porte-drapeau Richard Virenque, adulé des foules. Alors que le Crédit Lyonnais, sponsor du maillot jaune, se frotte les mains en pensant aux retombées américaines de la victoire de Lance Armstrong. De quitter le bateau, il n'en est plus question. A défaut d'avoir offert un véritable Tour du Renouveau, la Société du Tour a assuré la survie de son épreuve. C'était là son vrai défi.