Santé

La mort subite, mal connu et mystérieux

Le décès du cycliste belge Michael Goolaerts dimanche lors de Paris-Roubaix, après plusieurs cas dans le football, inquiète les milieux sportifs. Les chiffres sont pourtant stables

Paris-Roubaix peut ravaler ses superlatifs, un coureur est vraiment mort sur les routes cahoteuses de «l’enfer du Nord». Il s’appelait Michael Goolaerts, il avait 23 ans et il est tombé, bras en croix, au kilomètre 100. Tard dimanche, son décès a été constaté à l’hôpital de Lilles et annoncé sur Twitter par son équipe, la Vérandas Willems-Crelan.

Le vélo est un sport dur, souvent durement frappé. C’est la troisième fois en deux ans qu’un coureur professionnel décède en course. Un Belge, à chaque fois. En 2016, Daan Myngheer, 22 ans, avait été victime d’un infarctus sur le Critérium international. Le lendemain, Antoine Demoitié, 25 ans, tombait lors de Gand-Wevelgem, d’une chute dont on ne se relève pas: hémorragie cérébrale. L’autopsie n’a pas permis de déterminer si le coup fatal était dû à sa chute ou à la roue d’une moto qui le suivait. Michael Goolaerts, lui, a chuté sur l’un des mythiques secteurs pavés de Paris-Roubaix. Mais c’est selon toute vraisemblance un arrêt cardiaque qui a provoqué sa chute et non l’inverse.

Peur ravivée

Difficile de ne pas faire le rapprochement avec le décès subit, et à ce jour inexpliqué, du jeune footballeur du Havre Samba Diop, 18 ans, le samedi 7 avril. Et avec celui, constaté le 9 mars au matin, du jeune joueur du centre de formation du FC Tours Thomas Rodriguez, 18 ans. Et encore celui du capitaine de la Fiorentina Davide Astori, mort pendant son sommeil le 4 mars dans une chambre d’hôtel à Udine.

Ces cas récents ont ravivé dans les pelotons et les vestiaires la peur de la mort subite. Un phénomène à la fois connu et mystérieux, qui frappe sans distinction d’âge, de race, de discipline, de niveau. La question du dopage se pose, forcément. Au-delà du tabou, l’absence de données précises empêche toute étude épidémiologique.

Jeu dangereux?

En ce moment, c’est l’évolution du football qui est scrutée par les fédérations. Le jeu, qui réclame toujours plus d’efforts brefs, violents et répétés (observons tous ces entraîneurs qui étudient le nombre de «courses à haute intensité» comme un indicateur de la performance), est-il devenu dangereux? En demande-t-on trop aux joueurs, notamment aux plus jeunes? Impossible d’y répondre en l’état actuel des connaissances.
En 2003, le décès en plein match du joueur camerounais Marc-Vivien Foé, lors de France-Cameroun à Lyon, avait causé un émoi considérable. A l’époque, le suivi cardiologique des joueurs n’existait pas. Depuis, les clubs professionnels se sont armés d’une batterie de tests (électrocardiogramme, échographie cardiaque, IRM cardiaque) pour tenter de prévenir et de se prémunir.

En juillet 2003, le joueur sénégalais Khalilou Fadiga voyait son transfert à l’Inter de Milan avorter après la découverte d’une arythmie cardiaque. En 2008, Lilian Thuram, alors en fin de carrière, se faisait détecter une malformation cardiaque héréditaire lors de la visite médicale préalable à sa venue au PSG. Il mit un terme à sa carrière. Même issue en 2009 pour Steve Savidan, alors attaquant de l’équipe de France, qui s’apprêtait à signer à l’AS Monaco.

Peloton de tête

Malgré ces précautions, les statistiques restent stables. Ni pires ni meilleures qu’avant. Sans que l’on ait beaucoup plus d’explications, malgré dix ans de suivi et de recul. «Il y a environ 500 décès d’origine cardiaque chaque année en France sur des terrains de sport», rappelait ce samedi dans L’Equipe le chef du service médical de la Fédération française de football, Emmanuel Orhant, dans un dossier sur la mort subite. Selon une statistique française, le football est la troisième discipline frappée par les morts subites durant des activités sportives (13% des cas) derrière le cyclisme (30%) et le jogging (21%).

Football, jogging et cyclisme sont aussi trois des activités les plus pratiquées en loisir. Les statistiques disent que le sportif a moins de risques de mourir subitement que le non-sportif. Selon Swissrescue, l’arrêt cardio-respiratoire (ACR) extra-hospitalier tue entre 8000 et 10 000 personnes chaque année en Suisse. Le coureur à pied, le joueur de tennis ou de football ne représentent que 1 à 2% des cas. Mais il est particulièrement spectaculaire, et dramatique, parce que le sport est censé préserver la santé, non la détruire.

Anomalies difficiles à détecter

La mise en place de défibrillateurs en libre accès ces dix dernières années a permis de sauver de nombreuses vies, souvent anonymes. Mais il reste de nombreuses failles. Les examens médicaux des jeunes footballeurs de Tours et du Havre n’avaient rien décelé. «Les morts subites nocturnes restent un sujet compliqué, avoue le cardiologue français Etienne Aliot à l’AFP. Il y a des anomalies très difficiles à détecter. Il arrive qu’on ne voie rien à l’IRM ou à l’électrocardiogramme. Souvent, ce ne sont pas les mêmes pathologies que celles qui existent pour la mort subite pendant l’effort physique. Parfois, c’est simplement une anomalie électrique…» Bien souvent, seule l’autopsie donne la réponse.

Alors? Alors, il faut savoir éviter les facteurs aggravants (tabac, fièvre, chaleur notamment), accepter de s’arrêter au moindre problème, et se dire que le risque zéro n’existera jamais.

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