Qu'est-ce qui a pris à Giovanni Trapattoni de faire sortir le brillant Antonio Cassano pour le remplacer par un tâcheron au joli nom de Fiore, le 18 juin dernier, à Porto, lors du match contre la Suède? La question est rhétorique. On sait que le désormais ex-sélectionneur national est pris d'une hésitation coupable au moment où il s'agit de prendre des risques. Son équipe avait joué un football de rêve pendant une heure. Mais elle n'avait marqué qu'un but, inscrit par Cassano. Comme lors d'un quart de finale en Corée de sinistre mémoire en Italie, l'entraîneur à la fiole d'eau bénite dans la poche a préféré tenter de conserver ce résultat plutôt que d'aller marquer un deuxième goal. La spectaculaire cabriole de Zlatan Ibrahimovic lui donna tort en privant les Azzuri de deux points qui les auraient qualifiés pour le tour suivant.

Homme d'un autre âge, le «Trap» est resté prisonnier d'un rêve datant de 1982, comme une bonne partie des Italiens. Il y a vingt-deux ans, la sélection d'Enzo Bearzot remportait la Coupe du monde espagnole grâce à une défense de fer et à un miracle nommé Paolo Rossi. Depuis, le football italien vit dans l'illusion qu'il peut rejouer ce tour à chaque compétition internationale. Mais l'Italie n'a plus le monopole du savoir-faire défensif. Et elle doit apprendre la générosité offensive.

Reste, pour les Italiens et les amoureux de la Squadra, à espérer que Marcello Lippi, nouveau sélectionneur, sait qu'il faut marquer deux buts avant de songer à reculer dans son camp.