La rumeur a surgi dans les colonnes du Journal du Dimanche. Elle a couru dans tous les sens et, maintenant, elle s'égare. Concrètement, rien n'indique que Rafael Nadal figure parmi les clients du Dr Fuentes, expert de la transfusion sanguine, en compagnie d'autres tennismen, footballeurs, athlètes et nageurs. Pour «étayer» ses révélations, l'hebdomadaire français avait cité des sources espagnoles et, surtout, le président de l'Union cycliste internationale (UCI), Pat McQuaid, en possession de la fameuse liste noire.

Surprise: le même Pat McQuaid serait revenu sur ses propos, invoquant «une mauvaise interprétation». Avant lui, le Ministère des Sports espagnol aurait démenti formellement toute présence de tennismen et de footballeurs sur le fichier-clients du Dr Fuentes, information qu'aucune agence de presse n'a relayée. En soirée, Toni Nadal, oncle et entraîneur du prodige, a annoncé qu'il intenterait un procès en diffamation. Puis son neveu, facile vainqueur d'Iraklio Labadzé, s'est cabré: «Je n'ai jamais rien pris de ma vie et ne prendrai jamais rien. Je n'ai pas reçu ce genre d'éducation. L'auteur de ces lignes est un lâche, il n'a même pas eu le courage de les signer.»

Depuis son irruption sur le circuit, énergie débordante et biceps gondolés, Rafael Nadal a des allures de suspect idéal. Plusieurs rumeurs l'ont accablé. Pourquoi? Par qui? En mai dernier, des sources extérieures au tennis ont évoqué un contrôle positif au tournoi de Dubaï; sans suite. A Roland-Garros, des personnalités sportives de haut rang ont colporté que trois Espagnols, Rafael Nadal, Alex Corretja et Juan Carlos Ferrero, étaient sous le coup d'une enquête pour dopage; sans suite non plus.

Le numéro deux mondial a subi un test sanguin à Paris, sous l'égide du Ministère des Sports. Sans suite toujours. «Les cyclistes incriminés dans le dossier espagnol ont, eux aussi, été contrôlés à diverses reprises par le laboratoire français», rappelle Pat McQuaid, cité par l'AFP. Au contraire de la Fédération internationale de football (FIFA), celle de tennis (ITF) ne demandera pas la liste noire du Dr Fuentes, où une vaste clientèle est recensée sous des noms de code. Pour sa part, la direction de Wimbledon élude: «Nous n'avons pas l'habitude de commenter des rumeurs.»

Celle-ci est manipulée avec précaution dans l'ensemble du collège, divisé sur la part de fantasme, de médisance ou de secret d'alcôves qu'elle contient. Fondées ou non, les rumeurs incessantes jettent une ombre sur l'un des compétiteurs les plus extraordinaires de notre époque et, en filigrane, viennent salir la réputation du «sport blanc», éveillé depuis peu aux bienfaits de la lutte antidopage.

Le tennis masculin a ratifié le Code mondial antidopage en 2003 - son pendant féminin s'y refuse encore. Auparavant, les fraudes étaient régies par une sorte de pacte tacite. Les athlètes contrôlés positifs étaient priés de s'inventer une blessure, puis de disparaître quelque temps. Depuis l'entrée dans l'AMA, six joueurs, tous argentins, ont écopé d'une longue suspension. Quarante-cinq autres ont subi un contrôle positif, avant d'être amnistiés. Leur identité n'a jamais été révélée. Après enquête, l'ATP a établi que, sur certains tournois, les boissons distribuées par ses médecins officiels contenaient des électrolytes impurs.

«Il y a du dopage dans le tennis aussi», a noté Martial Saugy, directeur du laboratoire de Lausanne, sur les ondes de la RSR. Maintenant, il y a même des contrôles: 1600 ont été effectués l'an dernier, soit une augmentation de 42% par rapport à 2002, avant la ratification du Code mondial.