Le dandy longiligne que Roger Federer affronte aujourd'hui, sous le coup de 13h, n'était pas prévu au programme. En réalité, Mario Ancic était attendu à Wimbledon, le service-volée en bandoulière, le double mètre plié en quatre. «J'aime plaisanter», rit-il. Et batailler en sus: «J'ai la bagarre dans le sang. Mon seul but, invariablement, est de quitter le court en étant fier de moi.»

Samedi, il l'a quitté glorieux, boiteux, en larmes et en charpie. «La tension était si forte que j'ai vomi sur le court», reconnaît-il. Au sortir des cinq sets, même Tommy Robredo, métronome increvable, était vaincu par les crampes.

Mario Ancic, 22 ans, n'est pas un néophyte. Au stade des augures, IMG l'avait imaginé en leader d'une génération intrépide, et l'avait convaincu à grands frais - 300000 francs de prime à la signature. Tout y était. Une carcasse sèche, surmontée d'une belle gueule que, de préférence, le Croate voudrait pleine: «J'ai passé mon bac par correspondance. Je ne veux pas devenir un benêt, car le tennis ne dure pas toute la vie.» Un chic type, doublé d'un attaquant racé qui, enfin accompli, a même laminé Robredo en terre hostile, dans des longs échanges de type espagnol.

Averti, Roger Federer est sur ses gardes: «Il y a six ans, à Wimbledon, j'ai totalement sous-estimé Ancic et j'ai perdu. Je ne commettrai pas la même erreur.» Le Bâlois a éliminé Thomas Berdych sans aucune difficulté (6-3 6-2 6-3). Tel n'est pas le cas de Rafael Nadal, harcelé par Paul-Henri Mathieu (cinq heures de jeu) puis, dans une moindre mesure, par Lleyton Hewitt (6-2 5-7 6-4 6-2). Etrangement, le flibustier confesse à son tour quelque inhibition. «Le Central est vraiment immense. Parfois, il pousse à jouer petit bras. Je recule trop et j'ouvre des angles, des brèches. De manière générale, en revanche, je maîtrise mieux la situation que l'an dernier, où je découvrais le tournoi.»

«Ne pas se laisser intimider»

Au terme de son baroud, le belliqueux Lleyton Hewitt, subitement, n'est pas moins paru si docile, si fataliste: «Nadal est, en un certain sens, comme Federer. Ces types gagnent tellement de matches que c'en est devenu une sorte de seconde nature.» Le regard de Paul-Henri Mathieu est moins contemplatif. Il est surtout instructif: «Si je devais indiquer une marche à suivre contre Nadal, expose le Français, je conseillerais surtout de ne pas se laisser intimider. L'adversaire devrait montrer qu'il est là pour le battre, rien d'autre. Souvent, Rafa gagne avant même d'entrer sur le court.»