Jeu de tête

«Je n’ai pas encore la culture du football féminin»

La Coupe du monde féminine de football est un spectacle très agréable que les hommes, en manque de repères, peinent à appréhender, explique l’ancien capitaine de l’équipe de Suisse et psychologue Lucio Bizzini, dans une chronique au «Temps»

Ancien capitaine de l'équipe de Suisse de football, docteur en psychologie et psychothérapeute, Lucio Bizzini a créé le premier syndicat suisse des joueurs de football, introduit en équipe nationale l'approche psychologique des matchs, et co-fondé l’Association suisse de psychothérapie cognitive. Il intervient régulièrement dans «Le Temps» sur le sport

Je regarde le match Nouvelle-Zélande-Pays-Bas. J’admire l’engagement des filles, la technique de certaines, la détente d’autres, la qualité des gardiens, la précision des passes… Chapeau, je me dis qu’elles ont fait de sacrés progrès, c’est très agréable à suivre.

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Mais pourquoi dois-je encore me poser ces questions de la qualité, comparer avec ce que font les hommes? J’écoute le commentateur allemand rendre compte du match sur un ton négatif. Je trouve ces propos injustes, les Hollandaises, championnes d’Europe, trouvent une opposition plus que valable, courageuse, pleine d’abnégation et de qualités défensives. Pourquoi ne pas les reconnaître, souligner cet engagement, apprécier la performance? Ou alors, est-ce moi qui, en regardant un match de foot féminin, ne suis pas objectif et exagère… Suis-je alors condescendant?

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Il manque l’expérience du regard

Je peux plus facilement relever que récemment chez les hommes j’ai vu un très bon Portugal-Suisse, un faible Angleterre-Suisse, un très décevant Turquie-France, un magnifique Italie-Bosnie. Je peux l’affirmer sans trop me soucier de l’avis des autres. Quitte à ce que d’autres ne soient pas d’accord, cela fait partie du regard personnel.

Mais pour ce qui est des matchs au féminin, il me manque l’expérience du regard, de la pratique, de ce que j’ai vu faire ou pas. Bref, je n’ai pas la culture du football féminin. Ainsi, commenter ou juger ces matchs nécessite un regard affûté d’expert(e) qui nous aide à définir des paramètres propres à ce football, qui nous enseigne ses particularités, ses spécialités, ses exploits.

Un vrai sport d’équipe

En même temps, je me dis que ce football-là reste un magnifique exemple de ce qu’est le sport d’équipe. Je n’aperçois pas (encore?) chez les joueuses de comportements de vedettariat, de prima donna. Pas de simulations, moins de fautes. Du réel fair-play.

Pas du tout influencé par des aspects financiers démesurés, le foot féminin me semble habité par la générosité, l’esprit collectif et l’envie de vaincre ensemble. Une invitation à tous de regarder quelques matchs de cette Coupe du monde, peu importent les équipes, et reconnaître les caractéristiques et les subtilités du football féminin. Je trouve mieux de dire: le football pratiqué par les femmes.

P. S.: France-Norvège: penalty pas évident accordé à la France, pas de réclamations de la part des Norvégiennes. C’est ça aussi le foot au féminin.

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