Derby argentin, ce samedi au pays du läckerli croustillant. David Nalbandian et Juan Martin Del Potro, respectivement classés aux rangs 8 et 9 de la hiérarchie mondiale, s'affronteront pour une place en finale des Swiss Indoors de Bâle. En toile de fond de ce duel fratricide, une quête commune: dans moins d'un mois, les deux hommes tenteront d'offrir à leur pays la première Coupe Davis de son histoire. Et d'asseoir ainsi leur statut de héros nationaux.

La sélection «albiceleste» a déjà effleuré le saladier d'argent à deux reprises par le passé. Mais tant en 1981 qu'en 2006, elle s'était inclinée sur sol étranger, aux Etats-Unis puis en Russie. Cette année, c'est à domicile qu'elle aura la chance de défier l'Espagne - du 21 au 23 novembre à Mar del Plata, sur surface dure et en indoor. Forcément, ça va chauffer... David Nalbandian, peu réputé pour ses aptitudes d'amuseur public, fait mousser l'événement à sa manière: «Je suis déçu que nous ne jouions pas à Cordoba (ndlr: sa ville natale) mais bon, tout le pays attend ça avec beaucoup d'excitation. Il y aura Rafa (Nadal) en face, c'est sûr. Mais nous sommes convaincus d'avoir nous aussi une très forte équipe, capable de l'emporter.»

Vainqueur vendredi de l'Allemand Benjamin Becker, dont le principal fait d'armes demeure le succès qui mit fin à la carrière d'Andre Agassi voici deux ans à l'US Open, «el gringo» n'est pas du genre à mettre la charrue avant les bœufs. Dans le dernier carré pour la cinquième fois en sept participations à Bâle - il fut vainqueur en 2002 -, il reste concentré sur son tournoi. Dans un style télégraphique, le bûcheron de souche arménienne consent tout de même à qualifier le rendez-vous de novembre: «historique». C'est d'ailleurs pour préparer au mieux l'échéance qu'il s'est aussi aligné en double à Bâle, aux côtés de son jeune compatriote Eduardo Schwank. Bavard comme jamais, Nalbandian précise que la richesse actuelle du tennis argentin ne doit rien à sa fédération nationale, «un vrai désastre». Puis il va jusqu'à exprimer un avis à propos de l'éclosion de son jeune coéquipier Juan Martin Del Potro. «Sa réussite ne me surprend pas. Il est très jeune, il est très bon, je suis heureux pour lui», commente-t-il sans se dérider. «Notre relation est parfaite.»

Soumis à son tour au supplice de l'interview, le cadet confirme en évoquant, avec l'entrain du veau qu'on mène à l'abattoir, «une belle amitié». Feinte ou réelle, cette formidable harmonie s'est avérée très utile le mois dernier à Buenos Aires pour venir à bout de la Russie en demi-finale. Nalbandian, qui avait jusqu'ici remporté chacune de ses quinze rencontres de Coupe Davis disputées à domicile, a flanché devant Nikolay Davydenko. C'est donc à Del Potro qu'est revenu le redoutable honneur de disputer le cinquième match décisif face à Igor Andreev. Résultat? Trois sets en forme d'exécution pour le Russe. «Je suis en train de vivre un rêve. Je veux en profiter parce que je ne suis pas sûr que cela se reproduira», s'était-il extasié au lendemain de son triomphe. Sur le court, peut-être grisé par la présence de 14000 spectateurs en fusion, il s'était fendu d'une promesse singulière: «Nadal en Argentine? On va l'aider à se sortir le caleçon du c...»

Voilà qui promet! Clin d'œil du destin, c'est en battant une nouvelle fois Andreev, vendredi, que «Delpo» s'est frayé un chemin jusqu'en demi-finale des Swiss Indoors. Il y retrouve donc celui avec qui il espère écrire la plus belle page du tennis argentin. La semaine dernière à Madrid, le cadet a administré une fessée à son aîné (6-4 6-2). «David peut battre n'importe qui lorsqu'il est en forme. Gamin, je suivais ses matches à la télé, c'est un rêve de pouvoir me mesurer à lui», déclare Juan Martin Del Potro, bien placé pour décrocher l'une des dernières places qualificatives pour le Masters, et manifestement lessivé par une seconde partie de saison qui l'a vu remporter quatre tournois consécutifs après Wimbledon.

«Mon corps est très fatigué», abonde-t-il, mimique lasse à l'appui. Un souci en vue des joutes de Mar del Plata? «Quand on se trouve dans un bon état d'esprit, ça compense le physique», assure-t-il. «Et comme Nadal et Ferrer seront eux aussi à Shanghai, nous nous trouverons tous sur un pied d'égalité de ce point de vue-là.»