Sydney et les Jeux. Sydney et la préparation olympique. Sydney et une médaille… Depuis un mois, Flavia Rigamonti ne peut plus rencontrer un journaliste ou un admirateur sans devoir évoquer le sujet. «On sent que l'attente du public est énorme, résume son entraîneur, Christophe Pellandini. Depuis son titre européen, tout le monde la voit déjà sur le podium aux Jeux. Mais les gens oublient un peu vite qu'elle n'a que 19 ans, et je dois parfois mettre des barrières.»

Dix-neuf ans, 1 mois et quelques jours. L'âge où d'autres sportifs viennent de terminer leurs classes juniors et s'apprêtent à se mesurer aux «grands». Au regard de son palmarès, Flavia Rigamonti en paraît dix de plus. Encore gymnasienne, elle s'est déjà fabriqué dans sa discipline de prédilection, le 800 m libre, un CV à faire pâlir d'envie les autres nageurs de ce pays: championne d'Europe juniors en 1997, championne d'Europe seniors l'année suivante, médaillée de bronze aux Mondiaux et d'argent aux Européens en 1999, championne d'Europe il y a un mois à Helsinki, 17 fois championne suisse depuis hier. Aux Jeux de Sydney, dans six semaines, elle sera, de fait, l'un des plus sérieux espoirs de médaille suisse.

L'entourage veille au grain

Elle le sait parfaitement. «Je ne suis pas dupe, je sais ce que les gens attendent de moi.» Mais ce n'est pas dans la nature de cette grande fille sympa de se ronger les sangs. Sourire en coin, longs ongles peints en blanc et piercings dans l'oreille, l'extravertie prend les choses comme elles viennent, avec une maturité et une décontraction qui en disent long sur sa confiance. Au bord de la piscine de Vevey, où les championnats suisses se sont terminés dimanche dans une ambiance bon enfant, difficile de l'approcher en dehors de la traditionnelle conférence de presse d'équipe. Son entourage veille au grain. Elle, la tête déjà à Sydney, s'en amuse presque: «J'ai besoin d'un peu de calme. Les Jeux se rapprochent. Là-bas, je viserai une place en finale du 800 m libre. Ensuite, tout est possible.»

Son histoire est celle d'une fille toute simple prédestinée par son physique à une carrière de nageuse. Papa buraliste postal à Breganzona, à côté de Lugano. Maman qui l'assiste à mi-temps. Dans la famille Rigamonti, on aime le ski, le tennis et le fitness. Flavia commence la natation à 10 ans. Des débuts prometteurs, jusqu'au jour où se produit le déclic: en 1995, deux entraîneurs réputés au Tessin, Christophe Pellandini et Jurek Czaplicki, créent le premier club de natation professionnel et privé de Suisse à deux pas de chez elle. Un club doté d'infrastructures modernes, et dont neuf nageurs font partie de l'équipe suisse actuelle (lire nos éditions du 2 août). «A l'époque, se souvient Christophe Pellandini, Flavia était déjà grande (n.d.l.r.: 1 m 86 aujourd'hui), avec de longs bras. Elle avait un physique idéal pour le crawl.»

Un bijou à polir, que les deux entraîneurs d'Atlantide Agno transformeront en phénomène de la natation. Aujourd'hui, sa technique et sa puissance sont telles que ses jambes et ses pieds donnent l'impression de bouger à peine dans l'eau. La musculature des bras et des épaules lui permet une vitesse de crawl impressionnante. Plus étonnant: grâce à son endurance sur 800 m, une discipline où la plupart des concurrentes bouclent la deuxième moitié de la course sur un rythme moins rapide, il lui arrive régulièrement de terminer en crescendo. Et son mental la pousse à aller toujours de l'avant. «Flavia est une gagnante, reconnaît Christophe Pellandini. Elle veut tout. Tenez: sa voiture lui est prêtée par un sponsor. Mais elle espère recevoir bientôt le modèle plus puissant… Pour ne rien gâcher, elle est intelligente, et sait très bien gérer son temps.»

90 kilomètres par semaine

Pas facile, pourtant, de concilier études et natation, même si les responsables du gymnase pour sportifs de Lugano l'ont autorisée à échelonner sa dernière année de maturité sur deux ans. Durant les périodes scolaires, les journées de la ragazza de Breganzona prennent parfois des allures de marathon. Premier entraînement entre 7 h 45 et 10 h, cours la journée, puis deuxième entraînement entre 17 h et 19 h 30. En tout, 15 heures de cours et une nonantaine de kilomètres de nage chaque semaine. «Un régime presque tranquille par rapport à l'époque où je m'entraînais à 6 heures du matin avant de partir à l'école», s'amuse-t-elle.

Mais Flavia Rigamonti ne se plaint pas. Elle aime cette vie à 100 à l'heure, les voyages, les compétitions. Elle envisage de commencer des études de médecine après sa dernière année de gymnase. Et ce régime de stakhanoviste n'empêchera jamais l'exubérante de profiter de la vie. Grande amateur de mode, elle ne se lasse pas de faire du shopping dès qu'elle le peut, se teint les cheveux de toutes les couleurs, et frétille d'aise rien qu'à l'idée de pouvoir aller danser. De là, on peut déjà imaginer la fête qu'elle s'autorisera à Sydney en cas d'exploit…