Football

Il ne faut pas jeter la Nati avec l'eau du bain

Battue mardi soir par le Portugal, l’équipe de Suisse n’a pas échoué dans sa campagne qualificative pour le Mondial 2018: elle a conquis haut la main une place de barragiste. Ses joueurs ont très vite pris le recul nécessaire pour s’en rendre compte

Le match Portugal-Suisse du 10 octobre 2017 laissera un désagréable souvenir dans l’histoire du football helvétique. La Nati avait l’occasion de se qualifier directement pour la Coupe du monde 2018. De rendre une copie parfaite de dix victoires en dix rencontres lors des éliminatoires. De graver dans le marbre la nouvelle dimension qu’elle semble avoir prise depuis la fin de l’Euro. Elle a échoué. Petite Suisse battue 2-0 dans l’immense Estadio da Luz, elle a manqué son rendez-vous avec la gloire sans qu’à aucun moment il n’ait été permis d’y croire. Ce soir-là, le Portugal était trop fort pour elle.

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Sa route vers la Russie ne s’en trouve pas coupée, mais prolongée par un détour en barrages. Une confrontation aller-retour contre la République d’Irlande, l’Irlande du Nord, la Grèce ou la Suède (tirage au sort le 17 octobre) qui la renvoie à son passé d’équipe correcte sans grand relief. Elle s’était qualifiée pour les Mondiaux 2010 et 2014 en dominant son groupe lors des éliminatoires.

Frustration des supporters sur les réseaux sociaux

Il faut revenir en 2005 pour trouver la trace d’un séjour au purgatoire (face à la Turquie) avant d’accéder au paradis de la plus prestigieuse des compétitions. Sous cet angle, sa défaite au Portugal a l’allure d’un pas de géant (triste) en arrière.

«La Suisse reste une équipe de seconde zone. Le premier test sérieux suffit à remettre l’église au milieu du village», pestait un supporter amer à la fin du match. Sur les réseaux sociaux, beaucoup déclinaient la même frustration d’avoir vu la Nati plus belle qu’elle ne l’était vraiment. «Cet échec doit nous inviter à relativiser ce qu’il s’est passé depuis une année, sanctionne l’ancien international Stéphane Grichting dans Le Matin. La faiblesse du groupe a tronqué le jugement que l’on pouvait porter sur notre équipe nationale.»

Tête haute, idées claires

Petit à petit, les attentes s’étaient faites immenses. La déception ne pouvait qu’être à la hauteur. Quelques dizaines de minutes après le match, dans les entrailles du monstre lisboète qui venait de les dévorer, chacun s’attendait à croiser des joueurs taciturnes, abattus, renâclant à s’exprimer. Rien de tout cela. Ils sont sortis de la douche la tête haute et les idées claires, répondant aux sollicitations comme d’habitude, voire plus studieusement.

Bien sûr que c’est difficile, mais nous n’avons pas le temps de pleurer: nous avons une deuxième occasion de nous qualifier avec les barrages qui arrivent

Stephan Lichtsteiner

Le jeune attaquant Breel Embolo: «Ce n’est pas le match qu’on souhaitait, mais nous voulons garder notre positivité. Nous analyserons nos erreurs de ce soir pour continuer à regarder devant nous.» Le défenseur genevois Johan Djourou: «C’était un jour sans, malheureusement. C’est le foot, ça arrive. Mais sachons nous retourner et voir que, ces derniers mois, nous n’en avons vraiment pas connu beaucoup.» Le capitaine Stephan Lichtsteiner: «Bien sûr que c’est difficile, mais nous n’avons pas le temps de pleurer: nous avons une deuxième occasion de nous qualifier avec les barrages qui arrivent.»

L’un des grands principes du sélectionneur Vladimir Petkovic est de ne pas céder à la surenchère. Refuser l’euphorie après une belle performance (comme contre la Hongrie samedi dernier). Nuancer la frustration après une déconvenue (comme contre le Portugal). Toujours prendre du recul. Ses joueurs sont au diapason. Avant même les supporters et les observateurs, ils semblaient avoir converti leur contre-performance finale en une ombre au tableau, qui sera néanmoins réussi s’ils décrochent leur qualification le mois prochain.

Ne pas tout remettre en question

Au lendemain de l’Euro français, le groupe B des éliminatoires pour le Mondial ne promettait pas une promenade de santé. Le Portugal champion d’Europe. La Hongrie ambitionnant de confirmer son surprenant tournoi en se qualifiant pour la Russie. Une lutte à trois, acharnée sinon équilibrée, se profilait. A ce petit jeu, les Hongrois se sont écroulés quand Suisses et Portugais ont rendu une copie similaire. Neuf victoires, dont une pour chaque équipe sur le même score de 2-0 en confrontation directe. Pas de quoi tout remettre en question.

Des neuf deuxièmes de groupe, les Suisses sont ceux qui ont récolté le plus de points (27). C’est mieux que cinq des neuf premiers. Bien sûr, la Lettonie, les îles Féroé et Andorre ne sont pas des foudres de guerre, mais la Suisse a fait un sans-faute contre ces adversaires quand la France a concédé un nul contre le Luxembourg, la Pologne contre le Kazakhstan ou l’Italie contre la Macédoine. La régularité de la Nati ne doit pas être banalisée.

Le chantier offensif

Par contre, il ne faut pas perdre de vue ce qui, au final, la condamne aux barrages: une différence de buts moins favorable que le Portugal. La Suisse n’a rien à se reprocher en défense (7 buts encaissés en 10 matches) mais, offensivement, le chantier reste entier. Le carton contre la Hongrie (5-2) mis à part, elle a toujours maîtrisé ses matches sans faire évoluer le score en conséquence, quand Cristiano Ronaldo et compagnie enchaînaient les feux d’artifice (5-1 face aux Féroé, 6-0 contre Andorre, 4-1 contre la Lettonie).

Vladimir Petkovic devra plancher sur la question d’ici aux barrages: la Grèce et les deux Irlandes, trois des quatre adversaires potentiels de son équipe, sont davantage des forteresses bien gardées que des compagnies d’artistes du ballon. Avant leur déplacement à Lisbonne, les Suisses savaient qu’un revers jetterait leur magnifique série de victoires consécutives aux oubliettes. A eux, désormais, de réussir leurs barrages pour faire de même avec le souvenir de leur défaite au Portugal.

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