En football, l'immense majorité des sélections évoluent avec des vêtements aux couleurs tirées de celles du drapeau. Histoire d'ajouter encore un soupçon de nationalisme à des compétitions qui en dégagent déjà à profusion (Coupe du monde, Championnats continentaux des nations). Subsistent quelques exceptions notables, tirant leur originalité de leurs racines politiques ou culturelles. Coup d'œil globalisé en ce mercredi de qualifications au Mondial 2010.

Blanc et noir, c'est classe…

• Allemagne. Le premier exemple, qui concerne les triples champions du monde et d'Europe, s'apparente à un petit tour de passe-passe, dans la mesure où la Mannschaft a toujours joué sous les couleurs de l'étendard… de l'ancien régime. A savoir le noir-blanc-rouge de l'Empire prussien (1867-1919) puis de la République de Weimar (1919-1933). L'oriflamme actuelle (noir-rouge-jaune) n'est apparue qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, ce qui n'a pas eu l'heur de changer les habitudes vestimentaires des Germains. Question: dans cette tenue très Grand Siècle, où est passé le rouge? A la corbeille, sacrifié sur l'autel de l'élégance: blanc et noir, c'est plus classe…

• Italie. D'abord en blanc immaculé, les quadruples champions du monde – et détenteurs du titre – se sont présentés en bleu azur le 6 janvier 1911 contre la Hongrie. Motif: l'adoption tardive de la couleur noble de la Maison de Savoie, personnifiée à l'époque par le roi Victor Emmanuel III, père de l'unification de la Botte. Il faut savoir qu'à son origine, le drapeau transalpin était bleu-blanc-rouge, comme celui de la France. Le bleu se mua en vert lors de l'invasion des terres italiennes par les troupes de Napoléon Ier. Dont le vert constituait la couleur favorite.

Orange ou rouge?

• Pays-Bas. En 1568, Guillaume-le-Taciturne, alias Wilhelmus Ier, prince d'Orange-Nassau, lance la lutte pour l'indépendance face au roi d'Espagne Philippe II, dans ce que les historiens appelleront plus tard la Guerre de quatre-vingts ans. Vainqueur, Wilhelmus proclame que la couleur de sa dynastie sera celle du nouvel Etat, et qu'elle figurera également sur le drapeau aux côtés du bleu et du blanc, traditionnelles teintes monarchiques. La raison du passage de l'orange au rouge sur l'étendard diffère selon les encyclopédies. Pas assez visible sur la mer? Fruit de l'invasion française de 1796? Peu importe, les Oranges mécaniques, elles, n'ont pas modifié leur tenue.

Le Samurai Blue

• Japon. Quel lien entre un astre rouge sur fond blanc, emblème de l'Empire du Soleil levant, et la mode footballistique identique à celle de la Squadra azzurra? Les Samouraïs, bien sûr, le bleu symbolisant leur caste – la plus élevée sur l'échelle sociale – dès la période médiévale. Sur la pelouse, l'ainsi nommé Samurai Blue est censé véhiculer des valeurs de battant, de fierté, de fair-play, de désir inextinguible de victoire. Tout un programme.

• Australie. Nul besoin de longues exégèses afin de comprendre pourquoi les Wallabies, membres du Commonwealth, n'avaient aucune envie de découper leurs tricots et shorts dans l'Union Jack Flag. En revanche, ils ont fait preuve d'une imagination fertile pour adopter le jaune et le vert en tant que couleurs nationales. Celles-ci proviennent des armoiries de la minuscule île de Nauru, administrée par le géant océanien de 1914 à 1968, indépendante depuis lors. Le football australien ou footy, variante musclée de notre soccer, y serait né. Voilà donc le berceau de ces Auriverde à la sauce anglaise.

• Nouvelle-Zélande. Là encore, foin du drapeau britannique ami et honni. Chez les Kiwis, on shoote le ballon rond tout de blanc vêtu. Pour se distinguer des maîtres du rugby, les All Black, dont on prétend qu'ils s'habillent de la sorte parce qu'ils portent le deuil de leurs adversaires. Remarquez que, entre la couleur de la mort (rugby) et celle du linceul (football), il existe une certaine logique.