L'ambiance, chez les actuels propriétaires du Servette FC (SFC), est tendue. Le club qu'ils possèdent est au bord de la faillite. Plusieurs repreneurs potentiels se sont présentés mais aucun rachat des actions n'a été finalisé. On connaît le cas Len Smith, nouveau milliardaire anglais qui tarde à honorer les documents signés qui font de lui le propriétaire du résident du stade de la Praille. Son versement étant régulièrement repoussé, certains actionnaires commencent à s'impatienter et brisent le silence imposé depuis une semaine par la direction du club.

Depuis hier, on en sait en effet un peu plus sur le «dossier russe», seconde option de sauvetage des «Grenat». La Tribune de Genève publiait jeudi l'information selon laquelle le rachat du SFC serait réglé par un contrat de vente conclu avec plusieurs actionnaires. D'après ces documents, le nouveau propriétaire serait la Compania Uniao Barbarense, à laquelle appartient un club brésilien. L'argent, lui, serait russe. Lukoil a fermement démenti être la source de financement, comme le publiait le quotidien genevois. «Nous ne sommes intéressés par l'achat d'aucun club étranger», a affirmé au Temps Mikhail Mikhailov, l'un de ses porte-parole à Moscou. La société pétrolière précise que, contrairement à ce qui a été écrit, elle n'est propriétaire d'aucune entité sportive.

La piste brésilienne mène pourtant bien à l'Est. En juin 2003, la gestion de l'Union A.B.F.C., selon le nom de cette petite équipe de deuxième division du Championnat de São Paolo, est passée, pour 150 000 dollars, aux mains de la UB Corporation SA, représentée par deux Ukrainiens: Olexiy Borovikov et Genadi Perepadenko. Cette société est basée à Fribourg, en Suisse. Son but, selon le Registre du commerce est de «négocier l'achat, la vente ou l'échange de matières premières». Elle est domiciliée chez la Golodetz Finance Company SA, au 1 de l'avenue Beauregard. Golodetz sert de domicile à un grand nombre de sociétés dont VOGroups SA, où l'on retrouve Olexiy Borovikov. VOGroups est faite, selon le même registre, pour «prendre des participations dans des clubs sportifs, notamment dans le domaine du football». Alfred Stohler, que l'on retrouve dans le conseil d'administration de toutes ces sociétés, a fait savoir au Temps qu'il ne désirait pas s'exprimer.

Les Ukrainiens sont propriétaires du club d'Opava, dans le nord-est de la République tchèque. Un joueur brésilien figure dans l'effectif cette saison: Ricardo Andrade, qui vient d'Uniao Barbarense. Si les Ukrainiens sont choisis par les dirigeants servettiens pour reprendre le SFC, les Genevois ont du souci à se faire. Selon un avocat brésilien actif dans le domaine du football, le club pauliste a touché 15% seulement de la somme de transfert, le reste allant dans les poches de UB Corporation. Il en va ainsi pour chaque vente de joueur, selon les accords passés entre Uniao Barbarense et la société basée à Fribourg.

Cet hiver, VOGroups a également tenté, sans succès, d'acquérir le Slovan Bratislava, nous a confirmé un membre du conseil d'administration qui dit avoir traité avec Genadi Perepadenko. Ce dernier s'est retiré, lundi dernier, de la direction du FC Wil dans lequel il avait investi en été 2003 via la société New Building Design, basée en Espagne. Son associé dans cette affaire est Igor Belanov, ancien footballeur ukrainien et actuel président du club saint-gallois, dont le conseiller n'est autre qu'Olexiy Borovikov. Cette association pourrait être un obstacle à la reprise du Servette puisqu'une société ne peut contrôler deux clubs professionnels en Suisse.

Une conférence de presse sur l'avenir du club doit se tenir dans les jours qui viennent. Les dirigeants servettiens ont promis que la passation des pouvoirs se ferait dans la transparence. Si le dossier ukrainien est choisi, on en sera loin.