La neige est-elle indispensable aux JO d’hiver?

Olympisme Le CIO doit choisir l’option la moins pire entre Almaty et Pékin pour 2022

Le Comité international olympique (CIO) a vécu il y a une quinzaine d’années la crise qui secoue la FIFA. Il a su faire le ménage mais a aujourd’hui d’autres problèmes. Le 31 juillet, ses 110 membres réunis en congrès à Kuala Lumpur devront désigner la ville hôte des Jeux olympiques d’hiver de 2022. Ce sera Almaty, la métropole d’un pays, le Kazakhstan, dirigé d’une main de fer par l’indéboulonnable Noursoultan Nazarbaïev, ou Pékin, la capitale chinoise plus réputée pour son épaisse couche de pollution que celle de neige dans ses lointaines montagnes.

Le rapport, rendu public lundi, de la commission d’évaluation n’incite guère à l’enthousiasme. Il souligne les risques financiers de l’une et les soucis d’enneigement de l’autre. Et pose en creux cette question: la neige est-elle un élément essentiel à l’organisation des Jeux olympiques d’hiver?

La commission d’évaluation s’est rendue sur place en février et mars pour voir si les belles promesses des dossiers tenaient face à la réalité du terrain. Son rapport liste très clairement les opportunités et les risques propres à chacune des candidatures. Si la Chine marque des points pour son expérience des grands événements, elle qui a fait les choses de manière impériale pour les Jeux d’été de 2008 puis les JO de la Jeunesse de 2014 à Nanjing, le décor qu’elle propose pose problème.

100% de neige artificielle

La commission pointe ainsi «les chutes de neige annuelles minimes des zones de Zhangjiakou et de Yanqing», les deux sites prévus pour les sports extérieurs qui «dépendraient entièrement de la neige artificielle durant les Jeux». Et pense que le comité de candidature a non seulement «sous-estimé la quantité d’eau nécessaire» mais «surestimé la capacité à récupérer l’eau utilisée pour la fabrication de neige artificielle», avec tout l’impact que cela représente sur les réserves d’eau dans une région qui subit déjà un assèchement progressif.

Almaty n’a pas les mêmes soucis. Avec les montagnes Thien Shan pour toile de fond, elle offrirait «une aire de compétition de haute qualité». Ici, le gros bémol est financier: au contraire de la Chine, le Kazakhstan est fortement dépendant de l’or noir; ainsi «des facteurs économiques, notamment le niveau bas des prix du pétrole et les questions de taux de change, pourraient avoir un impact négatif sur la préparation des Jeux et la capacité du gouvernement à fournir un soutien financier ou autre».

Malgré les différences de leurs dossiers, Pékin et Almaty se rejoignent au moins sur un point: aucune ne peut mettre en avant le bon air pur de ses montagnes. Pour éviter que la pollution n’affecte les participants, elles sont priées de prendre des mesures.

Les membres du CIO pouvaient espérer un choix autre que par défaut pour cette édition 2022. En effet, elles étaient six villes à l’automne 2013 à se lancer officiellement dans la course. Si le CIO a pu alors se féliciter de «l’intérêt croissant» pour les Jeux d’hiver, c’est la tendance inverse qu’il put mesurer les mois suivants.

Le désistement européen

Les villes européennes se sont désistées l’une après l’autre, laissant ainsi l’Asie qui accueillera déjà les JO d’hiver 2018 à Pyeongchang, Corée du Sud, et ceux d’été 2020 à Tokyo, organiser une troisième édition consécutive.

Stockholm fut la première à faire volte-face après l’avis négatif rendu par la municipalité. Quelques mois plus tard, un référendum local enterra les ambitions de Cracovie, qui représentait une candidature transfrontalière Pologne-Slovaquie. L’éclatement du conflit en Ukraine annihila celles de Lviv. Mais c’est surtout le retrait d’Oslo, en octobre dernier, qui fut difficile à avaler pour le mouvement olympique.

Dans la capitale norvégienne comme ailleurs, la facture de 37 milliards d’euros collée à Sotchi a pesé sur le débat public. Le CIO répète à l’envi que les infrastructures dont la Russie a bien voulu se doter pour faire d’une station des bords de la mer Noire un haut lieu des sports d’hiver doivent être séparées de la note, mais en Norvège, le contribuable n’a pas suivi le même raisonnement.

Tirant les leçons du passé, l’instance olympique a adopté en décembre une feuille de route stratégique, «l’agenda 2020», qui revoit en profondeur la philosophie liée à l’organisation des Jeux. L’heure n’est plus à laisser les pays assouvir coûte que coûte leurs rêves de grandeur, mais à s’assurer que les Jeux puissent s’adapter et laisser un héritage positif dans un environnement donné. Qu’Almaty ou Pékin décroche le gros lot fin juillet, les polémiques risquent de mettre à rude épreuve cette théorie.