Une équipe népalaise a réussi samedi la première ascension hivernale du K2, le deuxième plus haut sommet de la planète (8611 m) et le seul «8000» qui n'avait encore jamais été gravi en hiver, abattant ainsi l'un des derniers grands mythes de l'alpinisme.

Lire à ce sujet: Le K2 en hiver, inaccessible mais seul disponible

«Nous sommes fiers d'avoir pris part à l'histoire de l'humanité et de montrer que collaboration, travail d'équipe et une attitude mentale positive permettent de repousser les limites de ce que nous pensons être possible», a déclaré sur son compte Instagram Nirmal Purja, qui faisait partie de l'expédition.

Cet ancien soldat des forces spéciales britanniques, qui avait gravi en 2019 les quatorze «8000», avec oxygène, en six mois et six jours, était le leader de cette équipe avec Mingma Gyalje Sherpa, une autre star de l'alpinisme népalais.

Les dix Népalais se sont rassemblés juste sous le sommet du K2, situé dans le massif du Karakoram et réputé comme l'une des montagnes les plus dangereuses au monde, pour gravir ensemble les derniers mètres en chantant l'hymne national et y planter le drapeau de leur pays.

Connus depuis des décennies pour leur aptitude à la haute montagne, les Népalais n'avaient encore jamais placé le moindre grimpeur sur une première ascension hivernale d'un sommet de plus de 8000 m, une spécialité longtemps restée la chasse gardée des Polonais.

Audace

Cette année, pas moins de quatre équipes différentes et une soixantaine de grimpeurs étaient présents sur le K2, soit plus au total que toutes les expéditions précédentes rassemblées.

Membres de trois des quatre équipes initiales, les Népalais se sont regroupés et ont su faire preuve d'audace en profitant d'une fenêtre de beau temps, sans vent, pour se lancer à l'assaut du sommet.

Dans des conditions météorologiques optimales, ils ont franchi les dernières difficultés techniques, dont le redouté «Bottleneck», un passage étroit fortement incliné et surplombé par un sérac, où 11 personnes parties ensemble avaient trouvé la mort en août 2008, dans la pire tragédie qu'ait connue le K2.

Au moins un membre de l'équipe népalaise, Mingma Gyalje Sherpa, avait prévu d'atteindre le sommet sans utiliser d'oxygène. Les puristes regretteront toutefois sans doute que l'ensemble de l'équipe n'ait, semble-t-il, pas fait de même.

«Personne ne le mérite autant»

«Mingma G», son surnom, avait déjà grimpé 13 des 14 sommets de plus 8000 m, dont deux fois le K2 (en été). Il avait renoncé prématurément l'hiver dernier sur cette même montagne. Il avait expliqué en décembre à l'AFP avoir alors été surpris par le froid et avoir beaucoup appris de cette expérience.

«Si vous regardez l'histoire des 14 sommets (de plus de 8000 m) en hiver, vous ne trouvez aucun Sherpa sur la liste, juste des Polonais, des Italiens, des Espagnols, mais aucun Népalais. Donc c'est une bonne opportunité pour nous d'écrire le nom de Népalais au palmarès», avait-il alors déclaré.

Ce succès a été salué comme il se doit au Népal. «C'est une fantastique nouvelle. Pendant des décennies, les Népalais ont aidé les étrangers à gravir les sommets de l'Himalaya, mais nous n'avons pas reçu la reconnaissance que nous méritions», a déclaré à l'AFP Kami Rita Sherpa.

«Sincères félicitations aux alpinistes népalais pour cette première et historique ascension du K2 en hiver. Personne ne le mérite autant qu'eux», a réagi l'association des Himalayistes polonais.

Un décès à déplorer

L'alpiniste espagnol Sergi Mingote est mort pendant une expédition sur le K2, le deuxième plus haut sommet de la planète, a annoncé samedi le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez

«Il voulait continuer à faire l'Histoire en participant à la première expédition pour vaincre ce sommet en plein hiver et sa vie a été emportée dans un tragique accident", a-t-il twitté, quelques heures après que l'équipe népalaise ait réussi cette ascension pour la première fois en hiver.