Est-ce rare que des sportifs de pointe basculent dans la dépression? «Difficile à dire car il n'y a pas de statistiques et les cas restent confidentiels», explique Mattia Piffaretti. Etabli à Lausanne et au Tessin, ce psychologue suit des sportifs de très haut niveau. Il distingue deux situations: la dépression endogène, qui voit un sportif souffrir d'une détérioration de son environnement privé; et la dépression réactive, qui découle d'une déception liée aux performances sportives – mauvais résultats, doutes après une blessure, appréhension devant la fin programmée d'une carrière sportive. Les deux causes interagissent parfois: une «casse» privée peut influencer négativement la performance sportive, ce qui dégrade encore l'état psychique.

S'agissant de la Suisse, le psychologue n'a pas connaissance de grands sportifs dont la dépression aurait été étalée sur la place publique comme dans le cas de Sebastian Deisler. En revanche, dit-il, le soutien psychique – ou psychiatrique – aux sportifs qui flanchent «n'est plus un tabou. Il est admis que ce n'est plus honteux». La coopération préventive avec les clubs et les fédérations sportives «s'est améliorée». Et le psychologue souligne: «Le sportif doit rester libre de communiquer ou non sa maladie.»